Wednesday, February 1, 2023

Les camouflets infligés par Justin au Canada français : et de trois!

 Le 1er février 2023.

When they go low, we go high.
- Michelle Obama.
 

Sont déjà passées à l’histoire la nomination de la gouverneure générale du Canada Mary Simon, qui, ne parle, et ne parlera jamais, la langue officielle de traduction, le français, et celle de l’unilingue anglophone  Brenda L. Murphy, au poste de lieutemante-gouverneure du Nouveau-Brunswick.

Comme si cela ne suffisait pas, le premier ministre canadien, Justin “fils de son père” Trudeau, nomme, sans vergogne, Mme Amira Elghawaby, au poste de “première représentante spéciale du Canada chargée de la lutte contre l’islamophobie” (on appréciera le titre ronflant).. Lorsqu’on examine le curriculum vitae de l’heureuse (non)élue, on s’étonne de lui voir apposée l’étiquette de “journaliste”, alors que le port du hijab, qui proclame l’infériorité des femmes, et son activisme comme ex-employée du National Council of Canadian Muslims connotent plus exactement la lobbyiste. Evidemment, il y a un côté oecuménique dans cette nomination : la portion de son faciès émergeant avec peine de son cercueil textile porte les sinistres stigmates de la macération de la chair que ne renieraient pas les bonnes soeurs catholiques à cornettes acariâtres d’antan qui fouettaient les petits écoliers turbulents dans les écoles confessionnelles; son regard glacial traduit l’impitoyable prédatrice d’hérésiarques.

Voici une lobbyiste/activiste qui entretient savamment l’amalgame entre le refus des superstitions d’un autre âge et le racisme, une sorte de McCarthysme mis à jour digne de l’époque où l’on taxait de communisme les tenants d’un minimum de justice sociale. De surcroît, elle feint de ne pas comprendre que la notion d’État de droit qu’elle revendique implique, très précisément, la séparation de l’Église (et de la Mosquée) et de l’État : elle est incompatible avec la théocratie. (On admettra que l’ignorance de ce truisme chez Justin est sincère : on ne l’apprend pas en dévalant les pentes enneigées sur une planche de surf).

Mais le petit Justin déclare soutenir à 100% Mme Elghawaby, qui “vomit”, on ne peut plus clairement, en toute simplicité, sur le Québec. Le premier ministre québécois évoque un “mépris”, mais c’est la haine qui est en cause, et qui passe comme une lettre à la poste au Canada anglais et chez Justin. Cependant, les humanistes ne doivent pas, à leur tour, céder à la tentation de gerber sur les islamistes : ils doivent faire preuve de compassion pour ces brebis contraintes ou égarées.

L’assemblée nationale demande le licenciement de Mme Elghawaby. L’unanimité a été obtenue grâce à l’abstention des députés de Québec solidaire; c’était sans doute le mieux qu’on pouvait attendre de ce parti islamo-gauchiste. Mieux que l’aplaventrisme de l’enturbanné Jagmeet Singh.

En substance, il s’agit de mettre un terme à une pas très subtile manoeuvre préélectorale consistant à financer, à partir des fonds publics canadiens, une propagandiste religieuse, de la sharia en l’occurrence.

Cela dit, Justin a déjà bien mérité de la religion et peut maintenant prétendre au prix de la fondation Templeton et rejoindre Charles Taylor.

LP

PS. Dernière minute : Mme Elghawaby présente ses excuses aux Québécois! En substance, elle reprend l'immortel mot de Charles de Gaulle : "Je vous ai compris". Ca change tout! Plus besoin de Gravol.


Saturday, January 14, 2023

Un philosophe canadien visionnaire : le professeur Charles Taylor.

 Le 14 janvier 2023.

La culture ne s'hérite pas, elle se conquiert.
- André Malraux.
 
La culture, c'est ce qui relie les savoirs et les féconde.
- Edgar Morin, sociologue
 
Je ne connais de sérieux ici-bas que la culture de la vigne. 
- Voltaire.

Un penseur n’accède pas toujours à la consécration de son vivant.

