Wednesday, November 20, 2024

Nicolas Sarkozy, le hussard noir de la Ve république.

Le 20 novembre 2024.

Charité bien ordonnée commence par soi-même.
- François Barthélemy Arlès-Dufour.

Il fut un temps où les instituteurs (et tous les enseignants d’ailleurs) de France et de Navarre, exerçaient leur sacerdoce sans compter les heures, et sans compter tout court. La transmission du savoir constituait une vocation.

Mais rien ne va plus dans la salle de classe du XXIe siècle. Le 8 novembre dernier, lors d’une conférence à Saint-Raphael, l’ex-président de la république dénonce, avec l’esprit décapant qui lui sied si bien, les privilèges des enseignants de l’heure qui manifestement n’ont plus grand-chose à voir avec le père de Marcel Pagnol :

Le statut du professeur des écoles, c’est vingt-quatre heures par semaine, six mois de l’année. Eh oui ! Entre les vacances et les week-ends !... Nous n’avons pas les moyens d’avoir un million d’enseignants », encore que, magnanime, il apporte cette nuance, avec une pointe d’ironie « Alors, je sais bien, il faut préparer les cours… Maternelle, grande section…

Il n’y a donc pas à regretter les nombreuses suppressions de postes sous sa présidence.

Pour lui, finis les instit’ d’antan comme M. Germain, qui consacra tout un été sous le soleil de plomb algérois à préparer le petit Albert Camus (et trois autres élèves) pour l’examen des bourses des lycées. Il eut du mal à plaider la cause du futur auteur de « La peste » et à vaincre la réticence de sa grand-mère, qui eût plutôt opté pour l’entrée immédiat en apprentissage. Mais l’accord fut scellé au terme de cet échange :  

-          Nous ne pourrons pas vous payer.

-          Madame, Albert m’a déjà payé.

Par contraste, le calendrier de M. Sarkozy, communicateur hors pair, fin pédagogue, a toujours été chargé. En anglais, on parle du « lecture circuit ». Ce

leader visionnaire ayant dédié sa vie au service public, largement reconnu pour son approche pragmatique et décisive des sujets les plus cruciaux de notre époque - affaires étrangères, sécurité nationale, économie et immigration

a permis à des auditoires entrepreneuriaux fort diversifiés à travers le monde (New York, Londres, Brasilia, Doha, Monaco, Brazzaville…) de tirer les leçons de sa vaste expérience politique. Ses brillants cours magistraux, parfois menés de front avec ses activités politiques, n’ont jamais donné lieu à quelque conflit d’intérêt que ce soit : il « paye des impôts » à la République, et il évite d’ailleurs les allocutions rémunérées en France. Sa remontrance du 8 novembre visant les profiteurs de l’Education nationale fut donc prononcée gratos, qu’on se le dise!

Côté probité, difficile de faire mieux.

Les pisse-vinaigre reprocheront à l’ex-premier magistrat de France des cachets allant de 75 000 à 200 000 euros (bruts, très bruts) par intervention, mais il va sans dire que ces modestes émoluments couvrent à peine ses frais d’exploitation et que ses maigres excédents sont largement destinés à diverses œuvres caritatives, par exemple les restos du cœur, dont on célèbre le 40e anniversaire.

Ce généreux et discret donateur, alias Paul Bismuth, opère en toute simplicité.

LP

 

Wednesday, November 6, 2024

Victoire de Donald Trump : les divagations de Franz-Olivier Giesbert.

Le 6 novembre 2024.

 

L'expérience est une lanterne qui n'éclaire que celui qui la porte.
- Louis-Ferdinand Céline.

L’ignorance ne s’apprend pas.
- Gérard de Nerval.

You ain't seen nothing yet!
- Ronald Reagan.

 

Janvier 1933 : Adolf Hitler.

Janvier 2025 : Donald Trump.

Parfois, les nations optent, de leur plein gré, pour le suicide. 

Dommage qu'elles en entraînent d'autres dans leur sillage. 

Mais que pense de tout ça l’éminent chroniqueur franco-américain Franz-Olivier Giesbert? 

Manifestement, être né aux Etats-Unis, surtout au Delaware, de père américain, n’assure pas forcément une bonne compréhension de la mentalité américaine. 

