Monday, July 8, 2019

France : La (dernière?) condamnation de Dieudonné M'Bala M'Bala.



Le 8 juillet 2019.

Y a plus d'sous papa, y a plus d'sous maman
Un sou ça n'est plus un sou comme on disait dans l'temps.
- Ricet Barrier.

La justice sociale ne repose pas seulement sur un effort de solidarité nationale mais aussi sur une réduction des inégalités. La première démarche en ce domaine est de faire disparaître la fraude fiscale… Je confirme les consignes données ultérieurement pour que les contrôles n'impactent que les vrais fraudeurs, sans risque d'arbitraire et que les procédures contraignantes soient utilisées avec discernement…
- Le premier ministre Raymond Barre (1976).

Il y a deux manières d'abuser un peuple : l'une c'est d'inonder de promesses trompeuses c'est ce qui a été fait en 1981 ; l'autre manière utilisée actuellement c'est de faire rêver mais pour cela il faut assoupir : bonne nuit les petits, faites de beaux rêves, Tonton veille sur vous.
- Le candidat à l'élection présidentielle Raymond Barre (1988).
                                
On assiste au plus récent épisode d'un incessant affrontement entre d'une part, la magistrature française (on hésite à parler de "justice"…), et d'autre part, le clown triste Dieudonné, qui se voit aujourd'hui condamné, pour fraude fiscale, abus de biens sociaux et blanchiment de fraude fiscale. Le (pseudo)comique écope de trois ans de prison, dont un avec sursis et d'une amende de 200.000 euros.

Le tribunal dénonce en l'occurrence, à l'appui de son jugement, des "infractions plurielles", commises "sur une longue période, 2009-2014" par un homme "aux très nombreux antécédents tant fiscaux que judiciaires".

Voilà qui donne, en effet, à réfléchir, mais peut-être pas au sens où l'entend le tribunal.

Il est assez piquant de voir d'abord invoquées des "infractions" mettant en cause les discours polémiques d'un artiste qui ne puise pas systématiquement son inspiration chez Albert Camus; malheureusement, on relève indéniablement d'occasionnelles discordances entre ses décapants mots d'esprits, d'une part, et, d'autre part, les valeurs humanistes, surtout l'idéal d'harmonie interethnique. Ses prestations lui ont notamment valu de multiples interdictions judiciaires de spectacles scéniques. L'on rappellera utilement que, aux Etats-Unis, les textes pénaux en cause seraient censurés en une seconde par le juge américain au titre du premier amendement de la constitution américaine, lequel constitue la codification d'un droit humain fondamental préexistant, mais constaté en France au siècle des lumières : la liberté de parole. Le législateur français n'a pas suivi la voie de Voltaire, mais nul n'est prophète en son pays. Ces lois françaises, et les poursuites engagées par le ministère public sont donc, par définition, liberticides et scélérates.

Ayant constaté la réalité du harcèlement subi par Dieudonné, il est logiquement difficile d'échapper à la tentation d'inscrire les autres procédures engagées contre lui, surtout fiscales, dans une stratégie politique de musellement. La tactique consistant à bâillonner les emmerdeurs par l'instrumentalisation de la procédure fiscale est vieille comme le monde, en tout cas vieille comme l'impôt; elle était notamment fort prisée par le défunt président Richard "I'm not a crook" Nixon, surtout en ce qui concerne les participants au complot juif, complot inlassablement rappelé à son secrétaire d'Etat.

La déclaration de guerre en bonne et due forme contre Dieudonné fut proclamée en 2015 par l'Etat français, par le truchement du ministre de l'intérieur Manuel "Dirty Harry" Valls. On comprend son irritation de s'être vu comparé à un dictateur de carnaval méridional au bagage génétique déficient, mais on se fût attendu à un peu plus de hauteur de la part d'un aspirant à la magistrature suprême française. On ne détourne pas le droit public pour régler des comptes personnels, même quand on broie du noir.

Qu'ajouter au sujet du dernier épisode de la saga judiciaire Dieudonné?

Sous réserve de l'appel qui sera interjeté (que ce soit sur la forme ou le fond), faisons preuve de charité bien chrétienne à l'égard du tribunal et tenons pour acquise, à ce stade, la réalité des infractions reprochées. Cette condamnation, à elle seule, ne réfute nullement la thèse de la manipulation politique.