Le chanoinesque Charles Taylor, dans la fleur de l’âge, peut prétendre à cette haute distinction, comme par exemple le nazi Heidegger et la gloire en rejaillit sur l’université McGill toute entière

Il suffit parfois de peu de choses, en l’occurrence de son magistral article de 1989 intitulé “The Rushdie Controversy” où il explique onctueusement que la notion de liberté d’expression ne vaut pas partout. Pire, il s’agirait d’une notion occidentale aux relents colonialistes. Il donnait ainsi sa bénédiction aux théocraties auxquelles il reconnaissait le droit de réprimer les blasphémateurs. Salman Rushdie n’avait finalement eu que ce qu’il méritait. En ce début de l’an de grâce 2023, peu après l’habituel “paix aux hommes de bonne volonté”, l’actualité moyen-orientale lui donne plus que jamais raison.

Signalons tout d’abord les deux contributeurs saoudiens à Wikipedia qui ont été condamnés à de longues peines de prison : huit ans et trente-deux ans de prison. Le millionnaire Templetonien Taylor y verra sans doute un excès de laxisme : ni décapitation, ni crucifixion.

En Iran, par contre, fini de rigoler : le nombre de personnes condamnées à la peine capitale en lien avec les protestations déclenchées par la mort de Mahsa Aminie  s’élève à dix-sept. On compte déjà quatre exécutions (justice delayed is justice denied) et deux trouble-fêtes ont vu leur peine confirmée par la Cour suprême iranienne.

Bref, dans tous les cas, “dura lex, sed lex”, comme on dit en latin d’Église, celle de Taylor.

(On s’étonnera au passage de l’étrange décision du réseau CNN d’avoir embauché Nadia Bashir, qui se présente à l’écran sans vergogne avec le voile porteur d’un (sinistre) message religieux, lequel semble peu compatible avec l’impartialité journalistique; semble encore plus discutable son affectation à l’agitation actuelle en Iran. A la rigueur, la direction de CNN aurait été plus sage de la confiner, à tout le moins, aux reportages sportifs : les analyses de Mme Bashir de tournois de golf eussent été moins susceptibles de controverses.)

Pour Charles Taylor, les événements au Moyen-Orient (ainsi que l’agression subie par Salman Rushdie le 12 août dernier) ne constituent que l’aboutissement logique de sa thèse portant que la liberté d’expression ne constitue pas une valeur humaine universelle. (Incidemment, on invitera cet universitaire à lire attentivement au minimum l’intitulé de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948, dont les mots-clés sont soulignés). Son article, prophétique, appelle par les temps qui courent une relecture et une méditation. 

We tend to think that freedom of speech is indivisible , that either it applies to everything or it doesn't exist at all. But this is not necessarily so.

 En effet, elle est, hélas, divisible. et fort divisée : les Etats à travers le monde la respectent à des degrés divers : mieux dans les démocraties occidentales, pas du tout dans les régimes autoritaires. Les Etats-Unis constituent le modèle le plus conforme à la dignité humaine en la matière : le premier amendement de la constitution garantit purement et simplement la liberté d’expression et la seule nuance reconnue par la jurisprudence de la Cour suprême américaine est qu’une atteinte à ce droit n’est licite que si l’on établit “a clear and present danger”; bien sûr, la victime de diffamation dispose d’un recours a posteriori, mais pas les adorateurs de personnages plus ou moins légendaires, voire fictifs, comme Jésus ou Mohammed. Par contre, la loi française est intermédiaire : quoique largement supérieure à celle du Pakistan, elle demeure très imparfaite, comme peuvent en témoigner le (pseudo-)humoriste Dieudonné et le guignolesque Aryen Eric Zemmour. (Ce dernier vient tout juste d’être condamné  pour avoir qualifié en 2018 le prénom de l’ancienne chroniqueuse du groupe Canal+ Hapsatou Sy d’« insulte à la France »).

You have to judge what kind of sentiment is offended; and also what is involved in suppression....

 Affirmation réfutée par le système américain, lequel n’opère nullement ce genre distinction. Ne sont épargnés ni les sensibilités politiques, ni religieuses. 

But why give such a special status to religion? [AH! POURQUOI EN EFFET?] Because in societies where most people believe even where their faiths differ, it seems obvious that religion makes a uniquely powerful demand on its adherents, that it touches matters of transcendent importance.