Dans un éditorial publié dans « Le Point » le 6 décembre 2024, en bref, FOG, attribue très sérieusement la défaire démocrate à une reprise de la stratégie de Hillary Clinton et à un discours élitiste, moralisateur.et communautariste. Mais voici la pire ânerie du commentateur : 

« Quant aux journalistes américains, ils semblaient souvent en mission, une mission de sauvetage de la démocratie et de l'Amérique en péril (sic!) Certains ont même fini par ressembler, avec un discours opposé, aux grotesques prédicateurs ou télévangélistes du camp trumpiste ».

A ses yeux, le venin rhétorique trumpesque n’avait donc rien de menaçant pour la démocratie. En outre, il faut croire que FOG avait absorbé des substances plus ou moins licites en visionnant les médias américains : si les éditorialistes ont évidemment exprimé des opinions plus personnelles, encore que justifiées, les journalistes (hors-FOX) se sont bornés, avec leur grand professionnalisme classique, à des analyses cliniques des mensonges répétés ad nauseam par Sa Majesté Orange.

En réalité, les démocrates ont exposé lucidement les enjeux sociaux de cette campagne : l’état de droit, les libertés publiques, notamment les persécutions, parfois mortelles, que subissent déjà les femmes enceintes, etc.. Peut-être auraient-ils pu  mieux expliquer le bon état de l’économie; et notamment rappeler avec insistance aux ménagères que l’inflation impactant leur panier d’épicerie est plutôt la conséquence de la pandémie, dont la gestion  sanitaire avait essentiellement été déléguée à l'autorité divine par l’administration Trump.

Cela dit, aux fins du débat, retenons charitablement les délires de FOG.

De toute manière, la campagne pro-Harris la plus efficace a été menée par nul autre que… Trump lui-même : l’électeur de bon sens qui l’entendait n’avait nul besoin de prendre connaissance du programme démocrate. Le rejet pur et simple de la folie furieuse devait suffire. Cela exclut forcément les rednecks consanguins évangélistes issus de la branche dégénérée des Néandertaliens et les minorités plus ou moins (in)visibles (comme les ressortissants de territoires consistant en des détritus flottants et les Afro-Américains friands de pastèques), qui aspirent à la qualité de « honorary WASP ».

Comme eux, FOG est vraiment dans le brouillard.

Il a donc toutes les qualités pour créer le service francophone de FOX.

LP

 

Sunday, November 3, 2024

Larbi Ben M’hidi n’était qu’un faux suicidé après tout.

Le 3 novembre 2024.


Noces sanglantes du terrorisme et de la répression où chacun s’autorise du crime de l’autre pour aller de l’avant dans une dialectique irrésistible.
- Albert Camus.

Au 70e anniversaire du déclenchement des événements… pardon, de la « guerre » d’Algérie, le président Macron, après avoir triomphalement déclaré que la terre n’est pas plate, reconnaît que l’un des fondateurs du FLN, capturé pendant la bataille d’Alger en février 1957, n’a pas quitté notre belle planète de son plein gré : il a bel et bien été assassiné en détention par l’armée française, plus précisément, par les sbires du général Aussaresses, lequel avait avoué les faits en 2001 dans un livre. Il ne fut alors que le docile bourreau aux ordres des politiques (élément subtilement éludé par l’actuel locataire de l’Élysée : les paras n’étaient que des « petites mains »…), dont l’ineffable et très socialiste Guy Mollet, alors président du conseil. Ce dernier recherchait sans doute une forme d’absolution des participants au « commando tomates » qui l’avait triomphalement accueilli à Alger le 6 février de l’année précédente : seul le sang de ce prisonnier pouvait laver son orgueil quelque peu maculé par les tenaces éclaboussures laissées par le fondant coulis jailli des pulpeux projectiles.

Voilà pour l’état de droit dans la doulce France de 1957.

Cela dit, parlant de bourreau, Ben M’hidi se voit souvent attribuer le sobriquet de « Jean Moulin » de la résistance algérienne. Nul ne saurait contester à cet homme de courage et de conviction ses immenses qualités d’organisateur militaire et politique, mais on peut se demander si « Max » eût donné son imprimatur à une stratégie comprenant l’utilisation de bombes tuant et mutilant atrocement au hasard des civils innocents fréquentant des lieux publics, de toutes races et religions.

