Monday, August 29, 2022

Convocation des électeurs québécois.

Le 29 août 2022.

La démocratie ne peut être définie comme l’existence de parlements et d’élections uniquement.
-Recep Tayyip Erdogan.
 

La campagne électorale a été officiellement lancée hier dimanche par le premier ministre québécois François Legault. Le scrutin aura lieu le 3 octobre prochain.

Qu’est proposé aux électeurs?

Le parti libéral du Québec, est dirigé par Dominique Anglade, la transfuge de la Coalition Avenir Québec (parti actuellement au pouvoir) à une époque où François Legault, alors dans l’opposition, ne pouvait évidemment lui offrir un portefeuille de ministre. Elle a alors raté non seulement la limousine ministérielle, mais le coche, chose un peu embarrassante pour une cheffe de parti qui revendique de nouveau aujourd’hui une expertise économique, mais d’un parti qui est devenu le porte-parole ethno-régional des anglophones montréalais, même si ceux-ci lui manifestent un certain degré d’ingratitude.

Québec solidaire; il faut lui rendre hommage pour sa sincère conscience écologique, d’où sa volonté exprimée de “changer d’ère”, mais ses conceptions économiques reflètent les rêves généreux de cégépiens (lycéens en français) de 18 ans qui pensent encore refaire le monde. 

Il y a un parti québécois en déliquescence qui proclame maintenant, sur le tard, dans ses publicités électorales, que sa raison d’être est l’indépendance du Québec. Le mot n’est plus tabou... Son chef, Paul Saint-Pierrre Plamondon, présente avec fierté son équipe “Cendrillon” (sic!). Comprenne qui pourra, mais gare aux 12 coups de minuit.

Le nouveau parti conservateur du Québec, lui, mise sur les “rednecks” québécois consanguins séduits par les démagogiques sirènes antiscientifiques trumpesques. Un beau bouillon d’inculture en perspective.

Et enfin, la CAQ, au pouvoir, et dont le slogan est “Continuons”. Nul doute qu’il continuera sans problème vu qu’il a renié sans vergogne la solennelle promesse d’un système électoral plus représentatif, et donc plus démocratique, comportant notamment une dose de proportionnelle. Y aura-t-il continuation de l’inertie écologique, comme en témoignent les nébulosités qui sentent bon l’arsenic frais et qui flottent gracieusement dans les rues et embaument même les garderies de Rouyn-Noranda?

Et dès la première journée de campagne, le premier ministre Legault a commis sa première bourde : il a utilisé le régionalisme “cette madame” (sic) pour désigner madame Anglade. Vu le contexte, cette expression, qui fleure bon le terroir québécois profond, a une connotation un peu condescendante. Il eût été plus élégant de dire, en bon français, “cette (gente) dame”.

A suivre.

LP

 

Tuesday, August 16, 2022

La dernière tentation de Salman Rushdie : la liberté d’expression.

Le 16 août 2022.

Chacun son métier et les vaches seront bien gardées.
- Jean-Pierre Claris de Florian (Le Vacher et le Garde-chasse.)

Le 16 août 2022.

Le 12 août dernier, un ange de la mort a sauvagement agressé l’auteur des “Versets Sataniques” à coups de couteau alors que celui-ci devait précisément donner une conférence sur la liberté artistique à la Chautauqua Institution, dans l’Etat de New York .

Bien entendu, cette sauvagerie suscite l’indignation à travers le monde civilisé, lequel n’englobe manifestement pas l’Iran.

Pour autant, au Canada, le célèbre filozof catho, Charles Taylor, demeure muré dans un assourdissant silence. Ce chantre du multiculturalisme qui proclame sa grande “honte” sur le campus de l’université McGill suite aux mesures prises par le gouvernement québécois de nature à libérer les prisonnières de barreaux et de barrières textiles, demeure étonnament inaudible face à cette tentative d’assassinat. Il faut supposer que, pour le récipiendaire du prix Templeton, Rushdie est l’auteur de son propre malheur.

