Thursday, May 18, 2023

L’ex-président Nicolas Sarkozy est condamné à trois ans de prison, dont un an ferme.

Le 18 mai 2023.

Être en prison pour un crime n’empêche pas de commencer un autre crime.
- Victor Hugo. (Les misérables).

Un scandale!

Nicolas “Dr Jekyll” Sarkozy (ou Paul “Mr Hyde” Bismuth, comme on voudra), voit sa peine confirmée en appel pour corruption et trafic d’influence. On fulmine dans les milieux LR, qui scandent ce slogan d’indignation : “Mieux vaut être dealer qu’ancien président !”.

Sous réserve de l’issue de son pourvoi en cassation, on ne peut, certes, que plaindre l’ex-chef d’Etat.

D’abord, la déchéance de ses droits civiques, dont l’inéligibilité. De quoi envier Donald Trump, que la loi américaine ne pénalise pas sur ce plan.

Pour le lucratif circuit des conférences (“the lecture circuit” en v.o.), la logistique sera plus compliquée. Plus question de les prononcer sur place dans les émirats arabes, mais il n’aura qu’à suivre l’exemple de l’ex-président américain Clinton, qui donna à une occasion une conférence d’une heure par vidéo pour la modique somme de 100 000$. Paul Bismuth est d’ailleurs orfèvre en matière de communications à distance.

Cela dit, son emprisonnement devrait se faire dans des conditions carcérales un peu moins rigoureuses que celles auxquelles est soumis le malandrin franchouillard lambda. L’ex-ministre de l’intérieur n’intégrera pas un des pénitenciers vétustes, surpeuplés et infestés de rats (qui ont valu à la France des condamnations par la cour européenne des droits de l’homme), mais purgera sa peine dans son humble chaumière en portant le bracelet électronique. Pas de cantine pénitentiaire pour lui : il pourra se faire livrer ses repas à domicile de la Tour d’Argent, ou de la Coupole, par Űbereats. et il aura encore de quoi mettre un peu de beurre Échiré sur les épinards bios, et du paprika dans sa goulasch; Mr Bismuth, lui, accordera sa préférence au couscous royal

(À moins, cela va sans dire, qu’il opte pour la grève de la faim afin de dénoncer un ignoble acharnement judiciaire dû à son patronyme magyar, qui évoque la longue crucifixion de Ferdinand Esterhazy).

Enfin, avantage non négligeable, lorsqu’il prendra sa douche quotidienne, il pourra se pencher sans appréhension pour ramasser le savon.

LP 

Wednesday, May 10, 2023

À Saint-Denis (France) : Sera-ce le lycée “Angela Davis” ou “Rosa Parks”?

 

Le 10 mai 2023.

No Good Deed Goes Unpunished
(So Shines a Good Deed in a Naughty World)
- Franklin P. Adams.

Le fait qu'aucun Etat d'Europe occidentale n'ait été en mesure d'assurer la défense des droits élémentaires du peuple juif et de le protéger contre la violence des bourreaux fascistes explique les aspirations des juifs à établir leur propre Etat. Il serait injuste de ne pas en tenir compte et de nier le droit du peuple juif de réaliser cette aspiration.
- Discours prononcé par le ministre soviétique des Affaires étrangères Andrei Gromyko devant le Conseil spécial de l'ONU Comité sur la Palestine (14 mai 1947).
 

Une polémique fait rage en Seine-Saint-Denis (93) au sujet du nom que devra porter officiellement l’actuel “Lycée de la Plaine”. Pour l’instant, il ne porte qu’officieusement le nom de l’icône américaine de la lutte pour les droits civiques, Angela Davis, mais ce choix des autorités locales irrite la présidente du conseil régional d'Île-de-France, Valérie Pécresse, qui aura le dernier mot en la matière; elle propose plutôt “Rosa Parks”.

Il est exact que Mme Davis fut persécutée par l’Etat américain pour ses opinions politiques. La disciple de Marcuse perdit son poste de professeure à l’université de Californie sur ordre du gouverneur Ronald Reagan en raison de son appartenance au parti communiste; son appartenance aux Black Panthers lui fut aussi reprochée.

