Sunday, February 11, 2024

L’apprenti-constitutionnaliste Gérard Larcher.

 Le 11 février 2024.

Les règles sont comme les femmes, elles sont faites pour être violées.
- Le juge québécois Denys Dionne (1989
).

 

En France, le président du sénat (LR) s’oppose vigoureusement à l’inscription du droit à l’avortement (interruption volontaire de grossesse, ou IVG) dans la constitution. Cette position, identique à celle du RN, lui a valu les remontrances notamment de l’actrice Sophie Marceau : : “’vous faites honte à notre société française", et elle dénonce “un patriarcat dans toute sa splendeur : suffisant, rétrograde et hypocrite"”. On peut voir là une dose d’hyperbole, mais M. Larcher fit valoir ses arguments en réponse lors de sa participation à l’émission “Quelle époque!” quelques jours plus tard.

Voulant mettre les choses en perspective, il a déclaré à titre liminaire avoir toujours été, personnellement, en faveur du droit à l’IVG et adversaire de la peine de mort lorsqu’elle était en vigueur. Fort bien, mais quid d’un droit constitutionnel”

Il invoque implicitement un sens des priorités : “(Sophie Marceau) aurait mieux fait de me téléphoner, je lui aurais expliqué (sic) qu’il fallait qu’on milite ensemble pour que les femmes soient accueillies dans des conditions dignes... Qu’elle vienne avec moi voir dans quelles conditions c’est parfois fait”. Que les installations hospitalières appellent des améliorations pour les femmes en détresse, on peut penser que Sophie Marceau l’avait compris d’elle-même avant d’entendre les bienveillantes et généreuses explications du sieur Larcher, mais en quoi cela est-il incompatible avec une inscription dans la constitution?

Il paraît que la constitution ne doit pas devenir un “catalogue de droits sociaux et sociétaux”; on se demande alors à quoi sert une constitution? On notera aussi que c’était la première fois que M. Larcher acceptait une invitation à un “talk-show”, le but étant de recadrer publiquement l’insolente. On peut en déduire que la question de l’IVG n’a, au final, rien de banal.

Plus fondamentalement, de toute manière, ce droit ne serait pas menacé en France, “depuis, notamment une décision du Conseil constitutionnel en 2001, la référence à la liberté – article 2 de la Déclaration des droits de l'homme –, ce droit absolu a été reconnu aux femmes.”.

Alors que l’exemple (si on peut dire) américain semble justifier des craintes pour la France, il balaie l’argument du revers de la main et d’un coup de sabot en observant que les Etats-Unis sont un état fédéral.

On peut penser que celui qui fut vétérinaire dans une vie antérieure a eu droit à un solide cours de droit rural dans sa formation. Cependant, la culture juridique du président du sénat, qui se targue (sans rire) d’une position “constitutionaliste”, comporte de graves lacunes en matière de droit comparé et de raisonnement judiciaire.

Manifestement, il ne connaît pas la notion de revirement de jurisprudence.

La doctrine de l’arrêt Roe v. Wade aux Etats-Unis (fondée essentiellement sur la même notion de liberté dégagée des textes constitutionnels que devait retenir ultérieurement les sages français), reconnaissait globalement, pour tout le pays, à chaque femme, le droit à l’avortement. Il semblait gravé dans le marbre depuis 50 ans.

Mais désormais, avec l’arrêt Thomas E. Dobbs, State Health Officer of the Mississippi Department of Health, et al. v. Jackson Women's Health Organization, et al. , dont ont accouché au forceps les taupes vaticanesques ayant infiltré la haute juridiction américaine, les 50 états sont libres d’adopter des lois interdisant, plus ou moins totalement, l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste (la famille, c’est sacré); cependant, c’est précisément la structure fédérale de ce pays qui limite la casse : pour l’instant, seuls les états rednecks, surtout sudistes, légifèrent allègrement en ce sens (la Louisiane coche d’ailleurs toutes les cases). Heureusement, la civilisation l’emporte, pour l’instant, sur la barbarie dans un nombre substantiels d’états.