Mais cela ne saurait surprendre outre mesure. Il suffit de lire son immortel article “The Rushdie controversy” de 1989, que l’on pourrait qualifier de “spéculations démoniaques”. A noter notamment deux troublantes observations, dont il ressort que les filozofs qui veulent faire du droit sont parfois des apprentis-sorciers.

We tend to think that freedom of speech is indivisible, that either it applies to everything or it doesn't exist at all. But this is not necessarily so (sic!). We in Western societies lived for years with blasphemy laws, and yet we thought of our societies as free. And so they were.

Les sociétés occidentales étaient devenues libres dans la mesure où les ministères publics avaient finalement acquis le simple de bon sens de ne plus invoquer ces lois, même en l’absence d’abrogation formelle, selon le principe de l'opportunité des poursuites.

(Une sinistre mise en garde : Le 25 octobre 2018 (E.S. c. Autriche), la Cour européenne des droits de l’homme a jugé qu’être condamné en Autriche, en vertu du droit national, pour avoir "taxé Mahomet de pédophilie" n’était pas contraire à la liberté d’expression garantie par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'Homme.)

Any regime of free expression has limits which are justified by the possibility of harm inflicted on others. That's why you can't cry 'Fire!' in a crowded cinema, and that's why there are libel laws.

En outre, crier “au feu” dans un cinéma n’a rien à voir avec la liberté d’expression (une ineptie reprise récemment par Justin Trudeau) et la notion de diffamation vise des personnes spécifiques, vivantes (en droit anglo-saxon) et identifiables. Deux exemples pris au hasard : tel professeur d’université est accusé d’avoir a vendu de bonnes notes à un(e) étudiant(e) en échange de faveurs sexuelles; idem de tel ecclésiastique qui aurait agressé sexuellement un(e) fidèle.

Il faut croire que le professeur Taylor tient pour acquis que le prophète n’est pas un personnage de fiction et qu’il est toujours en vie. On notera d’ailleurs que, lors de la sortie du film “La dernière tentation du Christ” à la même époque, certains ayatollahs chrétiens américains brandirent l’anathème de “character defamation”.

Sans approuver la fatwa prononcée par Khomeny, il prône jésuitiquement le relativisme en matière de liberté de parole, notamment en ce qui concerne le blasphème. En substance, il avalise la “la loi de la rue” ou “loi de la populace” (“mob rule”) : les menaces de violence justifient des restrictions de la liberté de parole dans les états où règne encore l’obscurantisme religieux. Volontairement ou involontairement, la fatwa de l’imam Khomeny, toujours en vigueur en 2022, qui relève du pouvoir séculier de l’Etat iranien, s’inscrit dans cette vision. Le concept de “heckler’s veto” en droit américain devient le licite “murderer’s veto” ou terrorisme d’Etat).

Petite contrariété, ou consolation, selon le cas, cette tragédie vient de stimuler les ventes des “Versets sataniques”.

Charles Taylor est la preuve vivante qu’il n’est nul besoin de passer par HEC-Montréal pour devenir millionnaire. Contribuera-t-il au fonds de défense de Hadi Matar?

Il faut lui opposer ce voltairien truisme : la liberté d’expression et artistique est un droit inaliénable pour tout être humain sur la planète, même si les pouvoirs publics d’Etats totalitaires n’ont pas la volonté de la faire respecter, ou vont jusqu’à la combattre. Aucun accommodement n’est raisonnable dans ce domaine.

(Mais une réglementation peut l’être. Un exemple, aussi pris au hasard : les fonctionnaires incarnant l’Etat peuvent se voir légitimement imposer un devoir de réserve pendant leurs 37.5 heures de service.)

L’agression perpétrée contre Salman Rushdie confirme que la parole de Dieu et ses jugements sont immuables et gravés dans le marbre.

Comme aussi certains articles “philosophiques”.

