Thursday, February 23, 2017

Le port des signes religieux au Québec : la commission Bouchard sans Taylor.

Le 23 février 2017.


Philosophia theologiae ancillans
( La philosophie est la servante de la théologie)
- Roger Bacon.

Le très chrétien philosophe Charles Taylor, aujourd'hui éminence grisâtre du premier ministre québécois, "sheikh" Philippe, prônait, en 2008, en compagnie de Gérard Bouchard, une interdiction du port de signes religieux limitée aux seuls fonctionnaires "en position d'autorité", disposant d'un "pouvoir de coercition", à savoir les juges, les procureurs de la Couronne, les policiers et les gardiens de prison. Il y renonce aujourd'hui. Quelle est la portée réelle de cette nouvelle profession de foi?.
                        
Ces expressions sont malheureuses car c'est ignorer que tout fonctionnaire, au service de l'Etat, dispose, par définition, d'un pouvoir de coercition sur tous les administrés, dont l'intensité varie simplement selon son champ de compétence.

En fait, les commissaires s'en tenaient aux seuls dépositaires de l'autorité publique habilités à faire usage de la violence physique, ce qui n'allait pas loin. Et là encore, va pour les policiers et les gardiens de prison. Mais quid du procureur et du juge?

Contrairement aux policiers, ils ne sont pas sur le terrain. Ils ne manient ni matraque, ni grenade lacrymogène, ni arme à feu, mais une simple plume. Le rôle du procureur consiste à décider d'engager, ou non, des poursuites et à défendre ses thèses devant le juge; la mission de celui-ci est de dire le droit à l'occasion des affaires qui lui sont déférées, et ses jugements ne sont que vœux pieux en cas d'inaction de la part de la force publique.

(On ne saurait mettre en cause l'immense érudition des deux commissaires canadiens au seul motif qu'ils ne connaissaient probablement pas le drame des propriétaires de logements en région parisienne incapables d'expulser leurs locataires indélicats après jugement définitif; par contre, est plus troublante leur ignorance manifeste des deux jugements, rendus en 1892 et en 1909 déclarant anticonstitutionnel l'unilinguisme anglais au Manitoba et qui, jusqu'en 1985, demeurèrent lettre morte face au refus déclaré de l'exécutif d'obtempérer.)

Par contraste, si l'on se place sur le seul plan de la coercition directe, même sans "violence", il y a, par exemple, le contrôleur fiscal, ou le fonctionnaire d'assurance-emploi auquel sa hiérarchie impose des quotas de rejet, qui sont en mesure de prendre des mesures drastiques avec effet immédiat, que l'intéressé aux faibles ressources financières n'est pas toujours en mesure de contester devant le juge. (Tel n'est pas le cas du titulaire d'un compte bancaire à Jersey…). Leur plume est un ustensile plus rapide que celle du procureur et du juge.

La "solution" retenue en 2008 par la commission Bouchard-Taylor n'était donc, au final, ou plutôt au départ, qu'une coquille symbolique presque vide. La marche arrière de Charles Taylor, spectaculaire pour le vulgaire, relève plutôt de l'enculage de mouches, très prisé des théologiens médiévaux, comme Saint-Thomas d'Aquin (s'il n'y avait eu que les mouches…); cela dit, le ponte Taylor a fait cadeau d'un magnifique sophisme à l'ex-laquais du pouvoir wahhabite, "sheikh" Philippe, qui feint de croire que le juge obligé de revêtir la toge, mais… interdit de voile, de kippa, de turban, ou de signes d'appartenance politique est victime de discrimination "vestimentaire".

Le très catholique Charles Taylor, bien introduit, non seulement dans les mouches, mais aussi dans les cercles feutrés vaticanesques, qui, manifestement, n'a toujours pas digéré le rejet des tribunaux religieux en Ontario, fait maintenant mention d'"événements" de stigmatisation des Musulmans qu'il attribue notamment à la proposition de charte des valeurs du PQ de 2014. (Deux semaines après la tragédie de Québec, on ne saurait évidemment imaginer de sa part et de "sheikh" Philippe une insidieuse tentative de récupération politique des morts).
                          