(À noter que certains de leur membres patrouillaient leurs quartiers munis d’armes à feu en toute légalité; détail piquant, vu la récente actualité américaine, ce “non sens” (sic) incita le gouverneur Reagan à faire adopter vers 1967 une des premières lois de contrôle des armes en Californie, lois en vigueur depuis des décennies dans de nombreux états du Deep South, mais visant exclusivement les Noirs... )

Davis a aussi pleinement droit à la qualité de prisonnière politique car elle fut incarcérée dans l’attente de son procès pénal lorsqu’elle dut répondre à des accusations mensongères de complicité dans l’affaire du meurtre d’un juge californien. Ce procès résulta en 1972 en un acquittement, hypocritement invoqué par la communauté redneck pour soutenir que le système judiciaire marche après tout, ce à quoi Mme Davis répondit, avec justesse : “A fair trial would have been no trial”.

Le ministre français de l’éducation, Pap N’Diaye, a décliné l’invitation à intervenir lancée par Mme Pécresse, notant, correctement, que cette question ne relevait pas de sa compétence.

D’une part, il signale toutefois, toujours correctement, que des lieux publics peuvent porter le nom de personnalités controversées, loin de faire l’unanimité. Le ministre souligne en outre l'attachement profond” pour la France d'Angela Davis, dont le séjour à Paris en 1963 fut décisif dans son engagement politique ultérieur” (sic).

D’autre part, Mme Pécresse estime malséantes les accusations de racisme lancée contre la France par Mme Davis, laquelle, il est vrai, a montré son ignorance crasse de la notion de laïcité en voyant (ou feignant de voir) dans celle-ci une attitude hostile aux Musulmans, alors qu’elle vise au contraire notamment à protéger des femmes orientales de la tyrannie religieuse (une tautologie) trop souvent imposée par des familles arriérées et inadaptées; on pense en particulier à la geôle textile qu’est le voile islamiste.

Cela dit, il semble que tant le ministre, éminent spécialiste de l'histoire sociale des États-Unis et des minorités, que la présidente font abstraction des éléments quelque peu plus discutables du parcours de Mme Davis.

Si est admirable son action sociale en faveur des laissés pour compte aux Etats-Unis, à l’occasion, elle n’a jamais hésité à faire la promotion de la violence comme solution aux problèmes sociaux de l’Amérique, ou plus récemment de la Palestine, prenant ainsi quelques distances avec la démarche de Martin Luther King.

Avec Mme Davis, il y a 2 poids 2 mesures en matière de lutte contre l’oppression. On parle beaucoup, à bon droit (n’en déplaise à l’Aryen honoraire Eric Zemmour), de repentance en ce qui concerne le racisme et le colonialisme à la française. Cela dit, Mme Davis demeure une marxiste impénitente, apparemment peu impressionnée par les horreurs staliniennes. Son soutien aux dictatures communistes (une autre tautologie), quoique peu bienveillantes envers les personnes plus ou moins basanées, n’a jamais fléchi. Le sort des prisonniers politiques en Europe de l’Est n’a jamais suscité sa vindicte au sujet du système judiciaire soviétique, qui comportait des lacunes sur le plan des droits de la défense.

Est particulièrement instructive cette déclaration datant de 1972 : “The situation of Jews in Russia has been totally blown out of proportion by the bourgeois press because they’re going to do everything they can to discredit socialism.'”. Il y a mieux.

Ou pire.

Peu après son acquittement, l’avocat Alan Dershowitz (par la suite défenseur de Claus von Bülow et de O.J. Simpson), qui l’avait soutenue, avait sollicité un modeste retour d’ascenseur, c’est-à-dire son intervention auprès des autorités soviétiques en faveur de dissidents juifs. Il fut vertement éconduit en ces termes : 

“Several days later, I received a call back from Ms. Davis’ secretary informing me that Davis had looked into the people on my list and none were political prisoners. ‘They are all Zionist fascists (apparemment une tautologie dans l’esprit de Mme Davis) and opponents of socialism.’ Davis would urge that they be kept in prison where they belonged.”

Noble “engagement politique ultérieur”, en effet.

Mme Davis ignorait superbement les panthères noires d'Israël, mouvement fondé en 1971 par les juifs mizrahim, au teint parfois plus hâlé que celui des citoyens ashkénazes, sur le modèle du parti éponyme américain, qui prôna le dialogue avec les Palestiniens.