LP


Wednesday, August 10, 2022

HEC-Montréal et le prosélytisme religieux.

Le 10 août 2022.

 

Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu'Allah accorde à ceux-là sur celles-ci.
Sourate 4, verset 34.

La condamnation de Jean-François Lisée d’une publicité de la bizenaisse scoule HEC-Montréal, présentant sur Instagram une jeune et aguichante étudiante qui porte un hijab comme argument de vente de son programme d’échange avec l’Algérie, commence à faire des vagues.

https://www.hec.ca/

https://www.msn.com/fr-ca/actualites/other/jean-fran%c3%a7ois-lis%c3%a9e-condamne-une-publicit%c3%a9-montrant-une-femme-voil%c3%a9e/ar-AA10s0lU?ocid=mailsignout&li=AAanjZr

Pourtant, les observations de M. Lisée sont tout simplement conformes aux constats rationnels de Moustafa Kémal Atatürk, fin connaisseur de l’idéologie islamique misogyne et admirateur des Lumières et de la révolution française. Bien entendu, il se trouve 2 avocates d’origine musulmane pour défendre cette photographie avec des arguments fort instructifs car on a recours à la newspeak (novlangue) devenue très banale chez les défenseurs et surtout -seuses de cette geôle textile réservée aux femmes, complaisamment avalisée et relayée par les chanoinesques sermons du filozof millionnaire Charles Taylor sur la montagne de l’université McGill, grand contempteur de Salman Rushdie, dont le relativisme en matière de liberté d’expression n’est plus à démontrer. On a droit à une poésie orwellienne de la part des détracteurs (et -trices) de M. Lisée.

Figuraient dans “1984” ces joyaux de la pensée : “War is peace’, “Freedom is slavery” et “ignorance is strength”.

En l'occurrence, le sexisme est le féminisme, l'infériorité est l'égalité, la coercition est devenue libre choix, etc. On apprend par exemple que “n’importe quoi peut devenir un symbole d’émancipation” (sic!). Il s’ensuit que les juifs porteront bientôt fièrement la swastika. Pourquoi pas? Après tout, il y a des noirs et des Autochtones canadiens qui arborent encore la croix en public et qui vont à la messe. Comme disait l'autre, "bienheureux les pauvres en esprit"... (Traduction en bon québécois : "bienheureux les creux").

Il faut reconnaître à HEC-Montréal une grande expertise en matière de comptabilité et de finances, mais, cette fois-ci, c'est son département de marketing qui peut s’enorgueillir d’un coup de maître, voire de génie.

Il faut rappeler à la direction de HEC, pour (sinistre) mémoire, que l’Algérie est, précisément, un pays qui a connu la “décennie noire”, la guerre civile de religion, pendant les années 1990. C’était notamment la belle époque où les femmes-pouliches reproductrices ayant l’audace de déambuler en ville sans voile pouvaient se faire infliger le “sourire Kabyle”, c’est-à-dire purement et simplement (si on ose dire) être égorgées en pleine rue par les fines lames d’organisations humanitaires telles que le Front islamique du salut, l’Armée islamique du salut et le Groupe islamique armé.

L’image de cette charmante étudiante hijabée sur Instagram rappellera de merveilleux souvenirs au mères algériennes en vie et âgées aujourd’hui de plus de 50 ans et dont les filles veulent étudier la gestion au Canada.

Toutes proportions gardées, on pense aux non moins brillantes publicités pour produits de nettoyage de fours diffusées au cours de la mini-série “Holocauste” aux Etats-Unis en 1978.

On peut supposer que lorsque HEC organisera des programmes d'échange avec l'Irlande et la Pologne, on montrera la photo de bonnes sœurs (il en faut qui soient en mesure de gérer efficacement les finances des couvents et des évêchés), ou au moins de laïques décorés d'une croix.  