Par la suite, l’état algérien, devenu l'impeccable incarnation  de la notion d’« état de droit » dès 1962, reprit librement, à son propre compte, le « modèle para » notamment pendant la « décennie noire » dans « sa » lutte « antiterroriste ».

Et qu'importe l'héritage colonial en matière de techniques policières : if it ain’t broken, don’t fix it.

La boucle était bouclée pour le spectre de M. Ben M’hidi.

LP

 

 

Tuesday, October 29, 2024

Censure à la française : au tour de Jordan Bardella.

Le 30 octobre 2024.

Qui veut se connaître, qu'il ouvre un livre.
- Jean Paulhan.

Le président du Rassemblement National, qui fait sa rentrée littéraire en automne avec son livre « Ce que je cherche », ne pourra pas faire de publicité dans les stations de métro parisien ni dans les gares : MediaTransports, en charge des espaces publicitaires pour la SNCF et la RATP capitule sans conditions aux syndicats (La CGT-Cheminots, Sud=Rail). Les arguments invoqués s’inscrivent dans le « running gag » de la censure française, à géométrie très variable, y compris celle dont est coutumière la régie publicitaire : vu que l’auteur est président du RN, il s’agirait de « propagande », de la part d’un parti qui « n’est pas comme les autres », etc.; nulle atteinte donc à la liberté d’expression puisque le syndicat Sud-rail déclare, avec une magnanimité qui frise la faiblesse, ne pas s’opposer au droit de M. Bardella de vendre son opus en librairie.

Inattendu distingo entre « liberté d’expression « et « propagande » puisque celle-ci fait partie depuis toujours de celle-là, d’autant plus que l’exposition de toute doctrine, de tout programme politique, religieux, social… constitue, par définition, de la propagande; « propagare » en latin signifie « répandre », « diffuser ».

Par ailleurs, le RN est un parti politique légal, qui a donc le droit de disséminer ses idées, sans entraves, par tous les canaux de communication légaux. Là encore, on pense à la controverse entourant l’emprunt fait aux banques russes : l’ex-premier ministre Gabriel Attal a accusé M. Bardella lors d’un débat télévisé le RN d’avoir une dette envers le maître du Kremilin. C’était hypocritement faire abstraction de la cabale des banques françaises, aux ordres; comme tout parti légal, le RN était dans son droit le plus strict de se livrer à ses activités et donc d’obtenir des fonds nécessaires à son fonctionnement de toute institution financière, même étrangère, fonds qui furent intégralement remboursés.

Quant aux idées, aux électeurs de se prononcer, librement et souverainement, sur celles qui sont ou ne sont pas comme les autres.

Pour sa part, allant dans le même sens (si l’on ose dire), la régie renégate avance, sans rire, ce très curieux argument : l’affiche projetée montre le portrait de Jordan Bardella barré du titre du livre : Ce que je cherche, ce qui serait contraire « aux principes de neutralité » auxquels l’entreprise se déclare soumise; un lapin qu’elle sort par prestidigitation. Mais il y a mieux (ou pire). Il résulterait de la conjonction de la qualité de « député européen et de président d’un parti politique », de l’auteur et du titre du livre qu’il ne s’agit pas simplement d’un récit autobiographique. Parlant de sens, le service sémiotique de l’entreprise compte manifestement de subtils spécialistes, mais ils semblent présumer de l’acuité d’attention que peut avoir l’usager du métro lambda, en route à l’aube pour le boulot et rentrant chez lui le soir pour le dodo.

On peut s’étonner de jugements a priori concernant le contenu d’un livre qui n’est pas encore publié; voilà qui évoque, mutadis mutandis, les hurlements d’indignation des ayatollahs chrétiens horrifiés jadis par « La dernière tentation du Christ » de Martin Scorcese, d’autant plus regrettables que, s’ils l’avaient vu, ils auraient constaté que ce film, adaptation du livre de Kazantzakis, ne contredisait nullement la doctrine chrétienne. En l’espèce, il est également douteux que les vociférants syndicalistes qui ont obtenu l’annulation du contrat publicitaire aient lu, en avant-première, un exemplaire de l’ouvrage.