Lorsque la découverte de faits illicites avérés résulte d'enquêtes et de poursuites diligentées par une volonté de persécution (politique, ou autre), donc abusives et déloyales, le juge (indépendant, bien entendu) doit acquitter l'accusé, même si celui-ci ne mérite pas la légion d'honneur. Pour mémoire, il faut signaler que la condamnation pour fraude fiscale d'Al Capone en 1931 fut le fruit d'un procès truqué. En l'espèce, il revient au citoyen/contribuable lambda de se former sa propre opinion sur les glapissements de vierges offensées poussés par les procureurs à l'audience, aussi émouvants que ceux de Jérôme Cahuzac, niant tout "téléguidage" politique. Ils ont le droit de dénoncer le "positionnement victimaire" du prévenu, mais ils adoptent ainsi ce même positionnement pour eux-mêmes.

Le même citoyen/contribuable lambda appréciera souverainement notamment la découverte par les enquêteurs de 657 000 euros dans le domicile de l'intéressé en 2015.

Peut-être Dieudonné suivait-il l'exemple de son ancien mentor, le très socialiste Roland Dumas, fils de fonctionnaire des impôts, qui expliqua un jour ses transactions financières au moyen de valises remplies de liquide par ses origines paysannes? Quand on a les deux pieds dans la glaise, on préfère de loin les monnaies sonnantes et trébuchantes aux opérations dématérialisées. Rien n'a changé dans la France rurale depuis "La terre" du bucolique Emile Zola.

De toute manière, ayant fait l'apprentissage du droit public sur le terrain, comme Alain Juppé, l'éventuel embastillé Dieudonné a d'ores et déjà gagné ses galons de futur membre du Conseil constitutionnel, où il pourra siéger en reprenant le propre fauteuil de Roland Dumas.

Par ailleurs, une incompréhensible polémique entoure depuis quelques jours les presque 10 millions d'euros (en "valeur actuelle", sans lien avec le magazine) garnissant le compte bancaire helvétique du défunt Raymond "Babar" Barre. Le premier ministre, qui conseillait jadis aux chômeurs de créer leur propre entreprise, a simplement su faire fructifier les substantiels droits d'auteur provenant de son best-seller, son manuel de science économique universitaire. Selon des analystes financiers indépendants, en l'absence de revenus occultes, il fallait expliquer la croissance du capital de départ d'Augusto Pinochet par des sagaces investissements dont les taux de rendement pendant plusieurs décennies se chiffraient à environ 25%; a fortiori on est en droit d'attendre du "plus grand économiste de France" des qualités de gestionnaire comparables. La famille Barre, douillettement installée au bord du lac Léman, aurait simplement dû en principe payer à l'Etat français 3 millions en pénalités pour retards de déclaration, mais, dans sa grande sagesse, le fisc s'est magnanimement contenté du tiers de cette somme pour accorder la régularisation. Mais il semblerait qu'une (très, très discrète) enquête pour blanchiment visant les héritiers, qui, eux, ne montent pas sur les planches, demeure en cours?

Aucun doute : un éléphant, ça trompe énormément.

Mais revenons à nos moutons (noirs). Avec le modeste million d'euros dont le détournement est reproché à Dieudonné, ce dernier fait pâle figure. Du blanchiment tout relatif.

Mais n'anticipons pas. Il revient maintenant à la juridiction d'appel de décider si le truculent chansonnier doit être blanchi.

LP


Sunday, June 23, 2019

L'écolo canadien Steven Guilbeault révèle son daltonisme.



Le 23 juin 2019.

Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.
- Jean de La Fontaine (Le Renard et les Raisins).

Je suis innocent du sang de ce juste ; c’est à vous d’en répondre. 
- Matthieu 27:24.

Le bruit, ou plutôt le secret de polichinelle, est confirmé : l'ex-directeur d'Equiterre se lance en politique, sous la bannière, et peut-être la croix, du parti libéral du Canada. Il se positionne audacieusement comme un "radical pragmatique" (sic), invoquant une voie médiane entre les détracteurs qui le trouvent trop vert, et ceux qui voient sur lui un revêtement vert trop pâle, en adhérant au parti "rouge". Pourtant, par synthèse additive, le mélange du vert et du rouge ne produit jamais que du jaune.

Il déclare approuver plusieurs mesures écologiques prises par le gouvernement libéral, d'une part, tout en susurant jésuitiquement, d'autre part, sa désapprobation du rachat par l'état de l'oléoduc Trans Mountain. Pourtant, le gouvernement a confirmé que ce projet ira bel et bien de l'avant et que sera transporté le pétrole le plus sale de la planète, une sorte de Tchernobyl albertain au compte-goutte, et qui exposera la côte de la Colombie-Britannique aux fuites accidentelles catastrophiques. Le petit Justin se veut rassurant en répètant inlassablement - et correctement- que l'écologie et l'économie vont de pair, sauf que cette formule vise en principe la recherche et l'exploitation de sources alternatives à l'énergie fossile.

