Tuesday, October 14, 2014

Le 14 octobre 2014. Une messe est concélébrée par Mgr. Gérald Cyprien Lacroix à Rome.




Heureux les pauvres en esprit.
- Matthieu 5:3. 

En avril dernier, le frère André s'est fait rejoindre au panthéon de tous les saints par sœur Marie de l'Incarnation, et François de Montmorency. Un événement exceptionnel qui appelait la participation de Mgr. Lacroix, archevêque de Québec, dans la basilique Saint-Pierre de Rome, à la messe de l'action de grâce de dimanche dernier.

Il était urgent, en effet, que son archevêché obtînt ses propres saints, car il eût été injuste que l'oratoire Saint-Joseph de Montréal disposât d'un monopole du lucratif tourisme religieux au Québec. Voilà qui explique sans doute cette canonisation rapide, "équipollente", c'est-à-dire sans miracle. Puisque nulle guérison surnaturelle ne pointait à l'horizon, François, PDG de l'Eglise, a pris les mesures nécessaires pour que la vieille capitale ait aussi sa part du gâteau en temps utile.

Rendons hommage à un bourreau de travail qui, en à peine plus d'une année de pontificat, remporte déjà la palme du plus actif canonisateur. En outre, la canonisation équipollente, en principe une procédure d'exception, est devenue courante avec lui. Les miracles se font de plus en plus rares par les temps qui courent, mais honnis soient ceux qui pensent que le Saint-Père "brade" la sainteté car, selon la doctrine de l'ex-grand Inquisiteur, Benoît XVI, doivent être quand même réunis trois éléments :

1)  la possession ancienne d’un culte ;
2)  l’attestation constante et répandue des vertus ou du martyre par des historiens dignes de foi ;
3)  la réputation ininterrompue d’accomplissement de prodiges.

On relèvera aussi la prière de sa Sainteté, à cette émouvante occasion, pour que le Québec redevienne une terre de missionnaires. Voilà qui risque de rester un vœu pieux.

Apparemment, à Rome, on n'est pas au courant de l'élévation du niveau d'instruction de la population québécoise au cours des 50 dernières années, ce qui s'est traduit par la diminution des vocations.

Ce sont les terroirs où les indigènes ont encore du mal à faire la part du rationnel et du surnaturel qui constituent, de nos jours, les viviers d'ecclésiastiques, y compris les expats'. D'où l'afflux, notamment au Québec, de clercs exotiques comportant un faible pourcentage de blonds aux yeux bleus.

Cependant, tout n'est pas sombre :les Saguenéens, dont le maire persiste à faire une prière à l'ouverture du conseil municipal, sont, peut-être, les Québécois les plus susceptibles de répondre, en matière de commerce religieux international, aux aspirations de Vatican, Inc.; en outre, le Saint-Siège social devrait aussi mettre en relief les avantages marginaux d'une affectation dans le tiers-monde, comme la consommation facile de chair virginale, en toute impunité.

Cela dit, il faut voir les choses en face : globalement, le Québec est plutôt devenu une terre de mission.

Un juste retour d'ascenseur?

Et n'oublions jamais que la racine du mot "concélébration" est "célébration".

LP


Saturday, October 11, 2014

Le 11 octobre 2014. Funérailles "privées" pour Baby Doc en Haïti aujourd'hui.



"Patriotism is the last refuge of a scoundrel."
- Samuel Johnson


Il y a quelques jours, Jean-Claude Duvalier, l'ex-tyran haïtien, est bel et bien arrivé en enfer.

Il y a rejoint son ancienne groupie, Mère Teresa, qui, dorénavant, mijote dans sa marmite en excellente compagnie (à proximité du chaudron où bout Idi Amin Dada). Tel est le châtiment éternel indiqué pour un amateur de fins petits déjeuners au homard ayant affamé et torturé pendant 15 ans ses (non-)administrés.