Dans un communiqué, Jordan Bardella fait grief à la direction de la SNCF de « céder aux intimidations d'une minorité d'activistes radicalisés » et ainsi de commettre un « dérapage grave ... Aujourd’hui, c'est ma voix qui est censurée, mais demain, ce seront d'autres qui, elles aussi, seront réduites au silence ». Il a tout dit. On ne peut que l’encourager à exercer ses recours légaux contre MediaTransports.

Pauvre pays de Voltaire, qui a un cruel besoin d’un premier amendement à l’américaine, sacralisant la liberté de parole.

La seule réserve, la seule recherche, qu’appelle éventuellement le grimoire en question est celle de la paternité du texte. Le fin lettré qu’est M. Bardella en est-il l’unique plume, ou est-il, pour reprendre l’expression d’un Paul-Loup Sulitzer, un « metteur en livre »? De toute manière, le recours aux « nègres », coordonnés en « studio », est classique en littérature française, d’Alexandre Dumas, jusqu’à Maurice Druon en passant par Alphonse Daudet.

Au lecteur, et notamment au professeur de lettres modernes, de juger, librement et souverainement, sur pièce, le chateaubriandesque produit fini, qu’il soit de nature politique, ou non, selon sa propre grille de lecture. Une recherche qui peut être du temps perdu. Mais cela ne relève pas du ressort des magistrats.

LP

 

Thursday, October 24, 2024

Québec : affrontement entre la députée Marwah Rizqy et l’imam Adil Charkaoui.

 Le 25 octobre 2024.

Le combat de la laïcité est compliqué, réclame patience et pédagogie. Mais il n’est pas perdu d’avance.
Michel Winock.

La situation de l’école Bedford dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal, (et, apparemment, d’autres écoles du quartier), suscite une certaine controverse au Québec.

Il semblerait que, depuis des années, 11 enseignants, pour l’instant suspendus, ont fait régner un climat de terreur dans leurs classes : brutalités au moins psychologiques infligées à des élèves en difficultés, séparation des garçons et filles, exclusion de celles-ci de la pratique du soccer, non-respect des programmes scientifiques incompatibles avec certains dogmes religieux, etc… Bref, le rapport d’enquête comptant 97 pages de la Direction des enquêtes Direction générale des affaires internes du Ministère de l’Éducation du Québec constate des manquements au principes de laïcité dans cette école publique, encore que l’on évite pudiquement le mot magique. Les autorités québécoises, craignant toujours les déchirures de chemise des cagots toujours prêts à hurler au racisme, demeurent timorées sur le plan terminologique; on s’en tient à de pudiques circonvolutions..

Dans un truculent prêche rendu public, le flamboyant clerc a mis en doute la gravité du problème, et notamment accusé la députée d’envenimer inutilement la situation, en la qualifiant de « Marocaine de service » (sic).

Quelques remarques liminaires sur les qualifications d’ « imam » de M. Charkaoui.

Dans les églises chrétiennes classiques, ou le judaisme, l’utilisation de l’étiquette de « prêtre, de « pasteur », de « rabbin » est, dans une certaine mesure, encadrée par des examens certifiant les connaissances scripturales des candidats à la dissémination de la parole divine organisés par les autorités compétentes. Par contre, il semble que, dans la mouvance idéologique de M. Charkaoui, il n’est pas rare de voir des imams autoproclamés : on s’en remet à l’autoréglementation. Le climat en est forcément un de confiance. Il ne revient pas aux non-musulmans de se prononcer sur l’étendue des connaissances de cet éloquent tribun, mais, étant partisan du libre choix du consommateur dans tous les domaines, le soussigné laisse aux membres de sa congrégation le droit le plus complet à leur appréciation; chaque fidèle est libre de lui remettre son obole si cela lui chante.