Par contre, un tel revirement en France, où l'autorité du précédent est nettement plus faible qu'aux États-Unis, laisserait le champ libre à un législateur unique pour tout le pays. Dans des temps politiques troubles, même les institutions judiciaires françaises ont parfois réagi docilement à de douteux courants sociaux, comme en témoigne la complaisante jurisprudence du conseil d’état de 1940 à 1944, une époque où le “droit antisémite” était une spécialité aussi honorable que “le droit civil” ou le “droit commercial”. À souligner l’impressionnante contribution doctrinale du très catholique conseiller Louis Canet.

Le fédéralisme américain milite donc, a fortiori, en faveur de l’inscription explicite de l’IVG dans la constitution, contrairement à ce que soutient M. Larcher. En outre, si l’archer se déclare prêt à troquer ses flèches pour un fier destrier et se muer en chevalier blanc criant "haro!" pour défendre le droit des femmes à l’avortement en cas de remise en question, la constitutionnalisation explicite de ce droit lui épargnerait une joute, voire une croisade évitable et inutile.

Celui qui fut naguère le vétérinaire de l’équipe équestre olympique française saute allègrement les obstacles et choisit mal son cheval de bataille. Il a une vision inadaptée des processus d’insémination. En matière constitutionnelle, l’on peut tirer le plus solide argument de cette sage observation de Talleyrand, qu’approuvait certainement feu Robert Badinter :

Si cela va sans le dire, cela ira encore mieux en le disant”.

LP

PS. Il revient maintenant à la cour suprême américaine de se prononcer sur un point de droit connexe et d’une actualité brûlante : lorsqu’un chasseur d’alligators pentecôtiste louisianais se marie avec une conjointe de 12 ans sur le point de mettre bas, juridiquement, sont-ils toujours frère et soeur?

Mais on aimerait avoir l’opinion de Gégé à cet épineux sujet.


Sunday, February 4, 2024

Le prochain envol majestueux du parti libéral du Québec.

Le 4 février 2024. 

Un oiseau qu’on nomme phénix. Il est seul de son espèce et vit cinq cents ans ; et lorsqu’il approche du terme de sa vie, il construit lui-même son cercueil où il pénètre, son temps accompli, pour mourir. De sa chair corrompue naît un ver qui se nourrit de la charogne de l’oiseau mort, puis se couvre de plumes ; et lorsqu’il est devenu fort, il soulève le cercueil rempli des ossements de son ancêtre, et l’emporte loin de l’Arabie, en Égypte, jusqu’à la ville nommée Héliopolis. Là, en plein jour, aux yeux de tous, il s’en vient à tire‑d’aile le déposer sur l’autel du soleil, puis il reprend son vol pour le retour. Alors les prêtres consultent leurs annales et constatent qu’il est venu après cinq cents ans révolus.
- Clément de Rome (Lettre aux Corinthiens) 
 
Zorro est arrivé, sans se presser.
- Henri Salvador.

Selon toute apparence, ce parti peut difficilement plus aspirer à la qualité de parti de gouvernement pour l’ensemble du Québec. Il semble destiné à être le défenseur exclusif de la communauté tragiquement opprimée anglo-québécoise, essentiellement confiné à son réduit de la partie occidentale de l’île de Montréal. De fait, les candidats ne se bousculent pas au portillon pour le diriger.

Mais voilà que se manifeste l’ex-ministre fédéral Denis Coderre (qui naguère prônait l’expulsion des citoyens canadiens d’origine étrangère ayant adhéré à la souveraineté du Québec) et maire de Montréal déchu, dont le titre de gloire incontesté et incontestable demeure les courses de la Formule E : qu’importent les innombrables billets gratuits, il y eut de juteuses retombées économiques chez les péripatéticiennes, éternellement reconnaissantes. (En l’occurrence,  quel bel exemple d’application de la théorie économique du “ruissellement”, ou “trickle-down effect” en v.o.). Denis Coderre, songe donc aujourd’hui à faire sa propre offre de service et exprime son intérêt pour la chefferie du PLQ.

Ce fervent, mais truculent, chrétien prendra sa décision définitive après avoir participé au pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle en mai prochain. Chemin de croix, ou chemin de Damas? Nul doute que c’est par ce canal de communication bien éprouvé qu’il entendra l’injonction céleste. Pour autant, il faut conseiller au pèlerin de faire, avant de rentrer au Québec, un détour par Lourdes, nettement plus renommé en matière de miracles.