Il est quand même étonnant de voir une institution universitaire québécoise comme HEC, qui reçoit des fonds publics, se faire le bienveillant vecteur d’une certaine propagande religieuse rétrograde, pour employer un délicat pléonasme.

L’Institution royale pour la promotion du savoir, alias université McGill, n’est plus seule.

LP

 

 

Sunday, July 31, 2022

Le pape François a quitté le Canada : È finita la commedia!

Le 31 juillet 2022.

Le pardon est un luxe, il devrait être un mode de vie.
Gérard Depardieu.
 

Le conclave de 2013 fut bien inspiré en élisant un jésuite au pontificat suprême. Les excuses présentées par le pape aux Autochtones canadiens constituent un modèle. Il était sur une crête, puisque il était devenu impossible de nier l’évidence. Pour redorer l’image internationale de Vatican Inc., il fallait lâcher du lest, mais pas trop... L’Eglise manie avec brio l’art du dosage : chaque mot est soigneusement ciselé et vaut son pesant de caramels mous.

Les discours de Francesco furent riches de belles et pieuses images et de références historiques.

Mais, plus précisément, il dénonce la politique d’assimilation des Autochtones et même les abus physiques; il va au-delà de ce pudique adjectif et ose évoquer explicitement les crimes de nature “sexuelle”. Il réprouve les “nombreux membres de l’Église et des communautés religieuses en faute”, “le mal commis par de nombreux chrétiens et “certains catholiques”.

Globalement, la manoeuvre est habile. Il fait mieux, vraiment mieux, beaucoup mieux que dénoncer simplement “quelques” pommes pourries. Et le Saint-Père, après 6 jours au Canada, prononce, le 7e jour, le mot même de “génocide” dans l’avion qui le rapproche du ciel et qui le ramène en Europe.

Bref, louanges au Saint-Père qui, homme d’avant-garde, admet en toutes lettres que la terre n’est pas plate, rejetant ainsi tout négationnisme.

Mais tout cela est, paraît-il, incompatible avec l’Evangile de Jésus-Christ.

Vatican, Inc. dénonce avec force ses succursales canadiennes, mais le (saint-)siège central demeure d’une pureté virginale, car, bien sûr, personne n’y était au courant de quoi que ce soit jusqu’au XXIe siècle... Les lampistes auront toujours tort.

Et Sa Sainteté admet même que les excuses ne sont pas un point final. Voilà qui est bel et bien, mais, manifestement, la suite ne comprend pas la notion d’indemnisation financière : le mot “dineiro” est resté absent de ses onctueux discours... Les stratégies judiciaires ne semblent pas devoir changer et la cagnotte de la multinationale ne sera vraisemblablement pas ponctionnée par les réclamations de survivants.

(Puisqu’on a beaucoup parlé de “réparation”, la formule idéale eût consisté en la distribution des actifs de Vatican Inc. à toutes ses victimes à travers le monde, suivie de sa dissolution, mais il ne faut pas s’attendre à ce genre de miracle).

L’évêque de Rome a quitté le Canada vendredi avec la satisfaction du devoir accompli. Sa mission de pédégé l’attend dans la ville éternelle.

Les ministres du cul-te libidineux se sont résignés depuis un moment à faire une croix sur la chair canadienne autochtone juvénile. Mais les missionnaires pourront encore trouver de nombreux exutoires à leur pulsions et débordements, tant idéologiques que sexuels, en Amérique latine, en Asie et en Afrique, où ils n’auront pas grand-chose à craindre des pouvoirs publics locaux, et encore moins de la maison-mère. S’offrent à leurs appétits trois viviers, beaucoup plus abondants, et plus variés.

Le paradis terrestre n’est pas encore perdu pour tout le monde.

LP


Sunday, July 24, 2022

Arrivée du pape François au Canada : quel suspense au juste?

Le 24 juillet 2022.