Cela dit, en ce qui concerne Mme Rizqy, il est judicieux de rappeler à M. Charkaoui (qui a cédé à la regrettable tentation de la facilité en ayant recours à une attaque ad hominem) quelques éléments de base. Pour sa gouverne, elle est une Canadienne de naissance (d’origine marocaine, bien sûr), qui, en qualité d’élue à l’assemblée nationale du Québec, est une Québécoise, non pas « de » service, mais bien « au » service des habitants de sa circonscription, et, plus généralement, de la province. Relève pleinement de ses attributions un œil vigilant sur les enjeux sociaux, notamment sur le (non-)respect de la laïcité, et il est légitime d’exposer et dénonccr les violations de la loi qui touchent la catégorie la plus vulnérable de la population : les enfants de toutes origines.

On peut conjecturer que la hargne du prêcheur à son égard est notamment dû à son affranchissement des lourdes injonctions religieuses ancestrales. [Note : le soussigné serait beaucoup plus troublé s’il devait apprendre qu’elle a renoncé aux traditionnels raisins dans le couscous marocain]. Il semble opiner que l’on n’est jamais trahi que par les siens, mais la réalité est que, pour elle, les Québécois de toutes races, de toutes croyances et sans croyances, ainsi que tous les êtres humains, sont « les siens ».

Dieu merci, si l’on peut dire, toute la classe politique québécoise soutient Mme Rizqy, même l’islamo-gauchiste Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire. Malheureusement, ce sincère appui est un peu terni par la déclaration suivante :

Les 11 enseignants suspendus à l'école Bedford ne portaient aucun signe religieux…Ce qui est garant d'une laïcité des institutions publiques au Québec, ce qui est garant d'une véritable laïcité de l'éducation nationale, ce n'est pas ce que les gens ont sur la tête, c'est ce que les gens ont dans la tête.

De manière œcuménique, M. Nadeau-Dubois a aussi un côté jésuitique. Il feint d’ignorer que certains oripeaux, notamment certains couvre-chefs, sont porteurs d’un message et constituent un mode de communication, une forme de propagande, fût-elle silencieuse, qui relève de la sémiologie. Cela dit, l’interdiction des signes religieux chez les enseignants est, certes, un progrès (partiel puisque les fillettes n’en profitent pas), mais, on vient de le constater à Bedford, elle n’empêche pas les tyrans des salles de classe déterminés à imposer des comportements correspondant à leurs idéologies obscurantistes personnelles, sans les verbaliser.

Comme on pouvait s’y attendre, sur la scène fédérale, les trudeauesques pantins du lobby ès-religions essaient de minimiser la gravité du problème.

Le ministre fédéral de l’immigration, Marc Miller, déclare : « Au Québec, le système d'éducation est laïc depuis fort longtemps [Note : si longtemps que ça ?] et [...] doit le rester [Note : ouf ! M. Miller est trop bon]. Mais il ajoute, sans rire :  « Le Canada est le pays le plus laïc du monde » (sic).

Manifestement, ne fait pas partie de sa culture juridique le droit public français.

En France, le système scolaire ne tolère aucune atteinte à la laïcité, dont la libre recherche scientifique est partie intégrante, ce qui aboutit parfois à des assassinats d’enseignants; les professeurs d’histoire-géographie et de lettres sont devenus les hussards de la Ve république : pensons à Samuel Paty et à Dominique Bernard, morts au champ d’honneur. Dans l’enceinte de l’école républicaine, la loi française libère les fillettes de 9 ans de la tyrannique obligation familiale du port du hijjab et elles peuvent jouer sans entraves avec leurs petit(e)s camarades dans la cour de récré. Mieux, il n’y a pas de prestation de serment pour les élus (président de la république, ministres, députés…) lors de leur entrée en fonction : la loi civile encadre leur action; nul besoin d’implorer à haute voix l’aide de Dieu, en caressant de la dextre un livre sacré (Bible, Coran, Guide Michelin, Kamasutra…).

En effet, la constitution française ne fait aucune référence à quelque divinité que ce soit. Selon l’article premier :

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. (Je souligne).

Quel contraste avec le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés qui fait, paradoxalement, cette menaçante proclamation :

Le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit.

Dans cet ordre.

Les athées canadiens apprécieront.

LP


Saturday, October 19, 2024

Miracles, stigmates, et sinistres plaies d'Egypte au XXIe siècle.

Le 19 octobre 2024.

On peut même penser que la fin du monopole des professionnels de la religion sur le religieux a libéré l'irrationnel et généré une plus grande profusion de sacré, de religiosité et de soumission généralisée à la déraison.
- Michel Onfray (Traité d’Athéologie).