On invitera les professeurs d’anglais du lycée en cause à lire le livre d’Alan Dershowitz, “Chutzpah” et au besoin de traduire cet édifiant extrait (et les citations) à leurs collègues, surtout au dirlo, qui nourrira leur réflexion. (Pour Chutzpah, mot yiddich, on consultera  Wikipedia).

Sous réserve d’autres suggestions, somme toute, il est permis de conjecturer que nul ne sera déshonoré d’étudier, ou d’enseigner, au lycée Rosa Parks.

LP

 


Friday, May 5, 2023

Charles III et les (saintes) huiles de Westminster.

 Le 5 mai 2023.

En effet, ce n’est pas pour rien que l’autorité détient le glaive. Car elle est au service de Dieu : en faisant justice, elle montre la colère de Dieu envers celui qui fait le mal.
- Romains, 13: 04.
 
I do not believe that this is an evil king. But he is confused. And he cannot say no to his wife. 
- Oliver Cromwell.

Le fils d’Elizabeth II, le mal aimé Charles III, PDG (CEO en v.o.) de "The Firm", recevra samedi sa couronne (on devrait dire conceptuellement “ses” couronnes puisqu’il est à la tête de 15 royaumes, dont le Canada) selon le rite religieux obligatoire : officiera non pas son dentiste, mais Justin Welby, archevêque de Canterbury, représentant de Dieu sur terre, dirigeant de facto de l’Eglise fondée par Sa Majesté Henry VIII sur le socle de l’harmonie familiale.

Élement crucial de la cérémonie, il administrera au roi et à la reine (qu’on sort) le Saint Chrême, huile d’onction qui a été bénie vendredi dernier conjointement par nul autre que le patriarche grec orthodoxe Theophilos III et l’archevêque anglican de Jérusalem, Hosam Naoum, lors d’une cérémonie spéciale” (sic) dans l’église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille ville de Jérusalem, qui évoque l’époque fabuleuse des Croisades. Émouvante lubrification partiellement oecuménique, sans participation catholique, toutefois, au grand des Nord-Irlandais de cette foi.

Cette liturgie millimétrée rappellera à tous les humbles sujets de Charlot qu’ils vivent en théocratie, même s’ils ont droit, pour l’heure, à une liberté surveillée.

En ce qui concerne le Canada, sa loi constitutionnelle proclame d’ailleurs, noir sur blanc, la suprématie de Dieu. Le contribuable canadien lambda ne pouvait rêver d’un meilleur premier ministre que Justin “Blackface” Trudeau pour assister au couronnement vu qu’il a obtenu son propre poste par le jeu des règles de succession monarchique.

À ce sujet, l'on peut conjecturer que, pour l'occasion, le prince Harry a (re)visionné un grand classique du cinéma anglais, Kind Hearts and Coronets (Noblesse oblige en v.f.) mettant en vedette le versatile Alec Guinness.

Que le spectacle commence, en compagnie de Stéphane Bern! God save the King! Rule Britannia!

LP.

Sunday, April 30, 2023

Histoire égyptienne : la pigmentation de la reine Cléopâtre.

Le 30 avril 2023.

 

Vous ne bénissez pas chaque Kushi. Quand vous marchez dans la rue aux Etats-Unis, toutes les cinq minutes vous voyez un Kushi. Allez-vous les bénir à chaque fois ? Il faut que ça soit un Kushi dont la mère et le père sont blancs... Car si vous savez que cet enfant singe est ainsi venu à eux, qu'il est venu d'eux comme ça, alors vous pouvez lui donner une bénédiction car c'est une créature différente. Alors faut-il qu'il ait deux Kushis pour le bénir ? Non !

- Yitzhak Yosef, Grand Rabbin sépharade d'Israël.

Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem, Comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon. Ne prenez pas garde à mon teint noir: C'est le soleil qui m'a brûlée.

- Cantique des cantiques 1;5-6.

Au pays des pharaons fait rage une polémique, dont l’impact social est considérable

Le 10 mai prochain sortira sur la plate-forme Netflix un docufiction, La Reine Cléopâtre, qui sera incarnée par l’actrice britannique Adele James qui est... noire.

On en frémit d’horreur sur les rives du Nil.

Circule une pétition en ligne, intitulée Arrêtez le documentaire sur Cléopâtre sur Netflix pour falsification historique, qui a recueilli plus de 40 000 signatures. Le ministère des antiquités égyptien l’a pourtant décrété : Cléopâtre avait la peau blanche et des traits hellénistiques” et il brandit avec aplomb les bas-reliefs et les statues de la reine Cléopâtre [qui]en sont la meilleure preuve. Cette déclaration ministérielle est, en outre, assortie de pièces de monnaies grecques, et de statues en marbre représentant Cléopâtre avec des traits européens.