On notera au passage qu'il susurre sur les ondes de RDI, avec une onctuosité chanoinesque, en 2017, son respect du nationalisme modéré de René Lévesque et du poète Gérald Godin.

Pourtant, la propagande de nazisme était monnaie courante dans certains milieux fédéralistes dans les années 1970 et l'hystérie atteignit un sommet en 1976 lorsqu'il fut affirmé que "Demain nous appartient", composée par Stéphane Venne, entendue au centre Paul-Sauvé le 15 novembre était la reprise d'une chanson nazie (fictive d'ailleurs); ce canard fut véhiculé notamment par d'éminents collègues de Charles Taylor de l'université McGill, puis par le romancier de talent, polémiste confirmé, et mercenaire journalistique, à la fois contempteur du Québec et antisémite (pas de jaloux!), le très goebbelsien Mordecai Richler. Pierre Elliott Trudeau, lui, qualifiait le projet de souveraineté du Québec de "crime against the history of mankind" (avec quelle horreur le grand ami de Castro a dû vivre par la suite l'effondrement du multinational empire soviétique…). En désespoir de cause, d'aucuns extirpaient parfois des oubliettes Adrien Arcand, nazi confirmé et… anglophile, admirateur inconditionnel de l'empire britannique, soutenu au Québec par trois pelés et un tondu; ses torchons, notamment Le Goglu, ne survécurent qu'un temps que grâce aux généreuses subventions en provenance de cercles conservateurs de Toronto et de Londres.

Mais Dieu nous garde de reprocher à l'universitaire Charles Taylor un révisionnisme historique. Sa défaillance de mémoire appelle la compassion : à l'âge de 85 ans, après des décennies de spéculations doctrinales effrénées, on n'échappe pas toujours à l'érosion de son capital de neurones.

Au jour d'aujourd'hui, les actualités lui apportent quelques éléments de réconfort.

Le Congrès du comité national des jeunes du Parti québécois a rejeté, le 19 février, l'idée d'interdire le port des signes religieux dans l'ensemble de la fonction publique. Vu les lacunes en matière d'histoire, même canadienne, des jeunes Québécois, victimes d'un enseignement médiocre, il ne pouvait venir à la plupart des participants l'idée de suivre l'exemple de Kemal Atatürk, émancipateur de ses compatriotes féminines, mais dont l'héritage est en péril; en Turquie, le dernier bastion de la laïcité, l'armée, vient de… capituler : elle accepte désormais le port du voile islamique. Le vrai calife, Recep Tayyip Erdogan, a définitivement opté pour le modèle canadien, alors que les femmes des régions qui ne sont plus occupées par Daech, désormais libres de leur choix, brûlent leur obscurantiste niqab.

It's morning again in the Ottoman empire… Nous sommes revenus au 31 octobre 1922.

Peut-être, à ce stade tardif de son passage sur notre planète, le grand sage Taylor se sent-il tenu de s'aplatir, une fois de plus, très œcuméniquement, devant les institutions religieuses pour gagner son ciel? Et/ou éventuellement ses 72 vierges?

Les voies du Seigneur, elles, sont trop souvent impénétrables.

LP

Friday, February 17, 2017

François Fillon déclare une guerre impitoyable aux jeunes délinquants.

Le 17 février 2017.


Il lui faudrait une bonne guerre!
- Cabu (Le grand Duduche).

En France, M. Propre prône maintenant l'abaissement de la majorité pénale à l'âge de 16 ans, une mesure reprise d'un illustre mis en examen par la justice, Nicolas Sarkozy, qu'il rejetait il y a environ un mois encore.

On ne peut que saluer cette proposition de bon sens. 