Le Québec moderne, post-Duplessis, de 2024, peut être fier : c’est avec une immense émotion que l’on apprend que sera canonisée, le 20 octobre prochain, Mère Marie-Léonie, fondatrice des Petites Sœurs de la Sainte-Famille de Sherbrooke, Notre Saint-Père le pape Francesco ayant confirmé le 2e miracle nécessaire.

Peu après son décès en 1912, elle s'était promptement mise à l'oeuvre en opérant la guérison d'une des petites soeurs tuberculeuse de sa propre congrégation; sur le fondement de ce premier miracle, elle avait été béatifiée en 1984 par Notre-Non-Moins-Saint-Père Jean-Paul II. (À noter qu’elle n’avait pas jugé bon d’intercéder en faveur du juif Franz Kafka, disparu en 1924 après une atroce agonie en raison de cette même maladie). Une intervention médicale ultérieure au profit d’un enfant a bouclé le dossier.

Il faut préciser que ces cas n’avaient rien d’unique, mais le Vatican a préféré ne pas se disperser et s’en tenir à ces deux seuls événements : s’il fallait recenser tous les authentiques miracles, on n’en finirait plus!

On aura compris que les procédures ont été instruites avec une impitoyable rigueur scientifique par le « Dicastère pour les causes des Saints », suivant une tradition qui compte deux millénaires.

Cela dit, l’inscription de la bienheureuse à la liste des saints était prévisible, elle confirme même la doctrine augustinienne de la prédestination : elle était née sous le patronyme de « Paradis ».

La région de Sherbrooke peut être reconnaissante au Vatican pour les retombées économiques de l’industrie du pèlerinage qui lui profiteront. Une manne qui sera fort appréciée.

Par ailleurs, à signaler, au Royaume- Uni, la récente condamnation à deux ans d’emprisonnement avec surpris et aux dépens (9000 livres) d’un certain Adam Smith-Connor, pour avoir pénétré une zone « tampon » d’une clinique dispensant des services d’avortement, contrairement à une ordonnance visant à protéger les femmes des manœuvres d’intimidation, et y avoir prié, refusant de quitter les lieux pendant plus d’une heure et demi.

La « lecture » catholique de cet incident est édifiante.

Le député conservateur Sir Edward Leigh, et, incidemment, catholique, a dénoncé cette condamnation ces termes : «  It is disgraceful that in Britain in 2024 someone can be put on trial for praying silently in his head ». De manière générale, il soutient que le message chrétien fait l’objet d’entorses répétées à la liberté de parole au royaume de Charles III  

To offer a prayer silently in the depths of your heart cannot be an offence. The Government must clarify urgently that freedom of thought is protected as a basic human right…. [a court] has decided that certain thoughts – silent thoughts – can be illegal in the United Kingdom… That cannot be right. All I did was pray to God, in the privacy of my own mind – and yet I stand convicted as a criminal…. It troubles me greatly to see our freedoms eroded to the extent that thought-crimes are now being prosecuted in the UK.

Nul doute que ces éléments sur l’introspection de M. Smith-Connor sont directement inspirés de la doctrine augustinienne : on voit généralement dans « Les confessions » de l’évêque d’Hippone le texte fondateur de la psychologie moderne. Et les soutiens du condamné insistent, en effet, de manière très prolixe et laborieuse, sur sa parfaite insonorité pour critiquer une criminalisation orwellienne de la pensée, toute intérieure.

On n’avait vu rien de tel depuis Néron.

Pour autant, ces bons apôtres font étrangement abstraction de la communication non verbale.

Nul doute que M. Smith-Connor n’a prononcé aucune syllabe, n'a émis aucun son. Cependant, voici les éléments matériels constatés par la Cour : il était un intrus dans la zone tampon et se tenait devant la clinique avec la tête penchée avec les mains jointes. Sa posture constituait une prière sinon audible, mais bel et bien visible. Une citation de l’immortel philosophe existentialiste du XXe siècle, Marcel Gotlib s’impose : « Il y a des silences qui en disent long, même si tel n’est pas le cas ».