Ici, sur terre, on frémit d'horreur en pensant que ce monstre sanglant a failli bénéficier de funérailles d'Etat, même si la notion d'"Etat haïtien" est un oxymore, un fantasme poétique qui ferait presque sourire. Mais s'étonner de la démentielle initiative du président Martelly, c'est oublier que l'ex-perle des Antilles est une république de bananes faisandées. C'est égal, à peine moins fétide fut la présence, à cette funèbre bouffonnerie, de quelques centaines de débris d'une ancienne garde prétorienne, auxquels se sont mêlés, à titre soi-disant privé, des représentants du président et du premier ministre actuels. 

Oserait-on espérer que ce grand-guignolesque épisode incitera les contribuables des Etats bailleurs d'aide financière internationale à une douloureuse, mais saine réflexion?

Il confirme, si besoin en était, que seul un protectorat de 20 ans (après réflexion, disons plutôt 30), exercé par une puissance occidentale, pourrait offrir une lueur d'espoir à un peuple martyrisé et mis en coupe réglée depuis des décennies par des roitelets et chefs de tribu affichant, le jour, leur pharisaïque catholicisme, qui se métamorphosent, dès la tombée de la nuit, en suppôts de la sorcellerie vaudou.



Au palais présidentiel, on a qualifié l'ex-président à vie d'"authentique fils d'Haïti".



Le plus tragique est qu'il y a là, sans doute, une parcelle de vérité.

LP



Friday, September 26, 2014

Le 26 septembre 2014. Un Français décapité en Algérie.



"Si je ne crois pas en Dieu, je crois encore moins à l'homme".
- Balzac dans La messe de l'athée.

"En Scientologie, nous croyons que l’homme est fondamentalement bon".

" L’Homme il est humain à peu près autant que la poule vole."
- Louis-Ferdinand Céline.

Le martyre de journalistes anglais et américains n'a pas suffi.

Voilà que les disciples algériens de l'Etat islamique et du califat prennent le relais et assassinent (on évitera le terme et édulcoré et journalistique d'"exécution") le "sale et méchant" Françaoui Hervé Gourdel, un simple touriste, coupable d'être un amateur de randonnées de plein air.

D'aucuns se rassureront en rappelant que ce délire fanatique n'est pas représentatif du "vrai islam". Cela va sans dire, puisque l'Inquisition n'était pas le "vrai christianisme". En outre, le stalinisme, le maoïsme, le polpotisme et le hoxhaisme n'avaient rien, mais absolument rien à voir avec le "vrai socialisme". Les idéologues contemporains de tous acabits affectionnent la notion de détournement de doctrine, ponctué d'"accidents de parcours", parfois de longue durée…

Sans reconnaître Jésus comme le "vrai" messie, l'Islam y voit un grand prophète. Vu que lui-même déconseillait, en matière de guerre sainte, l'usage d'armes contondantes (je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive : Matthieu 10: 34), nul doute que son enseignement a été pleinement intégré et demeure d'actualité. Les oecuménistes ont une bonne raison de se réjouir car le christianisme et l'islam ont au moins un point commun : le recours aux ustensiles tranchants pour éliminer les hérétiques.

Reconnaissons cependant la supériorité, à un égard, du christianisme classique, à l'époque pas si lointaine où il contrôlait des institutions séculaires, et guerroyait ouvertement : il disposait, avec le feu des bûchers, d'un arsenal plus diversifié.

L'abattage rituel du gibier humain continue sur l'autel de Moloch. La liturgie de l'horreur a toujours été célébrée sans temps morts.

Avec la même ferveur.

LP


Wednesday, September 10, 2014

Le 10 septembre 2014. L'héritage méconnu de George-Etienne Cartier.




 Que peuvent les lois, là où seul l'argent est roi.

A page of history is worth a volume of logic.
- Oliver Wendell Holmes

La politique, c'est comme l'andouillette, ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop.
 - Edouard Herriot


Il y a quelques jours, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard de l'Espinay, baron de Jersey, a proclamé: "A l'aube du 150e anniversaire du Canada, les Québécois souhaitent que le pacte qui lui a donné naissance soit réaffirmé".