M. Guilbeault a l'art d'en dire des vertes et des pas mûres : il se joint à un parti qui souffle le chaud et le froid en matière de réchauffement climatique.

Par ailleurs, une politique écologique qui ne sera pas de pure façade appellera des investissements publics et l'argent ne pousse pas sur les arbres, génétiquement modifiés ou non. Manifestement, pour assainir les finances publiques canadiennes, la nouvelle recrue libérale a toute confiance envers le parti qui, au pouvoir, mène une lutte somme toute fort modérée contre l'évasion fiscale, surtout par le truchement de paradis fiscaux, et qui va même parfois jusqu'à conclure des ententes fort indulgentes avec les contribuables indélicats, au point de renoncer magnanimement à des pénalités dissuasives. Mais que l'on se rassure : les filoutes petites quincailleries de quartier payeront!

En outre, la grande vedette écolo intègre les rangs du parti qui, naguère, acceptait les contributions à sa caisse électorale de cabinets d'ingénieurs tirant de juteux profits de la construction de donjons ultra-modernes, comportant des unités de torture méticuleusement étudiées : on imagine, par exemple, la savante conception des canalisations destinées à recueillir les vomissements et autres multicolores écoulements urinaires et sanguins des détenus immobilisés sur leur chevalet et subissant les stimulantes taquineries de gadgets électriques. Ces merveilles du BTP* furent commandées par des dictatures… pétrolières. (Il va sans dire que l'on prendra avec un grain de sel, ou plutôt de sable, certains bruits selon lesquels il y aurait parfois eu des versements de discrets et amicaux incitatifs financiers, en liquide, et, parlant de liquide, on parle même à l'occasion de fourniture, en prime, de prestataires féminines de services en… nature, très personnalisés).

Une belle confirmation de la théorie économique du ruissellement.

Enfin, nul doute que ce grand humaniste, jadis activiste de Greenpeace, a trouvé le véhicule idéal pour la poursuite du dialogue déjà tellement fructueux entre le Canada et l'Arabie saoudite en matière d'environnement et de droits de l'homme, de la femme et de l'enfant, auquel participera certainement incessamment sous peu le Yémen.

On ne peut que souhaiter bonne chance à Steven Guilbeault, capable de déplacer des montagnes, et dont la jaunisse a révélé les vraies couleurs : celles des sables. Mouvants. Et de leurs marchands. Si, par malheur, il ne parvenait pas à obtenir l'investiture de son parti dans la circonscription de Laurier-Sainte-Marie à Montréal en vue des élections fédérales d'octobre prochain, on sait déjà qu'il ne broiera pas du noir puisqu'il aura toujours l'option de se mettre au vert.

LP

*Note pour les lecteurs hors de France : bâtiment-travaux publics.
           

Wednesday, May 22, 2019

France : le Golgotha de Vincent Lambert.



Le 22 mai 2019.

Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte : Eli, Eli, lama sabachthani, c'est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?
- Matthieu 27:46.

Il faut imaginer Sisyphe heureux.
- Albert Camus.

Le chemin de croix parcouru par cet accidenté de la route était sans doute écrit.

Fruit de l'adultère de parents… cathos convaincus (il y a avec le Ciel et le lit des accommodements, comme le confirme Christine Boutin), reconnu à l'âge de 6 ans par un père médecin responsable départemental d'une ligue anti-avortement opposée à la loi Veil (du nom de la ministre de la santé relativement détachée des injonctions vaticanesques qui la prépara), forcément partisan des avortements clandestins et donc de la peine de mort pour les femmes pécheresses, Vincent Lambert suivit sa scolarité comme pensionnaire dans un établissement scolaire dirigé par la Fraternité Saint-Pie X, peu connue pour son atmosphère enjouée et de réflexion critique. Dans un camp scout, il eut droit aux gestes de tendre affection de la part d'un clerc.

Une jeunesse qui explique sa vocation d'infirmier psychiatrique et sa volonté d'aider les autres, surtout les malades lourds.

Un grave accident de la route en 2008 le réduisit à l'état végétatif, et il s'ensuivit une saga judiciaire opposant les parents à son épouse, laquelle demandait l'arrêt de son alimentation et de son hydratation artificielles. On rappellera notamment que, en 2015, Son Eminence le cardinal Philippe Barbarin, et les huit évêques de la région Rhônes-Alpes, s’étaient engagés sans réserve contre l’arrêt des traitements et avaient manifesté en portant ce bouleversant slogan : "protéger le faible, ça c'est fort". De quoi arracher aux païens les plus endurcis des larmes aussi authentiques que les écoulements lacrymaux de Vincent Lambert sur son lit d'hôpital que l'on est censé constater à partir d'une vidéo qui aurait été faite le 19 mai par Mme Lambert, mais qui n'éclaboussent pas l'écran, et qu'elle évoque comme un refrain, d'une voix mielleuse.