Comment Taylor sait-il si, dans une théocratie, les croyants constituent vraiment la majorité de la population? Lorsqu’on vit dans un état dictatorial, les sceptiques infidèles doivent se dissimuler, sauf rébellion contre le dogme, comme, précisément, en Iran en ce moment, mais l'on constate déjà que les fortes têtes s'y exposent à un extrême préjudice. Quant à la transcendance, c’est-à-dire l’adhésion à des contes de fées, elle ne constitue pas une justification aux persécutions ici-bas, d’autant plus que les fidèles offusqués disposent du recours le plus efficace : le tribunal divin. S’attaquer sur terre aux blasphémateurs reflète même un doute impie quant à la réalité du châtiment divin dans l’au-delà : le vrai croyant doit pouvoir se contenter de l’éternité. 

One can perhaps argue that there are deep strands within Christendom, which weaken the reaction against blasphemy, in comparison to Islam, for instance... So post-Christian, semi-unbelieving society will be less willing to repress blasphemy than other great religious civilizations, most notably Islam.

 Le professeur Taylor semble soutenir, sans rire, que le christianisme est, par essence, plus tolérant en matière de blasphème (peut-être parce que le Christ nous enseigne de tendre la joue gauche?...). C’est ignorer les bûchers de l’Inquisition, finalement supprimés par le pouvoir séculier, encore que tous les tisons ne soient pas complètement éteints : en sont quelques exemples l’interdiction du film “Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot” de Jacques Rivette, en France en 1966 et “La dernière tentation du Christ” de Martin Scorcese, accueilli en 1988 par d’agressifs hurlements d’indignation des ayatollahs chrétiens et des actes de violence. 

[H]ere are differences between cultures in regard to how they see the ridiculing of religious belief... There isn't a universal definition of freedom of expression, because there isn't a single world culture.

Cela est indéniable car toutes les cultures n’ont pas atteint le même niveau de civilisation que l’occident, qui a bénéficié des Lumières, il y a moins de trois siècles : l’esclavage fait toujours partie intégrante de la culture mauritanienne, le statut de la femme afghane est dicté par la culture talibane, et il y a encore des cultures prisonnières des ténèbres qui flagellent, pendent, crucifient et décapitent les humanistes disciples de David Hume et de Denis Diderot pour... “inimitié envers Dieu et corruption sur terre” (sic). Des cultures bien définies par la notion coranique de nubilité, parfaitement résumée par un vieux diction ayant cours chez les rednecks issus de familles tissées serré South of the Mason-Dixon line :

If she’s old enough to bleed, she’s old enough to breed.

LP

PS. En ce qui concerne la riche actualité religieuse, on annonce le décès du cardinal australien George Pell, ex-grand argentier du Vatican. Cet amateur de chair fraiche échappa finalement aux geôles grâce à un vice de forme acheté au prix fort. Son âme est donc en route pour rejoindre les Ratzinger et cie dans l’antre de Belzébuth. He is definitely going “down under”.

Friday, January 6, 2023

Funérailles de Benoît XVI : bon voyage en enfer!

Le 6 janvier 2023.

L’enfer, c’est les autres.
Jean-Paul Sartre.
 

Le pédégé démissionnaire de Vatican, Inc., (ou Vatican, SARTL, à savoir société anonyme à responsabilité trop limitée), ex-grand inquisiteur, a eu droit, le 5 janvier 2023, à ses obsèques pour bons et loyaux services à l’entreprise. Son bilan est, en effet, impressionnant. En voici quelques éléments marquants.

Au cours de son pontificat, le pape émérite a judicieusement rappelé au monde que, sans fausse modestie, notre Sainte-Mère l’Église a le monopole de la vérité; son œcuménisme se bornait au constat portant que les autres religions doivent se contenter de futiles “parcelles” de vérité.

De surcroît, tout au long de sa carrière, il s’est constamment fait le complice des clercs libidineux en participant à la culture de la discrétion en matière d’abus sexuels. Les soi-disant mesures répressives qu’il a prises, comme son prédécesseur et son successeur, plus charismatiques, étaient dictées par un savant dosage de facteurs relevant d’une sage gestion des relations publiques. Dans tous les cas, l’institution, comme les compagnies de tabac, a savamment combattu les demandes d’indemnisation pécuniaire des victimes devant les tribunaux séculiers, notamment en jouant la montre. Heureusement qu’elles ont été aspergées comme par de l’eau bénite par les prières et émouvantes déclarations de compassion de la hiérarchie vaticanesque.