Ce n'est parce que l'on est un jeune banlieusard de moins de 18 ans, plus ou moins basané, en situation d'échec scolaire, que l'on a le droit de tremper impunément, par exemple, dans de sordides affaires d'emploi fictifs, de détournement de fonds publics, et de fraude fiscale au moyen de comptes bancaires dans les îles Anglo-Normandes. Que ces jeunes pourris-gâtés cessent de pleurnicher sur leur sort et qu'ils se prennent en main : en France, on gagne sa croûte dans les règles.

Par exemple, en prononçant des conférences.

Il fallait un catho strict comme 2F pour défendre l'usage implacable du glaive étatique. Nul doute que c'est en priant dans la chapelle de son modeste petit pied-à-terre rural sarthois que le maître de céans a trouvé l'inspiration.

Foin du laxisme angéliste.

LP

PS. Selon certaines rumeurs, Emmanuel Macron serait gay et manipulé par un lobby gay. Les auteurs de cet odieux mensonge sont d'une pitoyable bêtise : il y a confusion de l'allure d'un gigolo et l'état d'homo.


Tuesday, February 7, 2017

L'art de vivre ensemble au Québec.



Le 7 février 2017.

Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres.
- Jean 8:12.

La semaine dernière ont eu lieu, au centre des congrès de la ville de Québec et à l'aréna Maurice-Richard de Montréal, les obsèques honorant les 6 Québécois musulmans victimes de l'attentat perpétré par Alexandre Bissonnette contre la grande mosquée de Québec. Elles ont donné lieu aux interventions de personnalités religieuses et politiques.

Le cardinal Gérald-Cyprien Lacroix a prononcé un vibrant discours en faveur de l'esprit de tolérance, au cours duquel il a, cependant, jugé bon de citer Saint-Jean, l'évangéliste prêchant avec le plus de virulence le totalitarisme doctrinal et, corrélativement, la haine anti-juive, chez qui les auteurs de pogromes ont puisé une inspiration particulière pendant 20 siècles. On eût préféré Gandhi.

Par ailleurs, selon les images diffusées par les médias, le téléspectateur a constaté que fut observée au cours de ces deux cérémonies une stricte ségrégation entre les hommes et les femmes.

Nul doute que le premier ministre du Québec Philippe Couillard de l'Espinay, jadis serviteur grassement rémunéré (sur son compte bancaire à Jersey) par une monarchie wahhabiste, ne s'y est pas senti dépaysé. Quant au petit Justin, qui a l'habitude de saluer cordialement les femmes reléguées au premier étage de certaines mosquées qu'il visite, il a compris que l'on ne disposait pas du temps matériel pour édifier une plateforme et s'est élégamment contenté de ce cordon sanitaire mental sur le même parterre.

Une configuration qui rappelle la belle époque où les Nègres étaient confinés à l'arrière de l'autobus et aux marquises des cinémas.

Une émouvante leçon bien canadienne, et québécoise, du vivre ensemble, en effet.

LP


Monday, January 30, 2017

Attentat terroriste visant une mosquée à Québec.

Le 30 janvier 2017.

Faut-il vraiment s'étonner de constater que les vomissements de haine provenant du Führer dirigeant les Etats-Unis commencent à éclabousser le Canada?

LP

Sunday, January 29, 2017

Terrorisme islamique : L'Amérique de Trump sépare le bon grain de l'ivraie.



Le 29 janvier 2017.

La circoncision est utile, il est vrai, si tu observes la Loi; mais si tu transgresses la Loi, tu n'es pas plus, avec ta circoncision, qu'un incirconcis.
- Romains, 2:25.

"I am establishing new vetting measures to keep radical Islamic terrorists out of the United States of America… We don't want them here."

Cette stratégie d'exclusion a tout pour rassurer les concitoyens du président Trump : ne sont plus admis les ressortissants de pays musulmans à l'exception des membres de minorités religieuses (lire chrétiennes) fuyant la persécution.

Nul doute que voilà une brillante mesure conçue pour assurer la sécurité au pays de la National Rifle Association.

Pour autant, on ne peut faire abstraction d'une possible brèche : apparemment, il n'est pas tenu compte de la possible infiltration de djihaddistes dans les masses chrétiennes.