Parlant de miracles, M. Coderre invite instamment d’autres membres du parti à se présenter contre lui. Vu sa modestie légendaire, il rejette l’idée d’un “couronnement” au profit d’un véritable débat d’idées. On pense, à chaud, à Marwah Rizqy, qui saurait lui donner une édifiante réplique, à condition de réprimer ses crises d’hilarité.

Le PLQ est donc en attente de son messie, qui sera appelé à porter dignement sa couronne d’épine. Puisque Jésus reçut jadis le baptême de Saint-Jean Baptiste, il serait de mise que le sauveur libéral obtînt l’onction du filozof catho Charles Taylor.

Saint-Claude Ryan, priez pour lui.

LP

 

Sunday, January 28, 2024

Tragédie à Gaza : sinistre mascarade pseudo-judiciaire à La Haye.

 Le 28 janvier 2024. 

L’ONU, ce machin.
- Charles de Gaulle.

Israël se voit accusé de “génocide” en raison de ses agissements  à Gaza devant la majestueuse juridiction internationale, la Cour internationale de justice, qui vient, le vendredi 26 janvier 2024 dernier, d’émettre ses jésuitiques susurrements préliminaires.

Procédons par ordre. Qui donc lance la première pierre en l’occurrence?

L’Afrique du Sud, état corrompu jusqu’à l’os, terre promise aux violeurs sidatiques qui s’épanchent comme des geysers ambulants, et où fleurissent les assassinats systématiques de ses agriculteurs blancs, concrétisation directe de l’incitation au meurtre qu’est la chanson “Dubul' ibhunu" (“shoot the Boer”), régulièrement entonnée par Julius Malema, chef de la Economic Freedom Fighters (EFF), et même par nul autre que l’ex-président Jacob “family man” Zuma. Et quel meilleur slogan pour promouvoir l’harmonie d’une nation arc-en-ciel que “One settler, one bullet”, digne de la National Rifle Association américaine? Surtout, voilà une formule originale pour assurer les stocks de denrées comestibles pour le pays entier.

En matière de qualité pour agir (“locus standi”), on a peut-être vu mieux.

Un état qui, comme beaucoup d’autres, conserve un pieux silence au sujet des conflits internes chez son voisin le plus proche, le Zimbabwe, et plus loin, le sort des Kurdes et des Chrétiens gazes d’Alep ne semblent pas constituer des causes affriolantes. Quant aux Ouïghours, RAS, bien entendu.

En droit pénal interne, d’aucuns évoqueraient une poursuite (très) sélective (“selective prosecution”).

Cela dit, il serait malséant de voir dans tout cela une justification des agissements israéliens à Gaza. Les horreurs ne sauraient faire l’objet d’une compensation : elles s’additionnent. Israël, victime incontestable de l’horreur du 7 octobre, peut-il, à son tour, au nom de l’expression codée “droit de se défendre”, prendre en otages les Gazaouis innocents? Par exemple, la thèse des crimes de guerre est en l’espèce défendable, mais quand on veut voir des génocides partout, il n’y a plus de génocide. En droit pénal, même l’horreur appelle une gradation. Même l’enfer de Dante comporte 9 cercles.

À vouloir trop prouver, on ne prouve plus rien.

Rappelons que le Maroc (pays de Mehdi Ben Barka et de la famille Oufkir...) a a été triomphalement élu le 10 janvier dernier à Genève, à la présidence (rien que ça...) du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (authentique!), et, coïncidence, en devançant l’Afrique du Sud; ça ne s’invente pas... Il fallait choisir entre la peste et le cholera. En ce qui concerne la crédibilité de ce qui émane de l’ONU, voilà qui interpelle... (mais relativisons : quel progrès spectaculaire par rapport à l’Arabie saoudite...).

Alors, que penser de l’onctueux laïus des pantins de la Cour internationale de justice à l’occasion de l’affaire Afrique du Sud c. Israël (convention contre le génocide)?

C’est un non-événement. Il n’a, et n’aura, aucune pertinence dans un sens ou dans l’autre, et il doit être jeté dans un circuit de plomberie destiné à l’élimination des déchets organiques.

Les observateurs de bonne volonté, sincèrement humanistes, doivent plutôt se faire leur religion en compulsant des sources dignes de foi. On les invite notamment à écouter le journaliste franco-israélien Charles Enderlin et l’ex-chef du Shin Beth israélien Avi Ayalon, qui analysent lucidement les causes et les enjeux du conflit, sans complaisance pour qui que ce soit.