Mais cela est de peu d’importance quand on songe à l’abolition du concept de limbes. Une nouvelle théologique des plus rassurantes pour les bébés qui meurent sans avoir été baptisés : depuis 2007, ils peuvent éventuellement prétendre au paradis. Il a fallu un document de 41 pages intitulé « Espérance [Note : mais pas certitude] du salut pour les enfants morts sans baptême », fruit d’une prudente réflexion entamée en 1994, pour en arriver au rejet de cette simple “hypothèse” théologique, pourtant dogmatiquement professée dans les salles de catéchèse depuis le XIIIe siècle. Le Saint-Père n’a pas craint de s’attirer ainsi les foudres de Saint-Augustin, qui ne plaisantait pas sur l’exigence fondamentale du baptême et ne concevait donc aucun destin intermédiaire entre l’enfer et le paradis.

En outre, quel avant-gardisme papal en matière scientifique! Il suffira de noter son audacieuse adhésion à la théorie de l’évolution en biologie.

En l’espèce, parler du “dernier repos” de Josef Ratzinger est peut-être une licence poétique. Un comité d’accueil, présidé par l’archevêque de Montréal Jean-Claude Turcotte, vient de lui souhaiter la plus cordiale bienvenue pour un nouveau départ : sa marmite bouillonnante est déjà prête à l’accueillir.

Pour l’éternité.

LP


Friday, December 9, 2022

Abolition du serment au roi : le Québec consacre l’approche albertaine.

 Le 9 décembre 2022.

Ecoutez ceci, peuple insensé, et qui n'as point de coeur! Ils ont des yeux et ne voient point, Ils ont des oreilles et n'entendent point.
- Jérémie 5:21.

Il y a quelques jours, les élus du parti Québécois invitaient le gouvernement Legault à s’inspirer de la “Loi sur la souveraineté dans un Canada uni de l’Alberta” (sic), qui a été adoptée hier, et donne la possibilité à la province de suspendre l’application de lois fédérales.

C’est fait.

L’assemblée nationale du Québec a suivi le juridisme redneck aussi inflammable que le bitume en adoptant aujourd’hui la “Loi visant à reconnaître le serment prévu par la loi sur l’assemblée nationale comme seul serment obligatoire pour y siéger”, qui prétend rendre inapplicable au Québec l’article 128 de la loi constitutionnelle de 1867, norme fédérale pancanadienne supérieure qui impose à tous les législateurs, fédéraux et provinciaux, le prononcé d’une formule sacramentelle, mieux, incantatoire, dont chaque syllabe vaut son pesant de caramels mous.

Rien que ça.

Il faut rendre hommage à la ligue monarchiste du Canada d’avoir judicieusement rappelé au public québécois que tant les élus du parti Québécois que de nombreux médias font la grossière, irritante et impardonnable erreur d’évoquer le serment dû au “roi d’Angleterre”, alors que Charles est, en l’occurrence, le souverain du Canada. Est d’ailleurs encore plus troublante la reprise de cette ineptie par le ministre québécois des Institutions démocratiques, Jean-François Roberge lui-même, au salon bleu lors de l’adoption de la loi, qui illustre l’ignorance crasse de tous les élus québécois et des conseillers juridiques du gouvernement quant aux réalités constitutionnelles canadiennes fondamentales.

Par contre, est incontournable sa qualité (si l’on ose dire) de chef de l’Eglise anglicane, et le porte-parole de la ligue ne peut que susciter l’irritation quand il fait grief au chef du parti Québécois de “faire remuer les passions, faire ressurgir les vieux démons du passé et positionner le PQ et M. St-Pierre Plamondon comme victime, martyr de la cause nationaliste”. On répondra au bien nommé M. Karim Al-Dahdah que, sur le plan des symboles, précisément, une théocratie, même de pure forme, semble d’une discutable compatibilité avec l’incarnation “de l’État de droit, de la démocratie”.