D'aucuns ont conclu que M. Couillard se préparait à signer, au nom du Québec, la constitution canadienne, en l'état, en 2017. 

Mais que l'on se rassure.

Il a remis les pendules à l'heure.

Il n'y a que les journalistes, ces béotiens, pour avoir sauté à une conclusion aussi fantaisiste. Il ne faut jamais tirer de conclusions hâtives, même quand on voit un féal faire les yeux doux à son suzerain, comme l'a fait, en l'occurrence M. Couillard au premier ministre canadien, à l'occasion de la commémoration du 200e anniversaire de naissance de George-Etienne Cartier, un ancien patriote de 1837 devenu père de la confédération.

Ces cérémonies auront au minimum une fonction didactique puisque, selon un sondage commandité par l'Association for Canadian Studies, seuls 11% des répondants ont reconnu en lui un intervenant clé de l'adhésion du Québec à la confédération (pis, un Québécois sur dix pense que Pierre-Elliott Trudeau en fut un artisan…). Voilà qui nous rappelle le point commun entre les fédéralistes et les souverainistes: une ignorance crasse des institutions et de l'histoire du pays qu'ils vénèrent ou qu'ils rejettent. Le droit de vote des Canadiens de naissance devrait être subordonné au passage d'un examen identique à celui que doivent réussir les immigrants qui prétendent à la citoyenneté canadienne. Mais ne rêvons pas…

M. Harper est fier d'être l'« héritier politique » de Cartier, mais sans signaler un épisode peu reluisant : le scandale du Pacifique…

En effet, ce grand patriote canadien n'a pas hésité à encaisser des pots-de-vin en 1872 dans le cadre du grand projet ferroviaire qui devait être une noble entreprise de construction du nouveau pays! On peut donc légitimement se demander si ses décisions pro-confédératives n'ont pas été emportées par de semblables marques de gratitude pécuniaires, surtout si l'on se rappelle que, en 1870, les responsables politiques de l'Ile-du-Prince-Edouard acceptèrent le statut de province canadienne au terme de festins et beuveries, gracieuseté d'Ottawa, qui eussent fait saliver Trimalchion; leur gueule de bois leur a fait oublier que les intérêts économiques de ce territoire commandaient plutôt le maintien de l'autonomie et de rapports commerciaux étroits avec les Etats-Unis. Le scandale des "commandites" s'inscrit dans une vieille tradition canadienne : les activités éminemment patriotiques donnent parfois aux malandrins des occasions en or de se sucrer. 

Il y a plus troublant. M. Couillard déclare que « George-Étienne Cartier témoigne de l'existence chez nous d'un sentiment national fort et du désir d'appartenance à un pays plus vaste..».

Un rappel des réalités historiques est de mise.

Contrairement à ce qui s'est passé, par exemple, aux Etats-Unis de 1776 à 1789, où des états indépendants ont librement renoncé à leur souveraineté pour former un nouveau pays, le Québec n'avait, avant 1867, aucune existence juridique : il faisait partie de la colonie, britannique, du Canada-Uni et l'indépendance n'a jamais été une option. La seule alternative à la confédération dont disposaient les responsables politiques bas-canadiens de l'époque était le statu quo. Confederation: Take it or leave it. Et d'ailleurs, la ratification fut déférée aux élus bas-canadiens car une consultation populaire aurait probablement abouti au rejet du "pacte"…

Dans la Gazette du 6 septembre 2014, Jack Jedwab se gausse de la vision nationaliste qui a dépeint Cartier comme un pantin des autorités coloniales en excipant de sa qualité d'ex-patriote de 1837. L'argument est un peu léger et inattendu de la part d'une telle sommité universitaire, qui semble ignorer que l'histoire politique est pleine de revirements de ce genre : Mussolini a commencé sa carrière politique comme socialiste; en France, Marcel Déat, un fondateur du Parti socialiste de France, devint l'un des derniers fidèles de Pétain… Et est-il possible d'oublier Pierre Laval?...