Moustafa Waziri, patron des Antiquités égyptiennes, dénonce, avec hargne, une falsification de l’histoire égyptienne. 

La députée Saboura Al-Sayyed, garante des valeurs patriotiques égyptiennes, et élue du people qui a le sens des priorités, a à nouveau demandé au Parlement d’interdire la plate-forme pour ce plus récent motif.

La notion de liberté artistique (et, corrélativement, d’appréciation du public) ne semble pas être une vache sacrée autour des pyramides, comme au Québec d’ailleurs, où une pièce de Robert Lepage, “SLĀV, construite autour d'anciens chants d'esclaves noirs, ne comptant que deux interprètes noirs sur six choristes, fut annulée par des pressions populaires. Rebelote pour “Kanata, vu l'absence de comédiens autochtones qui avait créé un tollé.

En l’espèce, faut-il voir dans le casting de la productrice Jada Pinkett Smith un autre possible exemple d’“appropriation culturelle” (à rebours cette-fois)?

Un phénomène qui n’a pourtant rien de nouveau. Il suffit de penser aux représentations traditionnelles du Christ qui évoquent anachroniquement des modèles d’origine plutôt norvégienne. Au cinéma, Willem Dafoe n’était peut-être pas le messie le plus convaincant dans “La dernière  tentation du  Christ”:à  supposer véridique son existence terrestre, l’on peut supposer que Yehoshua avait un teint un peu plus olivâtre et une tignasse plus foncée.

Les esthètes nord-américains d’un certain âge, amateurs de l’émission “Saturnay Night Live”, se rappelleront des brillants sketchs mettant en scène Garrett Morris, qui a incarné à plusieurs reprises le président égyptien de l’époque, Anouar El-Sadate. En dépit de son légendaire sens de l’humour, ce fils d’une mère soudanaise n’avait apparemment pas pleinement apprécié le choix de l’acteur, un tantinet trop basané à son goût.

Et le Canada a eu Justin “Blackface” Trudeau.

Mais alord, quid de la mère de Césarion?

Il est permis de nourrir une certaine réserve en ce qui concerne la fiabilité des sources invoquées par le ministère. Du “photo-shop” avant l’heure? Sans oublier que, dans cette région, ne peut être exclue une certaine dose de métissage?

Mais personne n’a relevé un argument, d’ordre historique, qui milite en faveur de la thèse gouvernementale.

Les Ptolémées, quoique grecs, eurent à coeur d’adopter les moeurs du people qui leur fut confié. Or, les familles royales égyptiennes pratiquaient assidument depuis des siècles la consanguinité afin d’éviter des mésalliances avec des roturiers. Les mariages entre frères et soeurs étaient restés la norme, ce qui rend moins plausible le mélange des sangs. Sur ce fondement, on peut en effet parier sur le teint d’ivoire (si typique de l’ensemble de la population égyptienne, notamment nubienne) de la compagne de Jules César. Comme en Alabama, on a l’épiderme sensible en Egypte – autre modèle d’harmonie sociale et interethnique – où l’on garde la tête haute : il n’est pas question d’imaginer qu’elle ait été un jour gouvernée par une Cafre. Question d’intégrité dermatologique

Le nez de la monarque lagide a marqué l’histoire, il en va maintenant de même de sa couleur de peau.

LP


Sunday, April 23, 2023

Le “procès” du Canadien Hassan Diab, tragicomédie. Acte II.

Le 23 avril 2023.

Impossible n’est pas français.
- Napoléon le grand.

 
La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera.
- Émile Zola.

 

La mascarade judiciaire continue. Plus tragique que comique.

L’acte I fut la première extradition de Hassan Diab, qui se termina en 2018 par un non-lieu après 3 ans de détention “provisoire” (sic) en France, prononcé par deux magistrats instructeurs, Jean-Marc Herbaut et Richard Foltzer, qui avaient constaté l’absence de preuves de culpabilité; il fut donc libéré et put rentrer au Canada.

Acte II, l’arrêt de la Cour d’appel de Paris annulant ce non-lieu fut une forfaiture. (Mais nous sommes au pays des suicidés auxquels il faut 5 balles, et qui compte des juges habiles dans l’antidatation des documents).