(Un impressionnant exemple de "cinéma vérité"; cela dit, on n'a pas encore atteint la perfection technique d'une Leni Riefenstahl.)

Il semblait que tous les recours légaux possibles ouverts à ces hérauts intégristes étaient épuisés, mais, deux ex machina, la Cour d'appel de Paris vient d'ordonner la reprise des traitements visant à maintenir en vie Vincent Lambert dans l'attente d'une décision du Comité international des droits des personnes handicapées. Chose intéressante, il semble que, par cette audacieuse jurisprudence, la Cour d'appel enseigne désormais qu'un légume n'est qu'un "handicapé".

Un vrai miracle, pas seulement judiciaire.

L'acharnement thérapeutique défendu par les parents Lambert - correction : instrumentalisé et financé par les ayatollahs cathos - au mépris de la volonté clairement exprimée par leur fils avant son accident porte un avertissement clair : lorsqu'on est né dans une secte, l'on n'en sort pas. A défaut de bûchers pour sanctionner les hérétiques, on se rabat sur la lente torture en milieu hospitalier, délicieuse antichambre de l'enfer éternel. Un calvaire terrestre évidemment moins spectaculaire, mais les Inquisiteurs modernes se consolent volontiers.

Plus c'est long, plus c'est bon.

LP

PS. Voici une information sans aucun, mais alors, sans vraiment aucun rapport avec l'affaire Vincent  Lambert : l'on peut visionner gratuitement, et en intégralité, depuis le 11 mai sur Youtube, un documentaire intitulé Seulement ne le dis à personne, consacré à la pédophilie généralisée de l'Eglise polonaise. On se demande seulement pour quelle raison le réalisateur, Tomasz Sekielski, n'a pas d'abord choisi la télévision d'Etat polonaise pour le diffuser.


Saturday, May 18, 2019

Alabama : une nouvelle loi consacre l'interdiction quasi-totale de l'avortement.



Le 18 mai 2019.

Do you know why it's so hard to solve a redneck murder? 'Cause there's no dental records and all the DNA is the same.
- Jeff Foxworthy.

A family that lays together stays together.
- Le rev. Jehoshaphat Bucephelus Scrugg-Rattlebag, auteur du Family Life Guide of the Southern Charismatic Revivalist Nontrinitarian Nazarean Brothers Convention.

Les sages législateurs rednecks rejettent même des exceptions pour les femmes victimes de viol, d'inceste et, a fortiori, de viols incestueux; on ne plaisante pas avec les vieilles traditions culturelles dans le Deep South. Cette louable mesure de défense de la famille redneck traditionnelle s'inscrit dans une offensive juridique menée par plusieurs états américains (la Georgie, l'Ohio, le Mississippi, le Kentucky, l'Iowa et le North Dakota) visant, au final, à inviter la Cour suprême à opérer un revirement de jurisprudence et ainsi répudier la doctrine constitutionnelle consacrée par l'arrêt Roe c. Wade, lequel reconnut en 1973 la légalité de l'avortement.

Cela dit, en ce qui concerne l'Etat qui revendique fièrement la devise "Heart of Dixie" (au sens géographique, cela va sans dire, pas sentimental), où fut proclamée la sécession en 1861, et qui fut ultérieurement gouverné par George Wallace, cette loi est destinée à résulter en un spectaculaire engorgement des prisons dans deux décennies, ce qui fera le bonheur des entreprises de bâtiment-travaux publics. Et elle produira une main-d'œuvre servile et peu coûteuse qui remplacera les immigrants basanés que rejette déjà Donald Trump.

De surcroît, elle relancera un phénomène séculaire, d'ailleurs souvent constaté dans l'ensemble de Dixie : la consanguinité. Comme on dit au Saguenay et en Acadie (Canada) : vivent les familles tissées serrées!

LP

Sunday, May 12, 2019

Laïcité au Québec : la mascarade continue!



Le 12 mai 2019.

Ayant des yeux, ne voyez-vous pas? Ayant des oreilles, n'entendez-vous pas? Et n'avez-vous point de mémoire?
- Marc 8:18.
La religion n'a pas d'affaire dans les choses de l'État, comme l'État n'a pas d'affaire dans la religion.
- Jean Tremblay.
           
Il s'agit bien entendu des opposants au projet de loi 21 qui, la semaine dernière, au cours de consultations tenues par la commission des institutions de l'Assemblée nationale, ont bêlé leurs inanités coutumières.