Par cette mascarade législative, l’assemblée nationale du Québec lance donc un intéressant défi au gouvernement fédéral en adoptant une loi manifestement contraire à la Loi constitutionnelle de 1867. Quels sont les enjeux? Chose curieuse, même d’éminents constitutionnalistes déclarent ne voir aucune sanction de la violation de l’article 128, alors qu’elle est on ne peut plus claire : pas de serment, pas d’entrée en fonction. Une évidence que constate l’ex-sénateur Serge Joyal. Mais alors quid de la participation illégale de députés aux travaux de l’assemblée nationale?

Signalons que les 3 élus du PQ ont touché depuis le 3 octobre dernier leur rémunération et ont eu accès à leur bureau de circonscription et à l’hôtel du Parlement (sauf la salle de l’Assemblée nationale et les salles de commission parlementaire); selon la lettre de la loi pénale, il y a d’ores et déjà (au minimum) détournement de fonds publics puisque, sans prestation préalable du serment d’allégeance, ils n’ont pu “entrer dans l’exercice de leurs fonctions”.  L’adoption de la loi 4 ne blanchira pas (si l’on ose dire) les intéressés pour l’avenir.

(En pratique, des poursuites au pénal sont quelque peu douteuses : politique oblige.)

Par contre, est exposé l’ensemble des lois adoptées depuis aujourd’hui à l’annulation judiciaire, à la demande de n’importe quel plaideur, comme le rappelle aussi lucidement Serge Joyal. Le gouvernement fédéral devrait, dans l’intérêt de la stabilité juridique, invoquer sans tarder son pouvoir de désaveu.

(Mais là encore, politique a souvent obligé au Canada, au mépris des textes.)

Jour dramatique donc pour la monarchie québécoise. Non seulement tous les élus de l’assemblée nationale vassaux ont insolemment trahi leur serment prêté à leur suzerain en votant en faveur d’une loi moralement régicide, mais est particulièrement paradoxale la signature du lieutenant-gouverneur, représentant personnel du successeur d’Henry VIII, beau-papa de Meghan (dont le nouveau documentaire diffuse sur Netflix évoque une atmosphère qui rappelle plus “Othello” que “Guess who’s coming to dinner”), et bon-papa d’Archie et de Lillbet, à savoir notre monarque per gratiam Dei.

En résumé, en l’état du droit, nulle province canadienne n’a le pouvoir de s’affranchir du féodal article 128. La volonté populaire est sans pertinence, voire impertinente. Peu importent les vaines arguties juridiques : seul le parlement canadien peut souverainement abroger cette disposition par une loi. S’il doit y avoir une “nuit du 4 août”, elle se fera à Ottawa et non pas à Québec.

Même (et surtout) en théocratie canadienne, ne serait non plus d’aucune utilité la bénédiction conjointe du pape, du patriarche orthodoxe à Istanboul, du télévangéliste Kenneth Copeland, du grand mufti du Kazakhstan et enfin du grand rabbin sépharade de Belgique.

Dieu et mon droit!

LP

Wednesday, November 23, 2022

Qatar : la vraie tragédie au Moyen-Orient.

 Le 23 novembre 2022.

 Alcohol is the anesthesia by which we endure the operation of life.
 - George Bernard Shaw.

Voilà une région du monde qui fait les manchettes. Quelques exemples en vrac.

En Arabie saoudite, le rythme des exécutions (décapitations, crucifixions, etc.) a repris de plus belle. Les Shiites, femmes adultères et blogueurs impies n’ont qu’à bien se tenir. Charia oblige.

Les remous sociaux en Iran persistent, mais les pouvoirs publics ne faiblissent pas devant les insolent(e)s manifestant(e)s qui ont l’outrecuidance de réclamer plus de liberté et leur opposent l’infaillible parole divine, dont les mollahs enturbannés sont les intègres interprètes. Charia oblige. Ils prennent aussi des mesures visant à ramener les Kurdes de ce pays à l’ordre.

Mais le Qatar, hôte de la coupe du monde de football de 2022, retient évidemment beaucoup l’attention.