Et le 21 avril 2023, fin de l’Acte II. La pièce, ou plutôt la farce, était écrite, donc nulle surprise : le Canadien Hassan Diab est reconnu coupable, par la Cour d’assise (très...) spéciale de Paris (le club des cinq...) de l’attentat terroriste visant la synagogue de la rue Copernic à Paris en 1980. “Mission accomplished” comme aurait dit George W. Bush.

Pourtant, au cours du pseudo-procès, Jean-Marc Herbaut avait témoigné pour la défense et expliqué que la soi-disant preuve centrale, le passeport, mystérieusement remonté des enfers, ne prouvait strictement rien.

C’est une sinistre caractéristique de la procédure pénale française, digne héritière de l’Inquisition, que sont possibles l’intervention de graphologues charlatanesques, les falsifications et destructions de preuve par la police judiciaire; le ministère public peut même jouer les prestidigitateurs et sortir dans la salle de spectacle, c’est-à-dire d’audience, à l’improviste, un lapin provenant d’on ne sait où et s’appuyer sur les “convictions” quasi-mystiques et intéressées de policiers complaisants, fondées, comme par hasard, sur des ouï-dire émanant de sources censées être d'autant plus fiables qu'elles doivent rester secrètes. Comme est touchante en l’espèce l’humilité de Louis Caprioli, qui se définit comme un “petit policier”..., mais qui profère avec aplomb de hautes affirmations où nul doute n’a sa place. Devant le successeur du Tribunale speciale per la difesa dello Stato, les règles de preuve sont fort malléables. Il serait injuste de lui reprocher un formalisme excessivement tatillon.

Les correspondances entre l’affaire (ou plutôt la “youpinade”) Dreyfus et la présente affaire sont fascinantes.

- On a un état sous pression, brandissant respectivement la menace allemande et les attentats terroristes, qui veut donner l’impression d’agir par des gesticulations patriotiques. La raison d’état a toujours eu et aura toujours bon dos... On fait du chiffre comme on peut...

- On vise des boucs émissaires faciles qui sont fonction du climat d’hystérie de l’heure : un youtre et un bougnoul.

Enfin, il y a d’une part le bordereau et, d’autre part, le passeport.

Cette farce judiciaire a une autre explication rationnelle : il s’agit essentiellement d’interdire à Hassan Diab l’accès au territoire français, de sorte qu’il ne pourra jamais obtenir la reconnaissance de son innocence, et donc surtout de l’empêcher de faire valoir toute réclamation pécuniaire contre l’Etat français.

D’aucuns trouveront bizarre la non-opposition du ministère public à son départ de France. Dans ce jeu d’échecs procédural, il s’agissait d’un “coup sacrifice” fort bien étudié. En effet, sinon, il y aurait eu condamnation et emprisonnement dans les donjons de la République d’un prisonnier politique somme toute assez encombrant. Sans oublier qu’il y avait toujours le risque d’une censure de la cour de cassation, fût-elle fondée sur un vice de pure forme. Par contre, en laissant délibérément leur proie rentrer au Canada, et obtenir ensuite de la Cour d’appel le renvoi de la cause aux assises, on était certain que Diab ne se présenterait jamais à un procès truqué et que la voie serait libre. Formule d’autant plus avantageuse que le contumax condamné ne dispose plus d’aucun recours. Le piège était imparable.

(Mais soyons charitable envers le ministère public qui a peut-être implicitement conclu ce généreux marché avec Hassan Diab : “ta condamnation est déjà décidée, elle n’est pas négociable pour notre image, mais estimes-toi heureux d’être dispensé de la prison; reste au Canada et n’y reviens plus”. Tope-là!).

D’aucuns objecteront que ce spectacle aura peut-être coûté plus cher aux contribuables français que l’indemnisation d’un innocent. Mais c’est sans compter avec l’arrogance française : pour maintenir son image, on dépense sans compter. Et on sait s’inspirer de la stratégie d’obstruction des compagnies de tabac : lorsque le fumeur cancéreux, en phase terminale, qui crache ses poumons ensanglantés, réclame 1 million, la compagnie en dépense 10; un investissement rentable à long terme car cela constitue un avertissement dissuasif pour les suivants. Plus généralement, avis donc à toutes les victimes d’erreurs et de crapuleries judiciaires en France.