A tout seigneur tout honneur. Il y eut le très bionique "homme de 1,5 millions $ US",  "fidèle" porte-parole du lobby religieux, the one and only Charles Taylor, dont l'hirsute chevelure et la gestuelle saccadée lui permettent de mieux jouer les prophètes de malheur, mais dont le grimaçant rictus laisse sourdre une irrépressible haine, surtout quand il doit esquiver les questions des journalistes à propos de ses fréquentations avec des ministres du culte controversés. Les lamentations de Jérémie avaient plus de force.

(Chose intéressante, Charles Taylor explique son revirement au sujet de son propre rapport de 2008, et son rejet de ses très limitées recommandations, par sa "naïveté" (et celle du prof. Bouchard…) sur le plan politique à l'époque. Charles Taylor? Naïf? Lui? Qui a toujours donné l'impression d'un grand penseur à qui on ne la fait pas? On ne peut qu'être ému par ce noble acte de contrition mais il faut constater que, par contre, il avait les deux pieds dans la glaise en 2007 lorsqu'il encaissa allègrement ses homme de
1,5 millions $ US de la fondation Templeton et, parallèlement, ses juteux honoraires versés par son employeur, le gouvernement québécois. Quand il s'agit de sa planification financière, pas une trace de métaphysique platonicienne; il est plutôt un adepte de la doctrine matérialiste de Démocrite. Et y a-t-il naïveté de sa part en ce qui concerne ses cordiaux rapports avec l'imam Ali Sobeity, éminent humaniste devant l'éternel, et le Centre communautaire Laurentien, certainement voué à la dissémination de la pensée critique? Evidemment, lorsque, en Ontario en 2004, Marion Boyd envisageait de conférer une compétence civile aux tribunaux islamiques en matière familiale aux termes de la loi sur l'arbitrage, il n'était pas naïf de croire que le consentement de l'épouse serait toujours volontaire…).

Lui succéda l'historien-sociologue (mais, rappelons-le, pas vraiment sémioticien) Gérard Bouchard. Il faut lui reconnaître une grande classe : une belle prestance, une aristocratique diction, un ton posé, un tantinet cauteleux, et surtout une coiffure digne de l'universitaire qu'il est depuis des décennies, dont le curriculum vitae remplit 123 pages (rien que ça). Il s'en tient aux recommandations de 2008 (mais quid de sa propre naïveté?..). Cependant, l'adjectif "radical", avec lequel il qualifie le pourtant timoré projet de loi sur la laïcité, qui vise aussi les enseignants, résonne avec une acuité particulière quand il est prononcé de manière aussi onctueusement jésuitique.

Soyons justes. Le distingué intellectuel saguenéen (il faut excuser ce pléonasme) marque un point quand il affirme l'inexistence de preuve de traumatisme causé aux écoliers exposés à un enseignant affublé de signes religieux : en effet, la malléabilité des enfants exclut cette audacieuse conjecture. A cet âge, le contrôle des esprits se fait tout en douceur, sans douleur : on attrape plus de mouches avec une bouchée de miel qu'avec un tonneau de vinaigre… Sans oublier que l'on est censé tenir pour acquis que l'intégralité des élèves sortis de l'enseignement catholique, et qui furent systématiquement, inlassablement, quotidiennement... pénétrés par les profondes saccades et allers-et-retours du goupillon bien trempé de l'esprit évangélique, en sont sortis indemnes, physiquement et moralement. On chercherait en vain un adulte névrosé parmi eux, surtout au Québec et à Lyon en France. S'il y en avait, on le saurait.

Chaque âge a ses "vaches sacrées" et ses modes d'excommunication maccarthystes.

En France, un Albert Camus, qui n'avait pourtant que peu d'atomes crochus avec le grand capital, est condamné par le stalinien Jean-Paul Sartre, pour haute trahison de la classe ouvrière en dénonçant le goulag soviétique. Aux Etats-Unis, dans les années 1950, la House Committee on Un-American Activities et la Gestapo de J. Edgar Hoover crucifiaient les intellectuels un peu épris de justice sociale et raciale en les qualifiant de communistes.

Et aujourd'hui, au Québec, il y a la lucide ex-sénatrice Céline Hervieux-Payette qui expose des "inconvenient truths" élémentaires au sujet du totalitarisme religieux en général avec un exemple puisé dans l'islam radical, notamment cette autre évidence que les porteuses de voile sont pour la plupart sous contrainte (sauf peut-être les indépendantes gamines de 9 ans, nubiles selon la charia?), au grand dam des tartuffes qui brandissent l'épouvantail du racisme et poussent des hauts cris de vierges offensées et en cours d'excision, en particulier la Sainte Nitouche Hélène David.

Rectificatif.