Les fonctionnaires américains seront donc appelés à repérer les imposteurs. Mission difficile. Peut-on, dans les circonstances, exiger des impétrants la production de certificats de baptême en bonne et due forme?

On peut envisager un interrogatoire des aspirants réfugiés sur leurs connaissances théologiques, mais les services frontaliers américains n'ont peut-être pas suffisamment d'experts en catéchisme melkite ou chaldéen, sans compter qu'il serait inconvenant de pénaliser les authentiques chrétiens peu pratiquants, donc peu versés dans les subtilités du dogme professé par leur confession.

Alors, que faire?

Un rappel historique fera mieux comprendre les défis culturels que doivent relever les taupes… et les limiers chargés de les identifier et permettra de dégager une possible solution.

Les Nazis disposaient d'un outil de taille pour rechercher les hommes soupçonnés de judaïsme : il suffisait d'obliger les suspects à baisser leur pantalon et, après examen de la pièce à conviction, il était permis, à l'époque, de tirer une quasi-certitude d'un prépuce intact, et, corrélativement, une forte présomption d'une circoncision (sous réserve, évidemment, d'un examen approfondi des antécédents familiaux et médicaux de l'intéressé, mais le fait est que ce critère circonscrivait considérablement les recherches et facilitait la tâche des enquêteurs).

Elie Cohen était un espion israélien qui réussit à infiltrer le gouvernement syrien et fut démasqué tout juste avant de devenir ministre. Egyptien d'origine, dont la langue maternelle était l'arabe, il maîtrisa les régionalismes linguistiques syriens et la pratique musulmane. (Sa mission se termina avec extrême préjudice en 1965.)

Encore plus instructive en l'occurrence est l'affaire Kaborak Yaacobian. Cet espion arménien, au service des services secrets égyptiens, fut arrêté en Israël en 1963; il avait dû, pour se faire passer pour juif, subir une circoncision afin d'assurer (si l'on ose dire) sa parfaite couverture; un héroïque exemple de conscience professionnelle, qui prouve que, quand on veut changer de peau de manière convaincante, il faut (si l'on ose le dire aussi) aller jusqu'au bout (une précaution dont fut dispensé, cela va sans dire, Elie Cohen).

(En 1961, un haut fonctionnaire du ministère israélien de la défense, Israël Beer, fut convaincu d'espionnage au profit de l'Union soviétique. On comprendra aisément la stupéfaction des enquêteurs à la lecture du rapport médical des autorités carcérales : leur gibier avait conservé un prépuce, qui cachait aussi son jeu. Même si celui-ci ne causa pas sa perte, on peut penser qu'en conservant son membre à l'état d'origine, il avait joué avec le feu, encore que l'on suppose qu'il évitait comme la peste la fréquentation des gymnases avec les collègues afin d'échapper aux discussions de vestiaire).
Aujourd'hui, les fonctionnaires américains appelés à se prononcer sur l'authenticité du christianisme des intéressés feront face à une tâche plus ingrate que celle qui incombait à la Gestapo. En effet, la circoncision est fort répandue au Moyen-Orient dans les populations non musulmanes et non juives.

Les autorités de l'immigration américaines devraient donc annoncer que, (si l'on ose encore le dire) pour prouver sa bonne foi, tout candidat moyen-oriental à l'entrée aux Etats-Unis devra exposer un ustensile entier, ou, sinon, se plier à l'obligation de restauration du prépuce. Pour les vrais chrétiens, ce sera une formalité sans conséquence. Quant à leurs compatriotes islamistes radicaux, l'expérience prouve que s'ils peuvent accepter de se fondre dans la population en rasant leur barbe, l'intervention de l'urologue est inconcevable. 

L'avertissement à ces derniers sera clair et dissuasif : même si vous avez le terrorisme dans la peau, pour nourrir vos noirs dessins, il ne sera pas suffisant de potasser "Le christianisme pour les nuls".