À ce stade, quid d’une éventuelle extradition du citoyen canadien Diab vers la France?

Le Canada est bien connu sur la scène internationale pour l’état de décalcification avancée de sa colonne vertébrale, ce qui explique qu’il devient parfois l’ennemi de ses propres citoyens, comme en témoignent, par exemple, le martyre subi par Omar Khadr et le sort des enfants de djihaddistes dans des camps syriens. Dans ce genre d’affaires, il ne faut surtout pas sous-estimer l’ignorance, l’incompétence et la veulerie des magistrats et politiques canadiens : en l’espèce, fut absurde l’extradition de Hassan Diab en 2014 ordonnée par le “juge” Robert Maranger et ratifiée par le ministre de la “justice” de l’époque, Rob Nicholson.

Mais on peut espérer que, au mois cette fois-ci, on aura une meilleure conscience du ridicule. Et puis, on a beau être canadien, on peut généreusement accepter d'ouvrir ses fesses une fois, mais pas deux. Quand même. Ca devient trop douloureux.

En 2018, lors du retour de Hassan Diab au Canada, le premier ministre Trudeau a déclaré que ce qui est arrivé à [Hassan Diab] n’aurait jamais dû se produireet que son gouvernement veillerait à ce que cela ne se reproduise plus

Suite au verdict de la Cour d’assises spéciale de Paris, M. Trudeau a déclaré :

On va regarder attentivement la décision et quelles seront les prochaines étapes pour le gouvernement de la France. Nous prenons très au sérieux l'importance de protéger les citoyens canadiens et de respecter leurs droits”. (ouf, il était temps...)

On peut donc de prime abord espérer un peu moins d’inhumanité de la part du gouvernement Trudeau que du gastéropode baveux en reptation Stephen Harper vu le tapage médiatique que cette affaire a suscité au Canada. Et... il est probable que la France, précisément, mise sur le refus canadien.

(Les cyniques songeront que le gouvernement canadien pourra peut-être “monnayer” le refus d’extradition en échange du retrait de la poursuite de Hassan Diab?)

Chose certaine, voici l’occasion historique pour le Canada de modifier sa loi sur l’extradition.

Il peut, bien sûr, se contenter d’exiger des critères moins fantaisistes, mais il peut faire nettement  mieux : en excluant dorénavant de manière générale l’extradition de ses propres citoyens, suivant le modèle de la loi israélienne (adoptée à l’initiative de l’éminent homme d’affaires... français, et député de la Knesset Samuel Flatto-Sharon) et surtout de la loi... française, très protectrice des violeurs d’enfants comme Roman Polanski et le prêtre Johannes Rivoire (lequel a d’ailleurs commis ses méfaits... au Canada). Rappelons en effet cette hallucinante incongruité, à savoir que la loi canadienne actuelle est à sens unique : la France peut demander l’extradition de Canadiens qui auraient commis des crimes en France, mais pas l’inverse.

Un savoureux pied-de-nez à la France!

L’emblématique victime d’une ratonnade judiciaire française, Omar Raddad, peut maintenant souhaiter à Hassan Diab la plus cordiale “bienvenue au club”.

M. Diab devra renoncer à sortir du territoire canadien pour ses futures vacances, mais il disposera de plus grands espaces que Dreyfus, jadis confiné à l’Ile du diable.

Rendons hommage au magistrat Jean-Marc Herbaut, qui a eu le courage d’affronter sa propre hiérarchie et de mettre en péril ses possibilités d’avancement en témoignant cliniquement en défense de Hassan Diab. Il est le Christos Sartzetakis français.

Quant au procureur Benjamin Chambre, il a pour modèles Andreï Vychinsky et Fouquier-Tinville. Il évoque, avec indignation, la “lâcheté” du sociologue accusé absent. On lui répondra que l’histoire de France a connu d’autres "lâches” de ce genre : Victor Hugo et Émile Zola. L’auteur des Misérables eut, en effet, la lâcheté de s’exiler afin de dénoncer la dictature de Napoléon le petit; le pamphlétaire qui exposa la gangrène de l’administration militaire et du système judiciaire français dans “J’accuse” eut aussi la couardise de s’exiler en Angleterre le soir du verdict fixé d’avance, ce qui fut évidemment “interprété” par la vermine antidreyfusarde (le lecteur pardonnera cette tautologie) comme un aveu de culpabilité. Après Guernesey, Londres, est déjà entré dans la légende Ottawa.