Contrairement à ce que ses détracteurs et des médias superficiels ont dit, ce n'est pas Mme Hervieux-Payette qui a dévoilé des vérités sur les mariages forcés et l'excision devant la commission, c'est l'excisée Ayaan Hirsi Ali qui l'a fait, par l'intermédiaire de Mme Hervieux-Payette. (On peut supposer audacieusement que, comme madame Houda-Pépin, Djemila Benhabib, etc., cette victime d'un barbare charcutage sexuel dispose d'une certaine crédibilité en matière de sémiotique islamiste, qui est même gravée dans sa chair).

Est-ce un "dérapage" de dire la vérité, par exemple, que le marteau et la faucille mènent éventuellement à l'archipel du goulag? Que la swastika signifie possiblement Auschwitz? Que la croix aboutit occasionnellement aux bûchers de l'Inquisition et aux viols d'enfants et de religieuses par des prêtres?

Parlant de dérapages, au Québec, comme il ressort de l'affaire Shafia et de la très récente tragédie de l'enfant-martyr de Granby, on a parfois du mal à (vouloir) entendre les sonnettes d'alarme.

Une nouvelle réfugiée pakistanaise vient de rejoindre ses deux filles au Canada : Asia Bibi. Toutes trois auraient peut-être des observations pertinentes à faire au sujet des enseignantes voilées. Et nul doute qu'un écolier juif accueillerait avec affection un professeur arborant une swastika, pacifique et incontestable symbole de spiritualité hindoue.

Bref, au Québec, qui croire aujourd'hui : Ayaan Hirsi Ali ou l'homme de homme de 1,5 millions $? Cruel dilemme.

LP

Monday, April 22, 2019

Michel Houellebecq, mon beau légionnaire.



Le 22 avril 2019.

Les Espagnols qu’on ne brûle pas paraissent si attachés à l’Inqui­sition, qu’il y aurait de la mauvaise humeur de la leur ôter.
- Fénelon.

"Soumission" avait un certain intérêt, mais pas celui qu'on pense.

L'idée d'un musulman intégriste élu président de la république française en 2022 était non seulement grotesque, mais rappelait un certain protocole de la fin du XIX siècle rédigé à Paris en 1901 (v.o. russe); cependant, la satire des milieux universitaires sorbonicoles, faisait mouche. En outre, ce qui n'est pas rien, ce livre avait le mérite de remettre au goût du jour Joris-Karl Huysmans, un auteur injustement tombé dans l'oubli, dont la langue est peut-être même un cran supérieure à celle de Maupassant.

On a affaire à un pâle imitateur de Serge Gainsbourg (lui-même admirateur du "A rebours" d'Huysmans) par sa mise soigneusement négligée, à une coqueluche de "Valeurs actuelles", au porte-parole quasi-officiel de Nigel Farage au sujet du Brexit et au chantre du roi-philosophe Donald Trump. Le diplômé de l'Institut national agronomique Paris-Grignon, qui avait autrefois les deux pieds dans la glaise, aspire maintenant à la transcendance et affiche sa réconciliation avec l'autorité dogmatique de Notre Saint Mère l'Eglise, suivant d'ailleurs l'exemple de Huysmans dans le temps, évoquant toutefois un "catholicisme non chrétien" (lequel eût fait un fertile thème de question quodlibétique digne de Saint-Thomas d'Aquin). Avec "Sérotonine", le prophète de malheur autoproclamé reprend un thème qu'obsédait déjà il y a quelques siècles le berbère névrosé Augustin d'Hippone : la décadence.

Il s'approprie essentiellement le pessimisme célinien, sans la spontanéité ni les points de suspension, et manie moins bien les fines gauloiseries, qui se veulent provocatrices, mais qui deviennent banales et inoffensives à force de répétition; de même, les passés simples alternent avec les négations volontairement fautives, avec moins de fluidité.

Le lecteur est-il censé voir un message crypté dans les italiques soigneusement semées? (Les fausses tangentes, fréquemment cloisonnées dans des parenthèses, sont trop bien étudiées). Les descriptions d'armes et de munitions sont plus captivantes chez Frederick Forsythe. Enfin, la technique des flashbacks de Gotlib (né à Paris en 1934, mais pas le 14 mai, ni même le 14 août, non, mais bien le 14 juillet, et fondateur de Fluide glacial) dans "J'existe, je me suis rencontré" était plus efficace.

Bref, une iconoclastie fort convenue. 