Puisque nous évoquons les doctrines chrétiennes, une remarque est de mise en ce qui concerne les récents et dévastateurs ouragans (Helene et Milton) qui ont dévasté le sud des Etats-Unis, en particulier la Floride. Certaines personnalités républicaines, comme la délicieuse Marjorie Taylor Greene, alliées de Donald J. Trump, se déclarent horrifiées par une manipulation des éléments naturels par les démocrates, ce qui vaut des menaces de mort à plusieurs météorologues.

Les humanistes s’en offusquent, mais, pour être juste, ce genre de théorie s’inscrit dans une millénaire et respectable tradition chrétienne : les catastrophes naturelles (tremblements de terre, raz-de-marée, épidémies, etc…). constituent souvent des châtiments divins. La médaille a, malheureusement, un revers : Belzébuth dispose d’armes semblables. Un simple exemple suffira : nul n’ignore que la peste noire de 1346 avait résulté d’une commande du peuple déicide.

En l’an de grâce 2024, les rednecks fondamentalistes consanguins inféodés à l’agent Orange, auxquels on ne la fait pas, savent repérer les suppôts de Satan, quelque puisse être leur forme d’incarnation.

LP

Thursday, October 3, 2024

Les béatitudes belges.

 Le 3 octobre 2024.

Quand on a la foi, on peut se passer de la vérité.
Nietzsche.

Les actualités internationales prêtent peu à l’optimisme : terrorisme de Hamas, destruction de Gaza, affrontement Israel-Hezbollah au Sud-Liban, missiles de Houthis; petits accrochages en Haiti, noyades de migrants dans la Manche, etc…

Mais qui peut dire « pas de nouvelles, bonnes nouvelles »?

Dans ce relatif chaos terrestre, la Belgique est une lumière qui éclaire les nations.

En effet, Notre Saint-Père, il papa Francesco, qui a le sens des priorités, a annoncé il y a quelques jours à Bruxelles même, que sera lancée la procédure de béatification du défunt roi Beaudoin. Il faut confesser que le monarque du plat pays, qui a des cathédrales pour uniques montagnes, était fait de l’étoffe des plus consciencieux inquisiteurs quelques siècles plus tôt ; des catholiques comme ça, on n’en fait plus : il pensa un jour renoncer au trône au profit de son frère Albert afin de revêtir la bure monastique, il y eu la messe quotidienne (y compris la communion), sa demande en mariage avec une Espagnole aussi dévote que lui fut faite à Lourdes, laquelle, pourtant, ne put, hélas, jamais avoir d’enfants (pas de miracle médical de ce côté-là, mais, Dieu merci, son frérot et successeur, apparemment moins mystique, fut généreusement gratifié d’un enviable descendance, allant même au-delà de ses plus folles espérances…). Sans oublier sa féroce opposition à l’avortement.

Bref, la foi qui déplace les Ardennes.

A son actif, on compte de bonnes œuvres caritatives.

Cependant, sur le plan politique, lors de l’indépendance du Congo, nul mention dans son discours de certains excès de la part des autorités coloniales qu’ont subis les indigènes.

Plus récemment, en 1990, le roi dut se livrer à une acrobatie juridique et « se retirer du pouvoir » pendant 36 heures pour ne pas avoir à signer la loi sur la légalisation de l'avortement; il avait invoqué « un grave problème de conscience ». Le vicaire du Christ voit aujourd’hui du « courage » dans cette douteuse et très jésuitique manœuvre, alors que le vrai courage eût plutôt consisté à faire abstraction de son credo personnel et à signer purement et simplement la loi votée par la société civile, en évitant le piège et les ambiguïtés de la théocratie. Et, manifestement, ne relevaient pas de la « conscience » royale le sort des femmes et fillettes portant dans leurs entrailles le fruit empoisonné des violeurs, en particulier ecclésiastiques, et l’intense souffrance des femmes tenues de mener leur grossesse à son terme alors que leur fœtus est atteint de malformations congénitales et donc condamné à mort peu après la naissance.

Nul doute que la béatification n’est qu’une étape sur le chemin de la canonisation. Les vendeurs de frites « met mayonnaise » peuvent prier afin d’avoir un jour leur saint patron.

Et quel modèle pour le genre humain.

LP