Petit détail en conclusion, le vrai terroriste court toujours, hilare. Ou plutôt, vu son âge avancé, il coule des jours heureux dans une retraite bien méritée, avec la protection de l’Etat français.

Du pain bénit pour Fabrice Burgaud et une petite revanche rafraîchissante pour Esterhazy, qui rôtit en enfer.

Le IIIe acte commence.

LP

PS. En matière d’extradition, l’actualité française est riche ces jours-ci. On apprend qu’est définitif et exécutoire depuis le 29 mars, un décret d’extradition visant M. Bouvayssar T., réclamé par la Russie pour une affaire de meurtre à Moscou. Les autorités russes ont pris le solennel engagement de ne pas exécuter la peine de mort encourue, si elle est prononcée, et qu’une éventuelle condamnation à perpétuité permettra une possible libération conditionnelle au terme de vingt-cinq ans. Plus important encore, la Russie a donné sa parole d’honneur que les poursuites n’ont aucune visée politique, même si l’intéressé revendique son appartenance à l’Ichkeria, groupe d’opposants tchétchènes au régime de Ramzan Kadyrov. Nous sommes rassurés.

 

 

Wednesday, April 12, 2023

L’esprit de solidarité catholique québécois selon François Legault!

 Le 12 avril 2023.

 

Take out your false teeth Momma, I want to suck on your gums".
J. Geils.
 

Le premier ministre François Legault est toujours bien inspiré lorsqu’il évoque la spécificité du Québec en Amérique du Nord, notamment sur le plan linguistique. Malheureusement, le chef de gouvernement qui défend, à bon droit, le principe de laïcité, et donc l’intégrité de l’État face aux invasions, souvent trop sournoises, des religieux, s’est quelque peu égaré en louant, par un gazouillis, le catholicisme par la reprise d’une opinion émise par Mathieu Bock-Côté, à savoir qu’il aurait “engendré une culture de la solidarité” (sic).

C’est là privilégier sans justification une forme de christianisme, et, de manière plus générale, de religion, non seulement en Amérique du Nord, mais dans tout le monde occidental; chose plus inquiétante, c’est faire abstraction du terrorisme intellectuel qu’a imposé le christianisme dans toutes ses variantes depuis 2 000 ans, qui a puisé dans de macabres fables; en vérité, en vérité merveilleux patrimoine. Au mieux, on peut peut-être reconnaître l’existence d’une solidarité intra-catholique, (et intra-anglicane, intra-luthérienne, etc.), dans la mesure où l’être humain a besoin d’un cercle social.  

(D’ailleurs, l’histoire, non seulement nord-américaine, mais mondiale, montre les différends périls, d’intensité variable, d’une soi-disant solidarité fondée sur une doctrine religieuse : le “Deep South” américain, l’Irlande du Nord, le Liban, etc....).

M. Legault feint aussi d’oublier aussi que le règne sans partage qu’a exercé Notre Sainte-Mère l”Eglise sur le Canada français a une explication très simple : il avait été livré pieds et poings liés aux clercs obscurantistes par les autorités coloniales. Pendant que les fins lettrés nourris de latin spéculaient, dans leurs séminaires, sur le sexe des anges et les limbes augustiniennes entre deux revigorantes agressions sexuelles sur les paroissien(ne)s dans leurs sacristies (couvertes par solidarité ecclésiastique...), ils ne faisaient pas concurrence aux ingénieurs et hommes d’affaires presbytériens, plus généreusement approvisionnés en sciences de la nature, donc mieux équipés pour domestiquer la matière. Plus de bùchers pour les hérétiques, c’est vrai, mais les sulfureux disciples québécois de Torquemada disposaient de l’anathème. Il a fallu attendre le début des années 1960 pour que, au Québec, se fissure la chappe de plomb catholique et que soit ressuscité l’esprit de solidarité... laïque de Louis-Joseph Papineau.