LP


Sunday, December 31, 2023

Friday, December 1, 2023

Disparition du grand vizir centenaire Henry Kissinger.

Le 1er décembre 2023.

Peace is at hand.
Henry Kissinger (1972).
 
We want to help, not undermine you. You did a great service to the West in overthrowing Allende.
Henry Kissinger à Pinochet (1976).
 
Only The Good Die Young.
Billy Joel.

 

Evidemment, n’étant pas un Américain “natural born”, ce réfugié ayant fui la tyrannie nazie ne pouvait prétendre devenir un jour calife à la place du calife, mais on peut quand même voir en lui le digne disciple d’Iznogoud, au service d’un souverain quelque peu plus sinistre que Haroun El Poussah.

 

Il est inutile de rappeler ici les faits historiques bien connus quant à son rôle dans la détente pendant la guerre froide, mais vu la philosophie à géométrie variable de celui qui fuit le nazisme en 1938 en matière de droit (national et international), la transparence (la publication des “Pentagon Papers” par Daniel Ellsberg n’emporta pas sa claire approbation) et les droits de l’homme en général, il n’est pas étonnant qu’il fut le modèle du glacial et germanique “Doctor Strangelove”. On retiendra notamment sa planification du coup d’état au Chili et donc de l’élimination, avec extrême préjudice, du président démocratiquement élu Salvador Allende en 1973 (qui aboutit à une sanglante dictature). Détail piquant, le (très antisémite) président Nixon, élu notamment sur le thème de la “Vietnamisation”, ordonna aussi les bombardements du Cambodge et du Laos (où l’“agent orange” n’avait que peu à voir avec le Grand Marnier qu’il savourait avec le gratin washingtonien).

 

Il faut admettre, avec Mr. K., que des élections libres donnent des résultats parfois irritants. Tel fut le cas avec la victoire électorale de Sheikh Mujibur Rahman, chef de la “East Pakistani nationalist Awami League (AL) en 1970, qui donnait à ce nationaliste bengali en principe le droit de gouverner tout le Pakistan. Au Pakistan occidental, Yahia Khan refusa de se plier au verdict des urnes et une guerre s’ensuivit; la libre Amérique fournit en armes les troupes pakistanaises qui se livrèrent à un génocide en règle : massacres, viols, etc. bref, la routine...

 

(Mais baste! Même le Maroc, par exemple, soutint alors le Pakistan au nom de l’hégémonie islamique mise en péril par ces insolents rebelles bengalis...)

 

Son amitié pour la Chine communiste totalitaire resta indéfectible.

 

Une riche carrière au service de l’Etat, et de certains états; son juteux carnet d’adresses profita à “Kissinger Associates” (une désignation qui évoque un “Syndicate”...)

 

Christopher Hitchens notamment le qualifia de criminel de guerre et, de fait, sa liberté de circulation à travers le monde dut être soigneusement planifiée par son agent de voyage afin d’éviter une désagréable arrestation, notamment en France. Fut de bon conseil à ce sujet son disciple, Augusto Pinochet.

 

Alors, Kissinger, grand vizir, ou Kaiserjude?

 

De toute manière, Henry a gagné son aller simple pour Jahannam, ou la géhenne. Au choix. Qu’il brûle pour l’éternité chez Satan. He will love the smell of napalm...

 

LP

Saturday, November 25, 2023

L'assassinat de JFK : Radio-Canada décode.

Le 25 novembre 2023.

 
I haven’t shot anybody, I am just a patsy.
Lee Harvey Oswald.
 
Chacun son métier, les vaches seront bien gardées.
Jean de La Fontaine.

En notre époque de fake news, des émissions comme “Les décrypteurs” sont d’une grande utilité. Mais hélas, les décrypteurs de bonne volonté peuvent se transformer en "en"crypteurs. Tel fut le cas à l’occasion d’un segment diffusé le 18 novembre dernier consacré à l’assassinat du président Johm F. Kennedy, où les présentateurs, Jeff Yates et Alexis de Lancer, ont fait des pieds et des mains pour discréditer la thèse du complot.