Ne vous livrez pas à l’amour de l’argent ; contentez-vous de ce que vous avez ; car Dieu lui-même a dit: Je ne te délaisserai point, et je ne t’abandonnerai point.
- Hébreux 13:5

Notre Saint-Père entreprend une tournée publicitaire au Canada, un soi-disant “pèlerinage péni(s)tentiel”, visant à redorer l’image de son entreprise et fidéliser (si l’on ose dire) sa clientèle.

A ce stade, on conjecture beaucoup sur la question de savoir si les Autochtones et le grand public canadiens recevront les excuses spéficiques du pontife au sujet du martyre séculaire, notamment sexuel, infligé à des enfants sans défense. Ils peuvent être relativement optimistes à cet égard : les paroles ne coûtent rien et elles s’inscriront alors dans l’habile stratégie de marketing du PDG de Vatican, Inc., communicator emeritus,.

Par contre, on peut s’attendre à ce que cette “réconciliation” et la "guérison" annoncées ad nauseam soient de nature purement spirituelle.

En effet, n’est plus à démontrer la grande habileté de l’Eglise en matière de négationnisme acharné et de procédurite, avec l’assistance de consiglieres bien rémunérés, qui lui a permis, à travers le monde occidental, d’échapper largement à ses obligations financières, en monnaie sonnante et trébuchante. Il est donc permis de douter que les victimes survivantes, condamnées à offrir leur chair fraiche sacrificielle sur l’autel, en absorbant pendant des années, sur une base hebdomadaire, et de plusieurs manières, les onctions rances giclant d’ecclésiastiques vicelards, obtiendront de juteux chèques tirés sur les comptes de la banque de Vatican, Inc., dont la savoureuse raison sociale est l’« Institut pour les œuvres de religion ».

(Au Saint Siège, on a toujours su manier les délicats euphémismes.)

Mais qu’importe? Le Royaume des cieux leur est acquis, et cela n’a pas de prix. Même le filozof canado-catho Charles Taylor sait que cela vaut même infiniment plus qu’un prix Templeton.

Dommage quand même que nulle visite de Francesco ne soit prévue à l’oratoire Saint-Joseph de Montréal car ses problèmes de genoux y eussent disparus par un autre miracle de Saint frère André, même si personne ne lui demandait de marcher sur les eaux. Son fauteuil roulant y eût fait une belle relique aux côtés des innombrables béquilles, et surtout, un merveilleux argument de vente qui eût confondu les sceptiques.

LP


Sunday, July 3, 2022

La Cour suprême américaine a statué : Apocalypse now!

Le 3 juillet 2022.

 

Après nous, le deluge.
- Aphorisme attribué à madame de Pompadour et repris par Louis XV.
 
Wir kapitulieren nicht,niemals. Wir können untergehen. Aber wir werden eine Welt mitnehmen.  (En v.o.)
(Nous ne capitulerons pas. Jamais. Nous pouvons sombrer. Mais nous emporterons un monde avec nous.) (En v.f.)
- Adolf Hitler (1945) 

Les Etats-Unis se transforment à tout berzingue sous l’impulsion de 6 de ses membres.

Ce pays est devenu la copropriété de la National Rifle Association et du Vatican : la haute juridiction a donné le feu vert à la course populaire aux armements et privé les femmes de leur droit à l’avortement. On a un beau climat de guerre civile en perspective, qui dépassera les banals massacres d’écoliers, vu que les rednecks psychopathes s’arment jusqu’aux dent(ier)s et que les forces de police de plus de la moitié des Etats vont dorénavant affecter leurs maigres ressources à la répression des femmes involontairement enceintes, souvent porteuses de leur fratrie. Les contempteurs du fisc et les trafiquants de drogue ont désormais le champ libre : personne, et encore moins la maréchaussée, ne peut être à la fois au four et au moulin.