Vous jouez votre peau et nulle rétractation ne sera possible. Vous devrez aller jusqu'au bout.

LP

Monday, January 23, 2017

La présidence Trump offre une alternative.

Le 23 janvier 2017.


Doublethink means the power of holding two contradictory beliefs in one's mind simultaneously, and accepting both of them.
 
It's a beautiful thing, the destruction of words.
- George Orwell (1984).

Le scandale du Watergate n'a pas seulement contribué au développement du droit constitutionnel américain. Ce fut une époque riche sur le plan linguistique, où gagna ses lettres de noblesse un vieux mot : "Misspeak". On trouvera cette citation de Chaucer dans le  Oxford English Dictionary : "I me repente / If I mis spak", qui reflète son sens d'origine.

Ce dictionnaire fait aussi état de la définition suivante :
            
               "3.b. refl. To fail to convey the meaning one intends by one’s words."

C'est au Etats-Unis que ce verbe est devenu réflexif et qu'il a pris ce sens contemporain; on le trouve dans le Congressional Record de 1894 ("I believe he misspoke himself"). Cependant, c'est en 1973 que, Ron Ziegler, l'attaché de presse du président Nixon, a eu cette merveilleuse formule : “The President misspoke himself”, qui a fait fortune par la suite dans la classe politique américaine et reprise notamment par John McCain et Hillary Clinton. Dans ce pays, c'est bien connu, a politician does not "lie", but sometimes, he "misspeaks himself"…

C'est aussi à lui que l'on doit un autre mode de correction de déclarations en décalage apparent avec la vérité : "All previous statements [of the President] on Watergate are 'inoperative'". On ne rendra jamais assez hommage à feu Ron Ziegler pour son apport à la sémantique politique.

Par la suite, Larry Speakes, attaché de presse de Ronald Reagan au nom prédestiné, a suivi les brisées de son prédécesseur en expliquant un jour : "President Reagan spoke with 'misprecision'"…

(Voilà le génie de la langue anglaise : l'orateur peut faire des miracles avec l'utilisation judicieuse des préfixes.)

On aurait pensé qu'il était désormais impossible de faire mieux linguistiquement, mais Kellyanne Conway, la délicieuse et suave conseillère du président Trump, vient de réussir cet exploit. Expliquant la contestation, par le chef de l'Etat, de la signification des photographies montrant un nombre de spectateurs assistant à l'inauguration présidentielle de 2017 nettement plus petit que celui de 2009, et des chiffres de fréquentation du métro de la capitale, elle déclare, sans rire : "The President has offered 'alternative facts'".

Les avocats pénalistes défendant des clients accusés de parjure seraient bien avisés de puiser dans cette notion révolutionnaire un moyen de défense innovateur.

Chose certaine, il est maintenant confirmé que la promesse du candidat Trump de rendre publiques ses déclarations de revenus à la clôture de la procédure de vérification menée par l'IRS est bel et bien "inopérante".

LP
 

Sunday, January 15, 2017

La dette spirituelle de Donald Trump envers l'université McGill de Montréal (Canada).

Le 15 décembre 2017.


Les penseurs, ça pense. Y en a plein la Sorbonne. Plein le Collège de France.
- Louis-Ferdinand Céline.

The American people are suckers.
- Richard Nixon.
                                               
Gebt mir vier Jahre Zeit, und ihr werdet Deutschland nicht wiedererkennen.
(Donnez-moi quatre ans, et vous ne reconnaîtrez plus l’Allemagne).
- Adolf Hitler (le 30 janvier 1033).

Vendredi prochain a lieu l'intronisation de Donald Trump et il faut rendre hommage à l'universitaire d'origine canadienne, Francis H. Buckley, qui eut l'honneur de se joindre à sa garde prétorienne à titre de conseiller pendant la campagne électorale.

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/484362/un-sauveur-pour-une-amerique-corrompue#

Cet ex-étudiant de la faculté de droit de l'université McGill y revint à titre d'enseignant par la suite.