Précisons que les rumeurs selon lesquelles JFK, Sr. et JFK, Jr sont toujours en vie, ainsi qu’Elvis, appellent, sans aucun doute, un certain scepticisme. Par contre, les complots politiques, parfois mortels, sont une réalité confirmée depuis des millénaires : Jules César confirmerait. Quelques exemples un peu plus récents : les tentatives d’assassinat contre De Gaulle; l’assassinat du sénateur Grigoris Lambrakis en Grèce par la gendarmerie nationale le 27 mai 1963; de Benigno Aquino le 21 août 1983 par le dictateur Ferdinand Marcos aux Philippines; le coup d’Etat ourdi par la CIA qui a renversé le président Allende au Chili en 1973, etc.. 

 

Alors quid du président Kennedy?

 

Première maladresse de M. Yates : il qualifie John Connally de "sénateur" du Texas, alors qu’il était gouverneur. Les documentalistes de Radio-Canada doivent en prendre pour leur grade.

 

Puis, en ce qui concerne la tentative d’assassinat du général Edwin Walker, activiste d’extrême-droite, du 10 avril 1963, M. Yates a présenté comme un fait établi la culpabilité dOswald alors qu’aucune source policière indépendante ne s’était prononcée en ce sens. Ce “fait”, “magique” (comme une certaine balle) ne fut invoqué que par la seule commission Warren, dont la propre crédibilité est, précisément, en cause. Un raisonnement circulaire.

 

Mais le comble est que M. Yates a déclaré, avec aplomb, que, pour la police de Dallas, la culpabilité d’Oswald était établie par des preuves accablantes le soir même du 22 novembre. Sans tests ballistiques, scientifiques, rien. Une affirmation émanant d’une source plus qu’intéressée. Un autre exemple de raisonnement circulaire. En effet, l’assassinat providentiel du présumé tueur Oswald par le truand Jack Ruby, dans les locaux même de la police, rend plus que probable la propre (si l’on ose dire) participation de celle-ci à l’élimination du président. À moins, évidemment, de prêter foi à la thèse, censée être beaucoup moins farfelue, portant que le sentimental Ruby, a commis son geste sponte sua afin d’épargner à la pauvre veuve éplorée Jacquie la douleur d’un procès. En effet, sont notoires les propriétaires de “strip joints” pour leur incurable sentimentalisme “fleur bleue”. Surtout quand ils sont étroitement liés à deux institutions (d’ailleurs connues pour leur porosité) : la pègre et une police corrompue jusqu’à l’os et infiltrée par le Ku Klux Klan.

 

On notera aussi l’intervention dans l’émission en question de la professeure Karine Prémont, de l’université de Sherbrooke. Elle soutint alors, pour nier implicitement la possibilité du complot, que 98% des documents relatifs à l'assassinat de JFK ont été rendus publics. Cette éminente universitaire a omis de précisé qu’ils sont très caviardés et il y a regrettable confusion entre la quantité et la qualité.

 

Quant aux possibles commanditaires, on ne peut exclure aucun scénario, mais quiconque prétend s’exprimer au sujet de la tragédie du 22 novembre 1963 doit commencer par le commencement :  compulser le magistral livre de Mark Lane : “Rush to Judgment: A Critique of the Warren Commission's Inquiry into the Murders of President John F. Kennedy, Officer J.D. Tippit and Lee Harvey Oswald. Aussi fascinant qu’un roman policier, sauf qu’on est dans le vécu. Chose remarquable, l’auteur n’apporte aucun élément externe et ne désigne aucun coupable : il décortique méticuleusement, rationnellement, sobrement, le rapport Warren “tel quel”, sans en sortir, en en faisant ressortir les incohérences et les absurdités : ce torchon se démolit lui-même. Mark Lane se borne à constater que la culpabilité d’Oswald, au minimum comme tireur unique, était une impossibilité matérielle. 

 

Même si le FBI et surtout la commission Warren ne faisaient pas partie du complot de l’assassinat à proprement (si l’on ose dire) parler, il y eut complot du silence par la suite. Ils ont dit ce que tout le monde voulait entendre, sur ordre du président Lyndon Johnson (qui n'a d’ailleurs jamais cru à la thèse du tireur unique). En 1963-1964, dans l’encore innocente Amérique pré-Watergate, les politiciens ne mentaient pas, les policiers, tous disciples du preux Eliot Ness au petit écran, ne commettaient pas de crimes... 