M. Couillard devrait peut-être songer à évoquer, d'ici 2017, la naissance juridique du Québec.

Quoique l'on pense de l'intégrité du processus qui aboutit aux institutions de 1867, il ne donna pas lieu à une simple "entrée" de la part du Québec : il y eut bel et bien "sortie", quoique très partielle. Le Québec ne céda pas de compétences à l'Etat central; au contraire, il en obtint.

Si notre mémoire est bonne, George-Etienne Cartier a déclaré en 1867: "Maintenant nous avons un état, disposant de certains pouvoirs". L'"appartenance à un pays plus vaste" était  donc le prix à payer pour la création d'un embryon d'état.

Faute de mieux?

Faut-il maintenant aspirer à un organisme plus développé?

Aux électeurs québécois d'aujourd'hui d'en débattre. Mais le débat ne doit pas s'inscrire dans la fiction révisionniste.


LP

Tuesday, August 26, 2014

Cruelle déception : le Dr. Bolduc est un grand lecteur.

There are two motives for reading a book; one, that you enjoy it; the other, that you can boast about it. - Bertrand Russell

Source : http://www.coolnsmart.com/book_quotes/
There are two motives for reading a book; one, that you enjoy it; the other, that you can boast about it. - Bertrand Russell

Source : http://www.coolnsmart.com/book_quotes
Le 26 août 2014.

There are two motives for reading a book; one, that you enjoy it; the other, that you can boast about it.
- Bertrand Russell.

Read the best books first, or you may not have a chance to read them at all.
–Henry David Thoreau.

Seront déçus toux ceux qui pensaient que le ministre de l'éducation était au-dessus des élucubrations pseudo-intellectuelles des élites prétentieuses.

Les Québécois apprennent avec stupéfaction que, en fait, il fréquente les librairies, ayant même fait un détour par la librairie Gallimard la veille de ses déclarations controversées…

Il faut reconnaître au Dr. Bolduc une énergie mentale hors du commun, puisque les nombreuses lectures dont il se targue furent faites, en sus, il y a peu, du temps consacré à ses 1500 ou 1600 patients, et à sa charge de député. Lui? Un gaffeur? Inconcevable pour un cerveau aussi fébrile sur une multitude de fronts.

Si, il y a quelques étés, l'ex-président George W. Bush a annoncé fièrement avoir lu "L'étranger" d'Albert Camus, l'on peut croire que le Dr. Bolduc a trouvé le temps de lire les 1700 pages de "L'homme sans qualités" de Robert Musil.

LP


There are two motives for reading a book; one, that you enjoy it; the other, that you can boast about it.

Source : http://www.coolnsmart.com/book_quotes/
There are two motives for reading a book; one, that you enjoy it; the other, that you can boast about it. - Bertrand Russell

Source : http://www.coolnsmart.com/book_quotes/



Monday, August 25, 2014

Le 25 août 2014. Les bibliothèques scolaires sont-elles une priorité au Québec?



« Un beau livre, c'est celui qui sème à foison les points d'interrogation. »
- Jean Cocteau

 « A quoi bon apprendre ce qui est dans les livres, puisque ça y est ?  »    
- Sacha Guitry

« Les livres ont les mêmes ennemis que l'homme : le feu, l'humide, les bêtes, le temps, et leur propre contenu

- Paul Valéry

Le ministre de l'éducation du Québec vient de lancer une idée brillante en ce qui concerne les priorités budgétaires des commissions scolaires : il leur suggère de faire des compressions dans les achats de livres, puisqu'il y en a suffisamment, si on compte surtout ceux qui ont été achetés "il y a 20 ans", notamment en matière d'histoire, de sciences et de géographie. Il ne faut jamais sous-estimer le Dr Bolduc. Nul ne doit se laisser abuser par son visage poupon, ses lourdes paupières filtrant un regard bovin, sa voix geignarde et sa lenteur verbale. Tout cela n'est que trompe l'œil et cache habilement une remarquable vivacité d'esprit.