Il était le héraut de la "méthode socratique" instaurée à l'université Harvard en 1870 par le professeur Christopher Colombus Langdell, un illuminé qui aurait voulu vivre dans l'Angleterre des Plantagenets, rat de bibliothèque et avocat médiocre, qui supprima le cours magistral classique au profit d'une "méthode" antiscientifique, consistant à forcer l'étudiant à réinventer la roue en lui imposant la fastidieuse lecture d'une jurisprudence souvent désuète et théorique, et à poser des questions sans réponses, alors que 95% du droit est parfaitement clair, sinon nulle vie en société ne serait possible.

(L'apprenti-philosophe n'avait, hélas, pas compris que les dialogues socratiques sont en fait des discours magistraux d'un genre spécial, ce qui prouve qu'il y a pire qu'un Américain inculte : celui qui a l'illusion d'avoir de la culture.)

Par mimétisme, cette "méthode" se répandit, comme une maladie honteuse contagieuse, aux Etats-Unis et au Canada anglais et elle continue de produire des diplômés désarmés face à des textes législatifs.

L'approche (pseudo-)socratique est l'alibi commode des enseignants n'ayant pas la compétence de donner un cours magistral, trop nombreux à McGill. (Ne soyons pas trop durs, dans ce bouillon d'inculture, on se rattrapait aux branches grâce aux professeurs qui n'étaient originaires ni des Etats-Unis, ni du Canada anglais).

Voilà pour la pédagogie. Mais quid de l'idéologie régnant dans la Royal Institution for the Advancement of Learning et qui a formé, et formaté, le sieur Buckley?

Qu'il nous soit permis une (nécessaire) parenthèse. Un certain Nelson Mandela, dans son autobiographie, a évoqué son expérience d'étudiant à partir de 1943 :

"The English-speaking universities of South Africa were great incubators of liberal values. It was a tribute to these institutions that they allowed black students. For the Afrikaans universities, such a thing was unthinkable.
Despite the university's liberal values, I never felt entirely comfortable there. Always to be the only African… is not a congenial experience. most of the whites at Witwatersrand were not liberal or colour-blind…their hostility was more muted but I felt it just the same.

Voilà pour l'ambiance générale. Qu'en fut-il d'un de ses professeurs?

Our law professor, Mr. Hahlo, was a strict, cerebral sort, who did not much tolerate much independence on the part of his students. He held a curious view of the law when it came to women and Africans : neither group, he said, was meant to be lawyers. His view was that law was a social science and that women and Africans were not disciplined enough to master its intricacies. He once told me that I should not be at Witwatersrand but studying for my degree through at UNISA (Note: UNISA est une université par correspondence, mais conférant des diplômes reconnus).

On se réjouira d'apprendre que ce modèle humaniste - surtout aux yeux des femmes noires-, un juriste allemand arrivé en Afrique du Sud quelques années plus tôt à titre de réfugié politique, fut accueilli à bras ouverts par l'université McGill (vers 1967 semble-t-il).

Les professeurs Hahlo et Buckley ont aussi cohabité harmonieusement notamment avec un ineffable professeur de droit constitutionnel, the one and only Irwin Cotler, chantre autoproclamé des droits de l'homme, fort rétif à la notion de cours magistral, et qui consacrait la moitié de l'année scolaire à se livrer à une (pas très subtile) propagande fielleuse : un infatigable traqueur de nazis imaginaires au Québec, moins audible sur les rednecks albertains.

Frank Buckley avait donc tout le bagage intellectuel pour servir un jour un Donald Trump, la truculente idole des femmes et des personnes à pigmentation bistre, même si "au départ, [il en avait] une vision négative" (paraît-il). Nul doute qu'il a évolué lorsque furent retenus ses services de scribe.

Et surtout, on n'attendait pas moins de ce fin dialecticien qu'il acceptât le poste de… "collabo" du fondateur de la célèbre Trump University, roi-philosophe à la pensée tout en nuances! Les traditions péripatéticiennes (philosophiques, bien sûr…) perdurent.