Cela dit, il faut rendre à César ce qui est à César. En ce qui concerne la… soumission de fillettes à de scabreuses prestations bassement tarifées, notamment en Asie du Sud-Est, les descriptions sont méticuleusement documentées. L'ex-agronome Houellebecq est un homme de terrain, qui fouille ses sujets, sans avoir, cependant, la magie d'un Gérard de Villiers (dont le 104e roman de la série SAS est "Manip à Zagreb", où Malko Linge a accompli sa mission avec l'aide de ses babysitters Milton Brabeck et Chris Jones). Mais s'il évoque de manière impeccablement clinique la zoophilie, il manque au texte l'aboutissement logique de sa pensée : un zeste de nécrophilie et surtout de coprophilie; dans son élan, il eût dû se pencher d'un peu plus près sur le fumier afin de donner à sa prose un supplément de piquant azoté. (Encore qu'il s'agit peut-être de son jardin secret?)

"Sérotonine" a dû faire les délices d'un autre berbère pas du tout névrosé, mais très mercantile, l'"aryen honoraire" Eric Zemmour; cependant, il prouve que n'est pas Gotlib, ni Gérard de Villiers qui veut. (Qu'ils reposent en paix parmi les élus).

Le 18 avril dernier, Michel Houellebecq est devenu chevalier de la Légion d'honneur, ou plutôt cavalier de l'Apocalypse. Voilà sans doute la meilleure reconnaissance de la décadence littéraire française.

Dans cent ans, le Lagarde et Michard consacrera quelques pages au style littéraire "agro" créé par Houellebecq et l'hermétique Robbe-Grillet.

LP


Monday, April 15, 2019

Laïcité au Québec : l'"autorité pédagogique" selon le professeur Gérard Bouchard.



Le 15 avril 2019.

Rejetons le fez, qui est sur nos têtes comme l'emblème de l'ignorance et du fanatisme… et adoptons le chapeau, coiffure du monde civilisé ; montrons qu'il n'y a aucune différence de mentalité entre nous et la grande famille des peuples modernes!
- Mustapha Kémal Atatürk.

Ce qui n'était pas raciste en 2008 l'est "honteusement" devenu en 2019.

Tel est le sens de l'anathème jeté par l'apprenti-prophète Charles Taylor sur l'ensemble du projet de loi 21 : Loi sur la laïcité de l'État. Les voies de l'hérésie sont mystérieuses.

Le prof. Bouchard demeure fidèle à lui-même, tout en voyant du "radicalisme" dans l'élargissement de l'interdiction du port de signes religieux recommandée par le rapport Taylor-Bouchard aux enseignants, sous prétexte que leur "autorité pédagogique" n'aurait rien de coercitif.
                                                           
Dans une opinion publiée dans La Presse le 5 avril dernier, il déclare : "faute de données rigoureuses... Il n’a aucunement été démontré, par exemple, que le port du hidjab est une forme de prosélytisme, qu’il perturbe les enfants ou entrave la démarche pédagogique."

Il est utile de rappeler que, en effet, en 1950, "faute de données rigoureuses, il n’était aucunement été démontré" que des prêtres se livraient à des jeux fripons avec les enfants de chœur (et que tout baignait dans l'huile sainte), à l'abri des regards indiscrets dans la sacristie, et jamais on ne pourrait imaginer que des clercs eussent infligé de coquines privautés à des religieuses rétives. "Il n’était aucunement été démontré" que les 4 filles Shafia étaient en danger de mort, et "il n'est toujours pas démontré" que les petits hassidiques sont privés d'une scolarité normale. Quant à la multiplication des actes de harcèlement, sur leur lieu de travail, de femmes d'origine musulmanes ne portant pas de hijjab… soyons sérieux : on a beau être à l'ère de #METOO, en l'absence d'enregistrements et de vidéos, il n'y a que des racistes pour prendre au sérieux des conjectures aussi farfelues.

(Incidemment, quand on pense, par exemple, à la très belle expertise en matière de lavage de cerveau acquise dans le cadre des recherches commanditées à une certaine époque par la CIA à l'université McGill, il faudrait confier à cette institution la mission de rassembler les "données rigoureuses" pertinentes. Sinon, il y aurait un regrettable gaspillage de savoir-faire).

Pour autant, quant au prosélytisme, M. Bouchard persiste à (feindre d'?) ignorer que le signe religieux est intrinsèquement tout aussi porteur de message que le signe politique (celui-ci unanimement rejeté pour les fonctionnaires), même si l'enseignant ne s'exprime verbalement dans la salle de classe qu'au sujet de la seule physique nucléaire. M. Bouchard est un historien et un sociologue magistral, mais en matière sémiotique, il y a des trous dans ses lacunes. On ne peut que l'inviter à dialoguer avec des jeunes filles aspirant aussi, comme les sœurs Shafia, à la pleine intégration sociale. Elles lui exposeront mieux que quiconque leur perception des enseignantes hijjabées, et lui expliqueront que, à court terme au moins, le prosélytisme musulman ne vise pas vraiment les roumis, mais plutôt les musulmans de souche égarés, qu'on veut ramener au bercail et ainsi isoler de la société d'accueil.