Comme il fallait s'y attendre, les réactions indignées des prétentieux élitistes ont fusé.

Mais l'on comprend plus difficilement la réaction défavorable de Philippe Couillard, baron de Jersey, même s'il a des excuses : il s'agit un ancien élève du collège Stanislas, et qui affectionne les citations de philosophes grecs. Pourtant, son subordonné, le Dr Bolduc, est la preuve vivante que la lecture de ces penseurs fumeux est inutile pour acquérir la dextérité qui lui a permis de traiter 1600 patients tout en étant député, un mandat en principe à temps complet.

Manifestement, voilà une personnalité qui ne s'inscrit pas dans la tradition des médecins hommes de lettres, qui a produit un Georges Duhamel en France, un AJ Cronin en Ecosse, et un Jacques Ferron au Québec. Il ne faut sans doute pas compter sur lui pour rédiger la version québécoise de "La chronique des Pasquier". Mais quelle importance?

Saluons plutôt un ministre de l'éducation qui a les deux pieds dans la glaise et qui a su  concevoir une solution fort judicieuse et pourtant si simple. Il suffisait d'y penser. Il n'y a que des intellos oisifs pour se répandre en diatribes au sujet de la quantité disponible de documents chargés de signes cabalistiques, sans intérêt pour les élèves.

D'ailleurs, pourquoi s'arrêter en si bon chemin?

En cette période de disette financière, on pourrait rationaliser l'espace occupé dans les bibliothèques scolaires, ou municipales, en réduisant le nombres de livres. Pour ce faire, quoi de mieux que les autodafés? Non, on ne meurt pas d'une pénurie de livres, comme en témoignent  les majestueux feux de joie nocturnes parrainés par le Dr. Josef Goebels dans les années 1930, une belle formule carnavalesque reprise plus tard par le général Pinochet.  

Au final, les bibliothèques québécoises n'ont besoin que d'un seul livre: "Fahrenheit 451".

LP

Tuesday, August 19, 2014

Le 19 août 2014. L'abbé Raymond Gravel est décédé



Serpents, race de vipères! comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne ?
- Matthieu 3: 7

Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi.
- Jean 14:6.

L'"abbé Pierre" canadien nous a quittés pour un monde meilleur. Paix à son âme. Il se fait encenser (au propre comme au figuré) par la classe politique.

Saluons la personnalité humaniste qui est passée par de terribles épreuves, la prostitution et la toxicomanie. En outre, malgré son tabagisme qui a commencé à l'âge de 11 ans, il a quand même atteint l'âge plus ou moins canonique de 61 ans; on pourrait presque parler de miracle…

Il a un jour découvert le Christ et est devenu l'apôtre des démunis.

Sans vouloir jouer les trouble-fête, il n'est pas indécent de relativiser l'efficacité de sa démarche.

On relèvera que son obéissance au Vatican lui a valu de ne pas prolonger son expérience politique. 
D'ailleurs, si, du bout des lèvres, on l'avait autorisé à se présenter la première fois aux élections fédérales en 2006, on comptait manifestement sur sa défaite… Espoir déçu. En 2008, il est devenu impossible de finasser et l'interdiction pure et simple fut prononcée.

En effet, Notre Sainte-Mère l'Eglise n'aime pas que ses clercs briguent des postes électifs, craignant que la politique ne salisse ses délicates mains…

Pourtant, l'Eglise ne se borne pas à l'entrave à la justice en matière de pédophilie ecclésiale. La perversion du processus politique n'a pas de secrets pour elle. Sous le manteau, ou plutôt sous la soutane. Conformément à sa duplicité plus que millénaire.