 

En fait, la preuve la plus spectaculaire du non-sens de la déjection pondue par la commission Warren est qu’un parfait crétin comme Gerald Ford y siégeait.  Pour citer le suave Texan Lyndon B. Johnson : “Gerald Ford played football without a helmet for too long and he is so dumb he can't fart and chew gum at the same time." 

 

(N.B. Cette citation fut ainsi édulcorée par les médias au nom de la décence : “(Ford) can’t walk and chew gum at the same time.” Un triste exemple de désinformation...)

 

En conclusion, on saurait trop recommander l’émission “Les décrypteurs” sur le plan de l’information technologique : de chevronnés experts, mais habiles vulgarisateurs y savent dénoncer, par des analyses d’une impressionnante finesse, avec rigueur, avec brio, les sournois et insidieux pièges informatiques qui polluent l’esprit du consommateur et troublent l’agora. Cela dit, en matière historique et de techniques policières, il y a du travail.

 

LP

 

Friday, November 17, 2023

Les éminences grises qui ont du flair au Canada et en Argentine.

 Le 17 novembre 2023.

 
Plus je vois les hommes, plus j’admire les chiens.
Madame de Sévigné.
 
“Z’avez pas vu Mirza?”
- Nino Ferrer.
 

La planète est riche en personnalités politiques hors du commun. Se sont particulièrement illustrés Donald Trump et Jair Bolsonaro; ils ont fait leurs preuves.

Vient s’ajouter le candidat à l’élection présidentielle Argentine Javier Milei, qui semble avoir de bonnes chances de l’emporter au deuxième tour de dimanche prochain,. Économiste ultralibéral, il se qualifie d’anarcho-capitaliste, et prône, par exemple, la dollarisation de l’économie, l’abolition de la banque centrale, etc..

A noter que c’est le Christ en personne (de concert avec les deux autres?) qui lui a confié sa mission : devenir “el presidente”, ce qui ne l’empêche pas d’avoir été tenté par une conversion au judaïsme, à laquelle il a finalement renoncé vu les contraintes du Shabbat, peu compatibles avec les pressions de la fonction présidentielle (incidemment, on ne sait pas si cette démarche aurait appelé en l'espèce la délicate intervention préalable d’un urologue).

En tout état de cause, Notre Seigneur a eu recours à un canal de transmission ingénieux : Conan, son chien adoré, décédé en 2018. Que l’électeur argentin se rassure : Meili continue à le consulter depuis régulièrement : la mort ne saurait interrompre des liens affectifs aussi forts avec le compagnon qu’il abreuvait de son vivant de champagne et qu’il traitait comme un membre de la famille à part entière, un fils de substitution. Ses chiens, tant défunts que vivants, sont d’ailleurs ses conseillers en matière de stratégie politique, les meilleurs du monde, selon ses propres termes. On l’aura compris.

Tout cela est fort rationnel si l’on considère que Milei suit une recette bien éprouvée : il est le digne disciple d’un homme politique de l’hémisphère nord : Mackenzie King, premier ministre canadien de 1921 à 1948 (pendant trois mandats non-consécutifs). Les ressemblances sont trop frappantes pour n’être que simples coïncidences.

Comme Milei, King était un célibataire endurci et plutôt misanthrope. Il adopta un terrier irlandais qu’il baptisa affectueusement du nom de “Pat”; il lui faisait d’édifiantes lectures et était convaincu que l’esprit de sa défunte mère habitait cette enveloppe canine. Lors d’une maladie en 1940, King dut reporter une réunion du cabinet de guerre afin de prodiguer les soins nécessaires à son plus proche conseiller quadripédique. Lors du trépas de son bien-aimé clébard, le premier ministre entonna le cantique “Safe in the Arms of Jesus”.

Il y eut une succession de “Pats”, mais, à son tour, King resta lui-même fidèle à ses petits canidés disparus, ayant pris la saine habitude de solliciter, par boule de cristal, leurs judicieux conseils concernant les grands enjeux politiques du pays. Quant aux toutous bien vivants, ils savaient s’exprimer directement au sujet des nouvelles de l’heure par le frétillement modulé de leur queue.

De là à conclure que Mackenzie King s’est réincarné chez Milei, il n’y a qu’un pas, et même une papatte.

Impossible de nier désormais l’évidence : dans les deux hémisphères, on sait que Médor est le meilleur ami de l’homme politique célibataire.

LP