D’aucuns évoquent l’incongruité écologique des installations sportives à air climatisé ainsi que les conditions de vie (et de mort) des travailleurs étrangers sur les chantiers. Heureusement, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a vertueusement dénoncé avec force “l’hypocrisie” des contempteurs de l’émirat. On ne pouvait en effet trouver mieux pour ce faire que le récipiendaire d’un salaire annuel de 2,5 millions de dollars, une pitance en comparaison avec les 3,4 millions qu’encaissait par le passé son prédécesseur Sepp Blatter.

(Incidemment, parlant de millionnaires prêcheurs, et de charia, on pense immédiatement au jésuitique filozof canadien Charles Taylor qui, du haut des 1,8 millions de dollars reçus de la fondation Templeton, tonne contre le gouvernement provincial québécois qui a pris des mesures de libération de la chappe de plomb pesant sur certaines femmes et fillettes québécoises ayant atteint l’âge de 9 ans).

Tout cela est bel et bien, mais on esquive dans tous les cas le vrai problème, à savoir la brutale et unilatérale interdiction, à la dernière minute, des boissons alcoolisées autour des stades, en violation d’un accord de sponsoring de 72 millions d’euros avec Budweiser. Un contrat qui a fait “pchhit”, et qui a mis le houblon hors-jeu. Trop, c’est trop.

Au Qatar, pour l’instant, plus question de dire que this Bud’s for Freedom, this Bud’s for you.

Mais rendez-vous dans 3 000 ans.

LP

 

Saturday, October 15, 2022

Charles III, roi du Québec.

Le 15 octobre 2022.

L’état, c’est moi.
- Formule attribuée à Louis XIV.
 

À l’heure actuelle, chaque député québécois nouvellement élu doit prêter deux serments avant d’entrer en fonction:

Il y a d’abord le serment d’allégeance au monarque prévu par l’article 128 de la loi constitutionnelle de 1867, qui est sans ambiguïté : 

Les membres...de l’assemblée législative d’une province devront, avant d’entrer dans l’exercice de leurs fonctions, prêter et souscrire, devant le lieutenant-gouverneur de la province...  le serment d’allégeance (suivant) : Je...  jure que je serai fidèle et porterai vraie allégeance à Sa Majesté la Reine Victoria. N.B. — Le nom du Roi ou de la Reine du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande, alors régnant, devra être inséré, au besoin, en termes appropriés. 

S’y ajoute le serment prévu par l’article 15 de la loi sur l’assemblée nationale : 

Je... déclare sous serment que je serai loyal envers le peuple du Québec et que j’exercerai mes fonctions de député avec honnêteté et justice dans le respect de la constitution du Québec.


Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du parti québécois, qui a obtenu 3 sièges à l’assemblée nationale aux dernières élections, a annoncé que, conformément à sa promesse pendant la campagne électorale, lui et ses deux collègues ne se soumettront pas à l’article 128 lors de l’assermentation des députés le 21 octobre prochain : 

« La concomitance de deux serments, l’un envers le peuple québécois et l’autre envers la Couronne britannique, placent tant les élus que l’Assemblée nationale elle-même dans un conflit d’intérêt et de loyauté qui n’est pas tolérable en démocratie.   On ne peut pas servir deux  maîtres ».

 De surcroît : 

« Si la Couronne britannique, le gouvernement fédéral ou le procureur général du Canada veulent me poursuivre, eh bien, ils le feront, mais je pense que je peux rentrer au Salon bleu et faire mon travail. »

 Ce refus est sans précédent dans l’histoire québécoise.

 Il faut déplorer une certaine confusion dans son argumentaire, et notamment une erreur de droit : Charles III, en l’occurrence, n’est pas le souverain britannique, mais canadien, et même québécois (et ontarien, saskatechewanais, etc.). Maigre consolation, il est vrai. Mais les choses ne sont peut-être pas aussi simples que “pense” Me Saint-Pierre Plamondon. À moins qu'elles ne le soient encore plus.

Tout d’abord, même si est correcte la thèse du conflit d’intérêt, la formule sacramentelle du serment d’allégeance est incontournable et prévaut. Suprématie fédérale oblige.

La question qui se pose est donc celle de la sanction de l’article 128.

Première hypothèse, la plus probable : l’assemblée nationale refuse aux 3 députés réfractaires le droit de siéger. Dans ce cas de figure, la question de poursuites pénales ne se pose pas : ils n’auront pas de bureau, pas de temps de parole, et surtout, pas de salaire.