Et pas toujours de manière pas si feutrée. On méditera, par exemple, les pressions exercées sur les législateurs argentins et irlandais afin d'empêcher l'adoption de lois sur le divorce; les menaces d'excommunication visant les élus de tous pays votant en faveur de lois sur l'avortement; sa lutte sans merci contre la contraception. Interventions bien politicardes qui traduisent le caractère totalitaire de l'Eglise qui cherche à tyranniser la société dans son ensemble, alors que nul législateur ne contraint les époux cathos à divorcer : ils sont libres de continuer à cohabiter et à se déchirer; nulle catholique croyante n'est obligée d'avorter ou empêchée de mettre bas 15 fois de suite.

(Incidemment, pour les ministres du culte sodomisant les petits paroissiens, la question de la contraception demeure sans intérêt pratique, et il est permis d'opiner qu'un prêtre politicien est un peu moins souillé qu'un cardinal jetant la première pierre sur une fillette brésilienne violée de 9 ans qui réclame le droit à l'avortement.)

Mais on rend grâce à l'abbé Gravel pour sa croisade, contre l'obscurantisme, et en faveur de la modernité dans l'Eglise.

On admettra que, par exemple, il est cohérent de s'opposer au célibat ecclésiastique - qui ne fut définitivement imposé qu'au XIe siècle - et de lui rester fidèle.

Toutefois, peut-on logiquement se heurter à des dogmes fondamentaux et défendre le mariage homosexuel, l'ordination des femmes, le droit à l'euthanasie, la tolérance en général, et y conserver sa place?

Pis : comment adhérer à une institution laquelle, si elle a perdu le pouvoir séculier de brûler les hérétiques, persiste à disséminer l'infantilisante mythologie des Evangiles, des guérisons miraculeuses, de mère Teresa et à canoniser des névropathes comme le frère André afin de stimuler la lucrative industrie du pèlerinage?

Ah, mais l'abbé Gravel a eu la conviction qu'une ère nouvelle a commencé avec l'élection (oui, "élection"…) du ronronnant pape François, pêcheur de midinettes, qui non seulement ne se sent plus capable de juger les homosexuels, mais assure même que les athées ne sont plus exclus du paradis!

Il faut avoir la primaire foi du charbonnier (surtout dans une certaine presse) pour ne pas comprendre que l'Eglise, après avoir été dirigée pendant des siècles essentiellement par des "bad cops", est maintenant dans une nouvelle phase de "good cop"… Une grossière, mais efficace, opération de relations publiques, digne des publicistes de Madison Avenue. Avec quel brio on occulte la menace fondamentale du Christ : Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. (Matthieu 10: 34).

Et tolérer, dans une mesure bien étudiée, des "électrons (plus ou moins) libres" comme les abbé Gravel, les dom Helder Camara… s'inscrit dans la rouée stratégie de marketing de l'Eglise, qui lui permet de souffler le chaud et le froid et d'appâter les gobeurs. L'art de ratisser large… Cela donne un vernis de crédibilité à l'Eglise et à ses fables.

L'éternel mirage du totalitarisme à visage humain…

Faut-il rappeler que les angéliques - quoique illuminés - Saint-François d'Assises n'ont jamais empêché l'émergence des sataniques Torquemada? Et que, en France, Mgr. Gaillot est toujours évêque in partibus des sables de Partenia?

Difficile de nier que l'abbé Gravel était une âme attachante. Un bémol cependant.

Sa compassion pour les victimes d'abus sexuels ne semble pas l'avoir amené à appeler sa hiérarchie à s'agenouiller en public afin d'implorer leur pardon. Elément plus troublant:  sa réprobation des actions judiciaires en indemnisation marquait la limite de sa rébellion. The "buck" stops there.

En 2008, il a raté la divine occasion de pousser sa réflexion et d'opter pour la poursuite de son action sociale par la voie séculaire - politique ou autre - et ainsi cesser, en prime, de cautionner le message de haine des Evangiles, surtout son venin antisémite.

Qui sont les vraies vipères?

LP