Cela dit, vu l'étonnante affirmation du prof. Bouchard quant à l'"autorité pédagogique" de l'enseignant, faisons preuve de pédagogie avec les précisions suivantes.

Dans le système nord-américain, l'enseignant (qu'il porte ou non un voile) porte deux casquettes :

- communicateur de connaissances à l'étudiant (en principe…);
- certificateur des connaissances des étudiants par des examens.

Dans l'exercice de cette double mission, s'il ne peut, en effet, aller jusqu'à ouvrir le feu sur les élèves, il dispose d'un pouvoir disciplinaire quasi-judiciaire qui peut se traduire notamment par des sanctions (retenues, expulsion…). Cette autorité est même plus intense à l'égard des mineurs au primaire et au secondaire, où l'enseignant est in loco parentis.

Les contacts entre la population ordinaire, d'une part et, d'autre part, les forces de l'ordre, la justice et surtout les institutions carcérales sont, heureusement, l'exception. Par contre, nul n'échappe au milieu scolaire.

A toutes fins pratiques, l'enseignant est certainement la figure la plus omniprésente,  la plus coercitive, et la plus déterminante du parcours social de l'individu. Si un casier judiciaire classique est souvent susceptible de suspension, le dossier scolaire est éternel : il détermine l'admission aux études supérieures, à certaines facultés, et constitue souvent un critère d'embauche en milieu professionnel. Une mauvaise note constitue une condamnation à perpétuité, et sans appel. Une carrière, une vie, peuvent se jouer sur un diplôme, un cours, voire un seul examen.

Par conséquent, l'enseignant québécois indélicat dispose d'un pouvoir quasi-absolu (la jurisprudence enseigne ad nauseam que le pouvoir judiciaire ne se mêle pas des affaires scolaires), donc celui de "vendre" des notes en contrepartie :

- de prestations sexuelles;
- de gages d'appartenance religieuse;
- de gages de moralité idéologique;
- All of the above.

L'étudiant(e) peut être contraint(e) d'avaler de nombreuses couleuvres gluantes, en toute discrétion.

Par contraste, l'étudiant français est un peu moins vulnérable, vu que son professeur ne porte que la seule casquette de communicateur.

En ce qui concerne le baccalauréat de l'enseignement secondaire (lequel est équivalent au DEC québécois, sans suivre le système de crédits cumulatifs, et consiste en une série d'examens de synthèse, "comprehensive" en anglais), et les diplômes universitaires de premier cycle, les examens sont obligatoirement conçus et notés par des examinateurs externes, afin d'éviter tout conflit d'intérêt. Pour le baccalauréat, en cas de conflit (pas forcément de nature sexuelle) avec un enseignant, à défaut de recours judiciaire efficace (et des ressources financières nécessaires), l'étudiant a au moins la possibilité de changer d'établissement, et même de se présenter aux examens à titre de "candidat libre". Cela dit, depuis Héloise et Abélard, la France est le paradis des cours privés. On signalera les cours très, très particuliers dispensés par Jean-Paul Sartre à une "groupie", Arlette Elkaim, qui réussit à intégrer la prestigieuse école normale supérieure. L'élève fut d'ailleurs officiellement adoptée par son mentor par la suite. Impossible de trouver mieux pour apprendre à disserter sur Oedipe. Bref, tout cela pour dire que, en France, les cours d'appoint peuvent être rémunérés selon des conditions et modalités variables, pas forcément limitées au versement d'espèces, mais que, au moins, les notes ne sauraient être monnayées.

Enfin, rendons hommage au philosophe Charles Taylor, qui a fait acte de présence lors d'une manifestation anti-projet de loi 21 à Montréal hier dimanche, réunissant un certain nombre d'intellectuels, parmi lesquels il y avait certainement des parents de fillettes de 9 ans porteuses volontaires de voile. Le récipiendaire des 1,5 millions US $ du prix Templeton assure un excellent service après-vente.

Et, coïncidence du calendrier : on annonce qu'en Iran, Vida Movahédi, qui avait été arrêtée en octobre pour être apparue tête nue au sommet du dôme au centre de la place Enghelab en agitant à bout de bras son voile et des ballons rouges; poursuivie pour "incitation à la corruption et à la débauche", Mme Movahédi a été condamnée le 2 mars à un an de prison.

Les juges iraniens sont d'un laxisme.

LP

PS. Il va sans dire que "faute de données rigoureuses… il n’a aucunement été démontré" qu'il existe, en 2019, des missionnaires batifolant avec les petites négresses et/ou les petits nègres sous les cocotiers.