M. Legault devrait savoir qu’aucune religion n’est inoffensive socialement, pas même le bouddhisme, qui est souvent qualifié de “bienveillante philosophie”. Une théocratie politique qui a été ponctuée d’actes d’intense cruauté, et il suffit de penser aux Rohingas musulmans persécutés à l’heure actuelle par les autorités birmanes. En outre, la notion de nirvanah n’a pas soustrait ces “philosophes” aux tentations bien terrestres de la chair. Une consolation donc pour M. Legault, chantre inattendu de l’Église : dans ce domaine, nul monopole catholique. Par exemple, en France, ont été occultées de nombreuses violences sexuelles commises dans les cercles bouddhistes par des gourous locaux; n'ont pas été très pro-actifs à sujet Mathieu Ricard (fils du -vrai- philosophe Jean-François Revel) et le Dalaï Lama lui-même, qui, à l’âge vénérable de 87 ans, administre maintenant publiquement des baisers sur la bouche de jeunes garçons et les invite à lui rouler des pelles.

Solidarité oblige.

LP

 

Saturday, April 1, 2023

Le pape François prononce la dissolution de l’Église catholique!

 Le 1er avril 2023.

Ciel, nous sommes découverts!
Cri poussé par les indigènes caraïbes en voyant arriver Christophe Colomb (authentique). 

 
Je découvre.
Astérix dans “La grande traversée”.
 

Poisson d’avril! 

Vatican, SARL, (et Inc. dans les pays anglo-saxons) a encore de beaux jours devant elle.

Plus sérieusement, le Vatican fait une audacieuse et avant-gardiste découverte! D’abord, jetons un bref regard sur le passé car les vrais croyants vivent d’inquiétants bouleversements depuis 1945.

Les juifs ne sont plus un peuple perfide, encore moins déicide. Difficile à avaler pour les lecteurs pénétrés de la lettre et... l'esprit de l'Évangile selon Saint-Jean.

De nombreux saints, dûment canonisés en leur temps, ont fait l’objet d’une rétrogradation pour cause d’inexactitude historique.

Herr Ratzinger, alias Benoît XVI, acceptait la théorie biologique de l’évolution.

Plus inquiétant, l’ex-Grand-Inquisiteur, ne voyait plus dans ce qui était pourtant le dogme jusqu’alors gravé dans le marbre augustinien professé dans tous les cours de catéchisme, celui des limbes, qu’une simple “hypothèse théologique”.

Et voilà que Notre Sainte-Mère l’Église renie la “doctrine de la découverte”, qui a fait ses preuves pendant un demi-millénnaire : les terres habitées par des populations non-chrétiennes étaient “terra nullius” (terres vacantes) et pouvaient donc être appropriées par les puissances européennes... “civilisées”. Le Saint-Siège déclare aujourd’hui, sans rire, qu’elle n'a pas reflété de manière adéquate l'égalité de dignité et de droits des peuples autochtones, et surtout qu’elle n'a jamais été considérée comme une expression de la foi catholique; affirmation troublante car elle fut pourtant solennellement et canoniquement promulguée par des “bulles pontificales”. En outre, on dénonce, toujours sans rire, des “manipulations” à des fins politiques de la part des puissances coloniales de la parole des vicaires du Christ, qui sont censés peser chaque mot. Que penser de la notion même de   “théologie dogmatique” : à quelles sources puiser désormais?.

Bref, le fidèle ne sait plus à quel saint se vouer.

Cela dit, certaines associations autochtones canadiens se déclarent satisfaites de cette magnanime concession historique. Grand bien leur fasse puisqu’elle n’a pas de prix.

Et incidemment, parlant de prix, que les paroissiens qui versent le denier du culte se rassurent sur au moins une chose, cruciale, voire essentielle : l’abrogation (toute impulsive fût-elle) de cette doctrine ne se traduira pas par des indemnisations en espèces sonnantes et trébuchantes au profit des victimes, notamment autochtones canadiennes, d’un certain clergé libidineux, qui, depuis des siècles, fait, grâce à ses proies, d’enrichissantes découvertes anatomiques et se livre sur elles à d’émoustillantes manipulations. 

La formule sacramentelle "ceci est mon corps" prend tout son sens.

LP 

PS. On apprend avec béatitude que Sa Sainteté le pape François sort de l’hôpital Gemelli samedi et qu’il pourra présider les célébrations de la semaine sainte. Hosannah! Les fidèles respirent autant que lui. Jorge Bergoglio nous l’assure : “je suis toujours vivant”.  Cette nouvelle n’est pas un poisson d’avril, alors avis à ceux qui veulent devenir calife à la place du calife : un peu de patience est encore de mise.