Parlant de climat, à l’échelle globale cette fois, à l’occasion de l’affaire West Virginia v. Environmental Protection Agency, la bande des 6 vient de donner satisfaction (sinon à proprement parler raison) à un état charbonnier en réduisant considérablement le pouvoir réglementaire de la Environmental Protection Agency (EPA), joyau de la présidence Nixon, en matière de lutte contre les gaz à effet de serre; on invoque à nouveau le fallacieux prétexte de la démocratie; une démocratie à laquelle n’a pas voix au chapitre le reste du monde. Là encore, voilà un arrêt qui a moins le mérite de glacer le sang et de donner froid dans le dos, et qui ne peut que combler d’aise l’ex-président Trump, pour lequel les ponctions fiscales sont le privilège des gagne-petits et le réchauffement global n’est qu’un canular chinois.

Les 3 juges nommés par sa Majesté orange, ou plutôt l’agent orange, puisqu’il s’agit de destruction de l’environnement, ont rempli leur contrat sans atermoiements et sont allés au charbon sans hésiter. Par les temps qui courent, on ne sautait leur reprocher d’avoir froid aux yeux.

Comme le dit le proverbe, charbonnier est maître chez soi, et c’est un jour merveilleux pour l’état du West Virginia, où on a la foi. Pouvait-on rêver d’un meilleur plaideur pour relativiser la gravité du réchauffement climatique?

It is all relative in West Virginia.

LP

 

 

Saturday, June 25, 2022

Le droit canonique triomphe aux Etats-Unis : adieu Roe v. Wade.

Le 25 juin 2022.

 

This isn't the rapist's child, it's the girl's child. Abortion is assault, and it will not undo the rape.
- Mary Lucey, présidente la Irish Society for the Protection of Unborn Children.

C’est fait. Mektoub.

A l’occasion de l’affaire Dobbs v. Jackson Women's Health Organization, 6 pantins du Vatican à la Cour suprême américaine répudient la jurisprudence qui garantissait le droit à l’avortement et soumettent désormais les femmes, surtout issues des minorités, à un nouvel esclavage.

La cour, en substance, sous la plume fielleuse de Samuel Alito, reprend hypocritement la formule pseudo-démocratique du défunt et non-regretté catholique juge Antonin Scalia : puisque le droit à l’avortement n’est pas spécifiquement mentionné dans la constitution, il s’agit tout simplement de rendre aux Etats le pouvoir de légiférer en la matière, ni plus, ni moins. L’enfance (si on ose dire) de l’art.

On notera la visqueuse rouerie du juge Alito qui observe, sans rire :

And to ensure that our decision is not misunderstood or mischaracterized, we emphasize that our decision concerns the constitutional right to abortion and no other right. Nothing in this opinion should be understood to cast doubt on precedents that do not concern abortion.

Et le juge Kavanaugh d’ajouter, sans rire non plus : 

First is the question of how this decision will affect other precedents involving issues such as contraception and marriage—in particular, the decisions in Griswold v. Connecticut, 381 U. S. 479 (1965); Eisenstadt v. Baird, 405 U. S. 438 (1972); Loving v. Virginia, 388 U. S. 1 (1967); and Obergefell v. Hodges, 576 U. S. 644 (2015). I emphasize what the Court today states: Overruling Roe does not mean the overruling of those precedents.

 C’est feindre d’ignorer que, notamment en droit anglo-saxon, le raisonnement analogique résonne quotidiennement dans les salles d’audience : nul juge n’a le pouvoir d’imposer des limites à la portée de son enseignement jurisprudentiel aux juges ultérieurs.

D’ailleurs, il sont directement contredits à ce sujet par le juge Clarence “Uncle Tom” Thomas, le même juge qui, il y a quelques jours à peine, a transformé l’Etat de New York en Dodge City en accordant une liberté totale de porter une arme en tous lieux (New York State Rifle & Pistol Association, Inc. v. Bruen). Il faut saluer sa sinistre cohérence : dans son opinion concordante, il lance un appel au réexamen de la jurisprudence autorisant le droit à la contraception, aux relations et au marriage homosexuels.