Deuxième hypothèse : l’assemblée nationale autorise, au mépris de la loi fédérale, par exemple, suite à une modification de la loi provinciale, les 3 mousquetaires à assumer leurs fonctions. Une telle modification sera nulle et non avenue et les autorités fédérales pourront alors intervenir sans forcément suivre immédiatement la voie pénale. Plusieurs possibilités s’offrent à elles; en vrac : envoi de membres de la maréchaussée interdisant physiquement l’accès au Salon bleu aux trois intéressés, demande d’injonction judiciaire en ce sens, et éventuellement, une demande de jugement déclaratoire constatant l’invalidité de l’ensemble de l’activité de l’assemblée nationale vu la participation illégale de 3 de ses députés.

M. Saint-Pierre-Plamondon propose un louable geste de désobéissance civile, mais il doit en peser et en soupeser les enjeux. Le glaive pénal apparaît plus nettement à l’horizon : si l’assemblée nationale devait accéder aux voeux de la trinité rebelle, l’affectation de ressources financières (salaires, équipements...) constituerait un détournement de fonds, tant pour les bailleurs de fonds que pour les récipiendaires. Mais que l’on se rassure : au Québec, il n’y aura pas de Bobby Sands. À suivre donc.

Follow the money.

LP


Wednesday, October 5, 2022

Elections Québec 2022 : plus que jamais, on continue.

 Le 5 août 2022.

Ce pays est mou.
- Charles de Gaulle.

En effet, on continue avec le système électoral britannique uninominal à un tour, qui a reproduit les distorsions antidémocratiques classiques. Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec est reconduit avec une majorité parlementaire accrue, 90 sièges sur 125, grâce au reniement de la promesse de François Legault en matière de réforme du mode de scrutin. La notion de raz-de-marée n’a donc aucun sens en l’espèce.

Le mensonge est souvent rentable en politique.

Les résultats de Québec solidaire montrent qu’il y a peut-être un plafond de plexyglas pour les partis islamo-gauchistes au Québec, incapables de définir les véritables chiffres de la richesse. Mais on y a le mérite, non négligeable, de rappeler l’urgence du changement climatique.

Et quelle déception pour les partisans du parti conservateur d’Eric Duhaime! Nul député élu en dépit de 12,9% des voix. Pourtant, en démocratie, même les Néanderhaliens consanguins à la bipédie encore mal assurée ont le droit de faire entendre leurs borborygmes.

Comme dans la plupart des soirées électorales, pour tous les chefs de parti, ce fut une victoire, sauf peut-être pour le parti Québécois, lequel demeure plus mesuré. Et que d’appels au rassemblement.

Mais la pire ânerie de la soirée électorale est sortie de la bouche de la cheffe du parti libéal, Dominique Anglade, qui déclare, sans rire, (quoique avec un sourire qui se voulait crâneur) que le Québec a choisi le parti libéral pour former l’opposition officielle. C’est là ignorer que, de manière générale, l’électorat ne constitue jamais une personne morale distincte des électeurs, qui “porte un message”. Peu importe d’ailleurs le système électoral, chaque citoyen vote pour le candidat de son choix (en compulsant rarement son programme...), et on comptabilise.

L’ineptie de Dominique Anglade est d’autant plus affligeante que c’est la carte électorale qui a permi à son parti, devenu essentiellement la ligue du bunker anglophone du West Island de Montréal, d’avoir 21 députés avec 14,4% des voix et donc de jouer le rôle d’opposition officielle. Pour parler “vrai”, en termes de voix, c’est Québec solidaire qui a réussi son pari de devenir la véritable opposition au gouvernement Legault avec ses 15,4%.

Pour l’instant, l’avenir de Dominique Anglade comme cheffe ne semble pas en péril. On ne se bousculait pas au portillon pour assumer cette tâche ingrate il y a 2 ans et il ne restait que la renégate ex-Caquiste pour mener ses troupes à l’abattoir et cela demeure “vrai”, à l’heure actuelle. Son parti (de l’heure) a encore plus besoin de sa soubrette francophone.

On ne saurait encore comparer le PLQ au Titanic, mais on ne voit pas qui d’autre pourrait être tenté de diriger le radeau de la Méduse.

LP