(Pourtant, en invoquant purement et simplement "Clinton Cash", un livre bourré d'erreurs, il y a eu défaillance sur le plan du questionnement socratique).

Chose curieuse, il ignore que la crainte du déclin américain n'est pas nouvelle : elle a eu pour point de départ la crise pétrolière de 1973; cependant, il n'a pas manqué de démagogues pour décréter périodiquement depuis : It's morning again in America…

Qu'il est réconfortant de voir ce jurisconsulte officier à la "Antonin Scalia law school", ainsi nommée en mémoire du défunt juge de la Cour suprême des Etats-Unis, un catholique intégriste, qui estimait notamment que la constitution des Etats-Unis, contrairement à celle de l'Iran, sanctionne la peine de mort pour les mineurs, l'enfant chéri de la National Rifle Association grâce à l'arrêt District of Columbia v. Heller de 2008. Une pestilentielle ordure, dont le discours raciste était soigneusement "codé".

Mais voici la pièce de résistance de la pensée politique buckleyesque. Il fut demandé au grand ponte de quelle manière un milliardaire champion de l'évasion fiscale peut prétendre au titre de sauveur de la classe moyenne saignée à blanc :
En 1935… quand Roosevelt a nommé Joseph Kennedy… à la tête de la commission de contrôle des marchés financiers, tout le monde a rappelé qu’il était un corrompu. Le président a répondu qu’il en fallait un pour en attraper un.

Pour assurer la justice fiscale, la solution était simple, mais il fallait un Canadien devenu citoyen américain en 2014 "on Tax Day" (ça ne s'invente pas…) pour y penser. Voilà, sans nul doute, un "magistral" constat socratique, qui vaut son pesant de caramels mous, et qui explique le dosage du corps professoral de la faculté de droit de l'université McGill.

En matière de discrimination raciale et de libertés publiques, tous les espoirs sont donc également permis avec la nomination au Department of Justice du good ole boy Jeff Sessions, un (feutré) compagnon de route du KKK - qui aspire à la restauration de la grandeur d'une certaine Amérique - et ennemi juré de la NAACP et de la ACLU, qui se fit refuser un poste de juge fédéral en 1986.

Et quoi de mieux qu'une contemptrice de l'école publique, Betsy DeVos, pour diriger le Department of Education? Quoi de plus rassurant que l'allié des pollueurs, Scott Pruitt, pour être à la tête de la Environmental Protection Agency?

Le nouveau président a de la suite dans les idées. En émule d'Alexandre le grand, il a mis en œuvre la solution trouvée par son Aristote canadien, ce dernier ayant sans doute aussi puisé son inspiration en partie dans la doctrine professée en 1970 par le sénateur Roman Hruska à l'appui de la nomination à la Cour suprême du juge Harrold Carswell : There are a lot of mediocre judges and people and lawyers. They are entitled to a little representation, aren't they, and a little chance?

Sont définitivement clos des millénaires de spéculation philosophique politique.

Seul le renard peut ramener à l'ordre le poulailler.

Le 20 janvier prochain s'ouvre donc une ère quasi-messianique nouvelle, qui devrait durer mille ans, marquée par l'abolition des apories, rendue possible par la contribution d'un enseignant (en titre) répugnant à donner des réponses en classe.

En effet, il a fallu se demander quels étaient les véritables enjeux et quel gouvernement nous voulions en janvier 2017. Les Etats-Unis ont la réponse.

Ils auront un vice-président créationniste, et est déjà d'excellent augure la nomination de Steve Bannon, naguère directeur de Breitbart News - le successeur américain de Der Stürmer -, au poste de conseiller spécial. Se multiplient, dans The land of the free (comme par hasard au Canada aussi), les poétiques graffitis : fuck niggers Trump, swastikas…

De "Chancellor Day Hall" à la "Trump University" en passant par la "Scalia School of Holy Inquisition", la boucle est bouclée pour Frank Buckley.

LP
Membre du barreau de New York.