(Bizarrement, le juge Alito approuve la jurisprudence Loving v. Virginia, laquelle, en 1967, avalisa les mariages interraciaux, pourtant nullement mentionnés dans la Constitution et il reconnaît même :

The Fourteenth Amendment’s ratifiers did not think it gave black and white people a right to marry each other. To the contrary, contemporaneous practice deemed that act quite as unprotected as abortion. Yet the Court in Loving v. Virginia, 388 U. S. 1 (1967), read the Fourteenth Amendment to embrace the Lovings’ union.

Comprendra qui peut cette entorse à la volonté démocratique. Une petite fleur lancée à Uncle Tom et sa conjointe blanche Ginni, activiste pro-Trump?)

Quelles conséquences à court terme peut avoir ce revirement de la doctrine de la haute jurisdiction américaine?

A partir de mars 2023, il y aura inévitablement une dramatique surcharge du système de santé, déjà embryonnaire (si on ose dire), vu le prévisible afflux de bébés consanguins provenant des villages rednecks de Louisiane. (Encore qu’ils feront d’excellents joueurs de banjo quelques années plus tard, comme le savent déjà les cinéphiles avertis).

On peut déjà concevoir (si on ose dire) la renaissance (si on ose dire) du “Underground railroad” qui, au XIXe siècle, faisait passer les esclaves en fuite vers le Canada. En effet, certains états (et le Canada) se disent prêts à accueillir les femmes opprimées par les Etats rednecks et leur assurer un avortement médicalement fiable. Cependant, vu la hargne des adversaires de l’avortement, on peut alors s’attendre à la criminalisation des malheureuses préparant un déplacement vers un état libre, même si le juge Kavanaugh se veut rassurant :

For example, may a State bar a resident of that State from traveling to another State to obtain an abortion? In my view, the answer is no based on the constitutional right to interstate travel.

(Non souligné dans l’original).

 “C’est un peu court, jeune homme!” 

On répondra d’abord que ce droit de se déplacer d’un état à l’autre est lui-même mal défini et ne figure pas en toutes lettres dans la constitution américaine.

De toute manière, nul doute que les législateurs machistes et imaginatifs trouveront toujours de solides arguments pour en défendre la réglementation et réprimeront efficacement les préparatifs d’un crime à commettre dans un autre état. Ils pourront s’inspirer de la High Court irlandaise qui, en 1994, interdit, par injonction, à une gamine de 14 ans (quand même nubile depuis très longtemps selon la sharia), enceinte des oeuvres d’un violeur, à se rendre au Royaume-Uni pour y faire interrompre sa grossesse.

Mais admettons qu’il s’agit d’un voeu plus que pieux.

Parlant d’analogie, on pense à l’arrêt Missouri ex rel. Gaines v. Canada, de 1938. L’état du Missouri n’avait pas de faculté de droit pour les Noirs, mais offrait généreusement de payer leurs frais de scolarité s’ils s’inscrivait dans une faculté d’un état voisin. Cependant, la cour suprême a alors décidé que les citoyens noirs avaient le droit de recevoir leur éducation juridique dans leur propre état et ordonna l’admission de Gaines à l’université du Missouri.

Pourtant, la Cour suprême décide aujourd’hui que les futures mères involontaires n’ont pas droit aux services médicaux de leur choix dans leur propre état de résidence. Au mieux, le juge Brett “Bluto” Kavanaugh, dont le parcours étudiant évoque parfois, en plus glauque cependant, le film “Animal House”, accorde gracieusement aux états progressistes le droit de se faire refiler la patate chaude.

Une fois de plus dans l’histoire américaine, le Missouri est à l’avant-garde (cf. le “Missouri compromise”) : l’interdiction quasi-totale de l’avortement y est déjà en vigueur.

Aux Etats-Unis, le 24 juin 2022, l’utopie gynécologique de Nicolas Ceausescu est devenue réalité.

L’arrêt Dobbs sera-t-il le Dred Scott du XXIème siècle?

LP